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Infrastructures : l’heure de vérité pour la France / Le prochain cycle d’investissement se jouera sur l’exécution
La France a tout pour réussir le plus grand cycle d'investissements en infrastructures de l'histoire. Tout, sauf peut-être l'essentiel : la capacité à exécuter. C'est le paradoxe que dessine, en creux, la dernière étude Global Infrastructure Outlook publiée par PwC. À l’échelle mondiale, 151 000 milliards de dollars devraient être investis d’ici 2050, sous l’effet conjoint du numérique et de l’intelligence artificielle, de la transition énergétique, de l’urbanisation et de la recomposition géopolitique des chaînes de valeur. Dans cette vague sans précédent, l’Hexagone occupe une position singulière : celle d’un pays aux fondamentaux solides, mais dont l’aptitude à accélérer et à livrer les projets dans les temps reste encore à démontrer.
Avec 76 milliards de dollars investis en 2024, l’Hexagone pèse 12 % du marché européen des infrastructures et se classe troisième sur le continent, derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni, et onzième au niveau mondial. D’ici 2050, ses investissements annuels devraient atteindre 99 milliards de dollars, une progression de 30 %, nettement inférieure toutefois à la dynamique européenne de 45 %. Pour la France, l’effort portera d’abord sur le renouvellement et l’adaptation des réseaux existants, plus que sur la construction de capacités entièrement nouvelles. Trois piliers concentrent près des trois quarts des montants : les transports, premier poste avec 789 milliards de dollars cumulés entre 2025 et 2050, dont environ 400 milliards pour le ferroviaire, les infrastructures sociales avec 665 milliards, tirées par la santé et le vieillissement de la population, et les infrastructures énergétiques avec environ 218 milliards.
Sur le papier, la France dispose de solides atouts. « En matière d’expertise et de capacités, nous avons tout ce qu’il faut », estime Christophe Desgranges, associé et membre du comité exécutif de PwC France et Maghreb, qui a présenté l’étude à la presse. Écoles d’ingénieurs de premier plan, système bancaire rompu au financement de l’économie réelle, champions industriels : l’Hexagone peut aussi s’appuyer sur un avantage devenu déterminant avec l’essor des data centers, une électricité largement décarbonée, abondante et compétitive. « C’est un véritable changement de donne », souligne-t-il. Le financement, lui, ne constitue plus nécessairement le principal verrou. Banques, entreprises et fonds spécialisés se positionnent sur une classe d’actifs recherchée pour la visibilité qu’elle offre à long terme. « Les infrastructures sont probablement l’une des thèses d’investissement les plus prisées du moment : la rentabilité peut être un peu moindre, mais les actifs sont plus sécurisés et plus prévisibles », observe Christophe Desgranges. Avant de résumer : « L’argent est là. Aujourd’hui, ce n’est probablement pas le facteur limitant. »
Réapprendre à planifier
Les obstacles se logent plutôt dans la concrétisation des projets. Complexité administrative et réglementaire, dispersion des décisions entre l’État et les collectivités, contraintes budgétaires et pénurie de certaines compétences allongent les délais. « Le sujet n’est plus de faire émerger des projets, mais de les transformer plus rapidement en infrastructures réellement opérationnelles », résume Christophe Desgranges. La difficulté est d’autant plus aiguë que le parc existant vieillit. Du grand carénage nucléaire à la rénovation des hôpitaux, les besoins de remise à niveau alimentent une « dette infrastructurelle désormais avérée en Europe ». Les plans sectoriels existent, mais leur coordination reste insuffisante. « Avons-nous une stratégie qui articule l’ensemble de ces besoins ? Pas encore suffisamment », reconnaît l’associé de PwC, qui plaide pour retrouver la capacité de programmation dont la France avait su faire preuve après-guerre, du nucléaire au TGV.
Cette remise à niveau ne répond plus seulement à des besoins économiques ou sociaux. Elle engage aussi la souveraineté énergétique et numérique du pays. L’IA et les data centers, dont les investissements mondiaux devraient plus que doubler en trois ans pour dépasser 250 milliards de dollars par an dès 2027, font des réseaux électriques et des capacités de stockage un facteur critique de développement. En France, ces investissements devraient progresser de 41 % d’ici 2050. « Les infrastructures sont redevenues un marqueur de puissance », souligne Christophe Desgranges. Derrière la course aux modèles d’IA se joue donc une autre compétition, plus matérielle, pour l’énergie et les capacités de calcul.
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