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Le financement des infrastructures entre dans une nouvelle phase / Les allocations peinent encore à suivre
Le chiffre est colossal : 85 000 milliards de dollars, c’est le montant estimé des besoins mondiaux en infrastructures sur les quinze prochaines années, selon les travaux de McKinsey agrégés par BlackRock. Un montant qui englobe les transports, l’énergie, le numérique, l’eau et les déchets, et qui place la période actuelle devant une réalité sans précédent historique : le monde entrerait, selon le gestionnaire américain dans son rapport On the Record, publié en ce début d’année 2026, dans ce qui pourrait constituer « la plus grande phase de construction de l’histoire de l’humanité ». À cette échelle, la question n’est plus de savoir si les besoins existent, mais de comprendre qui les financera.
Derrière cette projection financière, BlackRock met en avant un enjeu social lié au besoin massif de main-d’œuvre qualifiée et souligne une recomposition profonde des besoins d’investissement. La modernisation d’actifs vieillissants, la construction d’infrastructures numériques liées à l’IA et l’extension des réseaux énergétiques se cumulent désormais. La demande d’infrastructures est portée par « quatre mégaforces durables », à savoir la démographie, la transition bas carbone, l’intelligence artificielle et la fragmentation géopolitique, explique BlackRock dans un second rapport spécifiquement centré sur les marchés, Perspectives d’investissement - L’opportunité des infrastructures dans les portefeuilles.
Quatre forces, un mur de financement
S’agissant de l’intelligence artificielle, le BII anticipe que la capacité mondiale des centres de données devrait presque doubler d’ici 2030, les workloads liés à l’IA passant de 44 à 156 gigawatts. « Les centres de données, les réseaux électriques et les infrastructures de fibre constituent le socle de l’adoption de l’IA, quel que soit l’acteur qui finira par dominer », souligne-t-il.
Réunies, ces quatre mégaforces convergeraient vers « plusieurs décennies de construction intensive », mais se heurtent à une contrainte majeure : les sources traditionnelles de financement ne sont plus en mesure d’absorber l’essentiel du besoin. Avec une dette publique des grandes économies qui dépasse en moyenne 120 % du PIB et un secteur bancaire moins présent sur les financements de long terme depuis la crise de 2008, le BII estime que, sur la trajectoire actuelle, le déficit atteindrait entre 12 000 et 15 000 milliards de dollars.
Un déséquilibre qui ouvre mécaniquement un espace croissant à de nouveaux financeurs. « Ce décalage entre une demande en hausse et des finances publiques contraintes […] positionne l’infrastructure comme une opportunité centrale de long terme pour le capital privé », souligne-t-il.
La classe d’actifs reste pourtant sous-représentée dans les portefeuilles. Un portefeuille actions obligations 70/30 typique n’affiche qu’environ 4 à 5 % d’exposition implicite à l’infrastructure, via les utilities, pipelines ou tours télécoms. Selon les modèles du BII, cette part pourrait monter de 10 à 19 % en fonction de la tolérance à l’illiquidité, sans dégrader le profil risque rendement.
Une fenêtre de valorisation attractive
Sur le plan des valorisations, la fenêtre d’entrée apparaît favorable. Les infrastructures cotées se négocient aujourd’hui avec une décote proche de 20 % par rapport à leur moyenne historique sur les multiples EV sur EBITDA, à des niveaux comparables aux creux de 2008 et du choc Covid. « Cette décote reflète probablement l’incertitude persistante sur la trajectoire des taux d’intérêt et ne tient pas compte de fondamentaux solides », estime le BII.
Les revenus du secteur sont majoritairement régulés ou contractualisés, et la croissance du bénéfice par action sur dix ans est restée proche de celle des marchés actions développés. Les consensus pour 2025 à 2027 prolongent cette tendance. Pour le BII, l’écart entre valorisation et fondamentaux ouvre une fenêtre d’entrée que les investisseurs les plus lents pourraient manquer.
Des freins surtout techniques
Si cette opportunité reste encore imparfaitement exploitée, c’est surtout en raison de freins non fondamentaux. « Pendant des années, l’infrastructure est restée moins familière et moins visible que les actions et obligations traditionnelles. Peu de mandats incluent une allocation dédiée à l’infrastructure et les indices de référence offrent peu de repères » : ce constat du BII résume une décennie de sous allocation structurelle, entretenue par l’absence de benchmarks explicites, la complexité des structures de financement, les lockups de dix à quinze ans et les tickets minimums élevés.
Plusieurs de ces barrières commencent toutefois à s’éroder. Le marché secondaire de l’infrastructure privée a enregistré des volumes record début 2025, permettant aux investisseurs d’accéder à des portefeuilles existants avec un profil de liquidité amélioré. Les véhicules semi liquides se multiplient, ouvrant la classe d’actifs à une clientèle plus large.
L’infrastructure privée représente désormais environ 12 % du total des actifs privés sous gestion mondiaux et a progressé plus vite que le private credit ces dernières années, selon Preqin, une dynamique encore imparfaitement reflétée dans les allocations des investisseurs institutionnels.
Le coté, porte d’entrée vers le non coté
Pour les investisseurs capables d’accéder aux marchés privés, le BII recommande d’utiliser l’infrastructure cotée comme solution transitoire liquide le temps que les engagements dans le non coté montent en puissance. L’objectif est de conserver une exposition thématique cohérente - production d’énergie, réseaux électriques, infrastructures numériques - dans l’intervalle entre la souscription aux fonds et le déploiement effectif du capital. « Nous voyons une opportunité pour les investisseurs précoces de sécuriser une exposition tant que la demande de capital pour les infrastructures dépasse encore l’offre, ce qui contribue à maintenir des perspectives de rendement et des niveaux d’entrée attractifs », avertit le BII, signalant que la fenêtre ne restera pas ouverte indéfiniment.
Tous les investisseurs ne sont toutefois pas égaux face à l’infrastructure. La dispersion des performances entre gérants reste sensiblement plus élevée que dans la plupart des autres classes d’actifs de croissance. Sur dix ans, 90 % des gérants d’infrastructure cotée ont surperformé leur indice de référence, contre 67 % pour les grandes capitalisations mondiales. Le BII en tire une mise en garde claire : dans une classe d’actifs marquée par une forte asymétrie d’information, « la réussite repose sur un avantage informationnel construit par la taille, l’expertise et la technologie ».
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