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BlackRock veut faire sauter les verrous du financement de l’IA / Larry Fink prépare un marché de titres adossés à la puissance de calcul

BlackRock ne veut plus seulement investir dans les infrastructures de l’intelligence artificielle. Le premier gestionnaire d’actifs mondial ambitionne de créer les instruments financiers qui permettront de les financer à grande échelle.
Larry Fink, le président-directeur général de l'américain BlackRock. (Photo by Michael M. Santiago / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)
Larry Fink, le président-directeur général de l'américain BlackRock. (Photo by Michael M. Santiago / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)

« Pour la première fois de ma carrière, et cela fait 50 ans de carrière, je constate de véritables pénuries de capital. » Larry Fink s’exprimait mercredi 14 octobre lors de la présentation aux analystes des résultats du troisième trimestre de BlackRock. Les États doivent financer des déficits historiques, les entreprises la construction des infrastructures de l’intelligence artificielle, les particuliers leur retraite, et tous se disputent désormais la même épargne. Pour le patron du premier gestionnaire d’actifs mondial, cette rareté ouvre un nouveau terrain : concevoir les instruments qui permettront de mobiliser des capitaux à cette échelle.

Les comptes du trimestre lui donnent de quoi l’envisager. Avec 205 milliards de dollars de collecte nette, les encours ont atteint 15 500 milliards, le chiffre d’affaires a progressé de 19 %, à 7,75 milliards de dollars, et le bénéfice par action ajusté a bondi de 38 %, à 15,93 dollars. Ces résultats témoignent aussi de la montée en puissance du géant des infrastructures Global Infrastructure Partners (GIP), du poids lourd du crédit privé HPS Investment Partners et de Preqin, référence mondiale des données sur les actifs non cotés, tous trois rachetés par BlackRock.

Un partenariat annoncé fin juillet avec Meta illustre cette nouvelle capacité. Les deux groupes se sont associés pour financer la construction d’un centre de données de 14 milliards de dollars à El Paso, au Texas. Les fonds gérés par BlackRock détiendront 80 % de la coentreprise, contre 20 % pour Meta, qui louera les installations. GIP y apporte ses capitaux d’infrastructure, HPS ses solutions de financement privé. Le groupe a également conclu en août un accord avec Nvidia, aux côtés de cinq autres poids lourds de la finance, dont Goldman Sachs et KKR, pour développer des plateformes capables de mobiliser à terme plus de 500 milliards de dollars afin de financer les capacités de calcul nécessaires à l’IA. Mais le financement de tels projets au cas par cas ne suffira pas à répondre à l’ampleur des investissements nécessaires. « Je ne nous vois pas avoir la capacité de lever des milliers et des milliers de milliards de dollars de transactions sur mesure liées aux centres de données », a expliqué Larry Fink.


La puissance de calcul, prochaine classe d’actifs


Pour dépasser cette limite, BlackRock veut d’abord proposer ces financements à de grands investisseurs institutionnels, notamment des compagnies d’assurance, qui recherchent des placements obligataires de bonne qualité. Mais pour mobiliser des capitaux à une tout autre échelle, le groupe envisage de regrouper ces créances et de les transformer en titres financiers négociables, susceptibles d’être achetés et revendus par un éventail beaucoup plus large d’investisseurs.

Le patron puise le modèle dans sa propre histoire. Au début des années 1980, les crédits immobiliers restaient largement au bilan des banques, qui les conservaient généralement jusqu’à leur remboursement. Fannie Mae et Freddie Mac, les deux géants américains du refinancement hypothécaire, créés sous l’impulsion de l’État fédéral, ont joué un rôle central dans la transformation de ces prêts en titres financiers négociables. Mais pour que les investisseurs puissent en évaluer les risques, il a fallu accumuler des années de données sur les remboursements des emprunteurs et mesurer notamment les effets des variations des taux d’intérêt sur ces prêts. Ce marché est ainsi passé de quelques milliards à plusieurs milliers de milliards de dollars. « La capacité de calcul suit désormais une trajectoire similaire, et nous entendons, chez BlackRock, être au centre de ce mouvement, comme nous l’étions alors aux débuts du marché des titres adossés à des crédits hypothécaires », affirme Larry Fink, qui compte sur Aladdin, sa plateforme technologique d’analyse et de gestion des risques financiers, ainsi que sur les données de Preqin, pour contribuer à créer les outils nécessaires à l’évaluation de ces nouveaux actifs.


Un marché encore à inventer


Interrogé par l’analyste de Goldman Sachs sur les délais et sur la manière dont cette activité se traduira en revenus, Larry Fink a reconnu que le chemin serait long. « Il faudra du temps pour que les agences de notation se prononcent sur ce nouveau marché et établissent des indicateurs », a-t-il précisé, en ajoutant que les clients entendent au même moment les mêmes propositions de la part de ses concurrents. Quant à une éventuelle activité de syndication, à la manière de certains spécialistes des actifs alternatifs, Martin Small, le directeur financier, écarte l’idée d’en faire un pilier. Le groupe, explique-t-il, cherche avant tout à placer ces investissements dans des comptes de clients de long terme qui génèrent des commissions de gestion récurrentes, et les revenus de syndication doivent être considérés « comme venant s’ajouter à notre modèle, et non comme le principal moteur de création de valeur ».

Ce virage commence déjà à se lire dans les comptes. BlackRock a levé 68 milliards de dollars dans les marchés privés sur douze mois. Ces activités, qui ne représentent que 2 % des actifs gérés, génèrent déjà 11 % des revenus tirés des commissions de gestion de base et du prêt de titres du groupe.

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