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La machine BlackRock tourne à plein régime / Le crédit privé dope les marges
« Je n'ai jamais été aussi optimiste quant à la croissance future qui attend BlackRock. » La formule est rituelle chez Laurence Fink, mais elle a rarement été aussi étayée que ce 15 juillet : encours, collecte, revenus et marge ont tous inscrit des records au deuxième trimestre. Fin juin, les actifs sous gestion du numéro un mondial ont atteint 15 300 milliards de dollars, un niveau qu'aucun gestionnaire n'avait jamais approché, en hausse de 1 450 milliards sur trois mois. Un record qui recouvre en réalité trois moteurs de nature très différente.
Marchés et collecte propulsent les encours
Le premier est le plus mécanique : les marchés. L'appréciation des actifs a gonflé les encours de 1 284 milliards de dollars sur le trimestre, dans le sillage d'un S&P 500 en progression de 21 % sur un an. Le deuxième tient à une collecte hors norme. Les clients ont confié 192 milliards de dollars nets au groupe entre avril et juin, portant les flux du premier semestre à un record de 321 milliards, plus du double de ceux engrangés un an plus tôt. Sur douze mois, la collecte atteint 868 milliards de dollars et nourrit une croissance organique des commissions de base de 10 %, très au-dessus de l'objectif de 5 % du groupe. « Deux années pleines de croissance organique des commissions de base supérieure à l'objectif soulignent que ce niveau de performance est durable », a fait valoir le directeur financier Martin Small lors de la conférence avec les analystes.
Le mix bascule vers les métiers les plus rémunérateurs
Le troisième moteur est le plus structurant : la déformation du mix vers des métiers mieux margés que la gestion indicielle qui a fait la fortune de la maison. Les stratégies actives ne représentent que 24 % des encours de long terme, mais génèrent 42 % des commissions correspondantes. Les alternatives pèsent seulement 3 % des actifs, contre 15 % des commissions. HPS Investment Partners, spécialiste américain du crédit privé racheté par BlackRock et consolidé depuis juillet 2025, a apporté environ 230 millions de dollars de commissions de base et 115 millions de commissions de performance sur le trimestre. Les commissions de performance ont plus que triplé sur un an, à 305 millions de dollars, et les revenus de technologie progressent de 13 %, portés par Aladdin et Preqin. Les ETF actifs ont attiré 20 milliards de dollars, les stratégies actions systématiques également, et un fonds market neutral a signé une collecte record de 7 milliards dans les alternatives liquides. À l'inverse, la décollecte institutionnelle de 41 milliards s'est concentrée sur la gestion indicielle à très faibles commissions, la poche la moins rentable de la plateforme.
Cette alchimie se lit dans le compte de résultat. Les revenus trimestriels bondissent de 31 %, à 7,1 milliards de dollars, le résultat opérationnel ajusté de 39 %, à 2,9 milliards, et la marge opérationnelle ajustée atteint 45,9 %, son plus haut niveau en près de cinq ans. Le bénéfice par action ajusté, à 13,91 dollars, ne progresse « que » de 15 %, freiné par la dilution liée aux titres émis pour HPS et un résultat non opérationnel en retrait. « Je ne considère pas la marge de ce trimestre comme un plafond. Nous avons fait fonctionner BlackRock avec des marges proches de 47 % en 2021, et c'était à une époque où nous n'avions pas les franchises de marchés privés à grande échelle », a insisté Martin Small, qui estime que les revenus récurrents des franchises de marchés privés peuvent à terme dégager des marges supérieures à 50 %, sans présenter ce niveau comme un objectif immédiat pour l'ensemble du groupe.
La direction joint le geste à la parole sur le retour aux actionnaires. Les rachats d'actions trimestriels sont relevés de 450 à 550 millions de dollars, soit 2 milliards sur l'année, et le groupe prévoit de rendre plus de 5,7 milliards de dollars à ses actionnaires en 2026, en hausse de 16 %.
Les assureurs, prochain relais du crédit privé
Reste le gisement que Laurence Fink juge le plus prometteur : la rotation des portefeuilles obligataires des assureurs vers la dette privée, un an après le rachat de HPS. Le groupe a déjà signé quelque 10 milliards de dollars de mandats de dette de qualité et d'infrastructure pour des assureurs depuis janvier, et le fondateur rappelle que BlackRock gère 800 milliards de dollars pour cette clientèle. « Si nous parvenons à convertir 5 % ou 10 % de ces actifs, cela apporte un levier considérable à nos commissions moyennes nettes », a expliqué le dirigeant, balayant au passage les inquiétudes sur la classe d'actifs : « Nous constatons en réalité une stabilisation en matière de crédit. Nous n'observons aucun changement réel dans la qualité de crédit des paiements de nos investissements privés. »
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