Macro-économie / Taux / Surépargne / France / consommation française
Macro-économie / Taux
Surépargne / France / consommation française
Le taux d’épargne tarde à revenir à la normale en France / L’incertitude pousse à la prudence
Une épargne qui croît sans discontinuer. Difficile d’envisager une désépargne massive des Français qui vienne au soutien de la consommation. Il suffira sans doute d’un retour à la normale du comportement des Français pour que cela se réalise et il se pourrait bien qu’il ne se produise pas dans l’immédiat ni même à plus long terme. Dans son dernier bulletin - où certains économistes s’expriment en leur nom propre - la Banque de France souligne que si certains facteurs ayant nourri l’appétence pour l’épargne devraient progressivement s’estomper, d’autres présentent un caractère plus structurel.
Les auteurs voient effectivement les effets de composition du revenu - expliqué par un certain dynamisme des revenus financiers lors de la hausse des taux d’intérêt - s’atténuer avec le temps et ce en raison de la désinflation en cours ainsi que de la normalisation de la politique monétaire. Quantifiant la hausse du taux d’épargne en France entre fin 2019 et fin 2024 à quelque 3,6 points de pourcentage, les calculs menés par leurs soins isolent quelque 1,8 point de pourcentage de hausse en raison des effets de structure du revenu et le 1,4 point de pourcentage restant comme induit par les comportements de lissage de la consommation.
Canaux
Appréhender la progression du taux d’épargne passe également par l’analyse de la dynamique des différentes sources de revenu. Celles-ci ayant connu des destins largement différents entre 2020 et la fin 2024, le bulletin exposant tout particulièrement que « les revenus du patrimoine ont connu une croissance soutenue en 2023 et 2024 avec la hausse de l’inflation et la réponse de politique monétaire ». Le mécanisme à l’œuvre étant décrit comme celui d’une augmentation des taux directeurs par la Banque centrale européenne influençant logiquement les taux de rémunération des dépôts et de l’assurance vie en euros et ce alors que « les intérêts versés par les ménages au titre de leurs emprunts, contractés majoritairement à taux fixe, ont moins progressé ».
Les livrets d’épargne indexés sur l’inflation ont vu également leur taux de rémunération progresser, tout comme d’autres sources de revenus de financiers sont devenues plus rémunératrices à l’instar des dividendes. De quoi faire grimper le poids des revenus du patrimoine dans le revenu des ménages de près de 2 points de pourcentage par rapport à la situation initiale de 2019. Dès lors, cette modification de la structure du revenu des ménages n’a pas été sans conséquence pour l’épargne future puisque les auteurs rappellent que certains « revenus du patrimoine, dont ceux financiers, ont tendance à être plus épargnés que la moyenne des autres revenus ». Ceux liés à l’assurance vie sont ainsi régulièrement réinvestis immédiatement, un mouvement qui est alors assimilé à une recette des ménages, et enfin une épargne en comptabilité nationale. Les ménages les plus aisés ont également joué un rôle conséquent puisqu’ils possèdent à la fois une propension marginale à épargner élevée tout en concentrant l’essentiel des revenus financiers.
Éteindre
Une partie de cette dynamique pourrait donc s’éteindre en raison d’une épargne plus conséquente afin de compenser une érosion du patrimoine réel des ménages, survenue lors de la forte progression de l’inflation en 2022 et 2023. L’étude explique que suivant l’évaluation retenue, il est obtenu un effet de ces pertes inflationnistes sur le taux d’épargne des ménages qui « se situe dans une fourchette comprise entre 0,2 et 0,5 point de pourcentage (pp) au quatrième trimestre 2024. Le pic de cet effet aurait été atteint fin 2023, compris entre 1,1 pp et 2,8 pp, et diminuerait depuis avec la désinflation ».
Les équations les plus exhaustives possibles utilisées par les économistes les conduisent à estimer « un effet de l’incertitude, y compris l’impact direct de l’incertitude politique, sur le taux d’épargne de l’ordre de 0,5 pp au quatrième trimestre 2024. Cet effet augmenterait sur l’ensemble de l’année 2025". Une estimation qu’ils jugent cohérente avec le niveau actuel du taux d’épargne. De quoi leur faire dire que le facteur qui demeure particulièrement difficile à anticiper est l’évolution de cette incertitude. Ses mouvements étant loin d’être linéaires, passant d’une diminution au début de l’année 2024 à une hausse en 2025 et ce tant en raison de la scène nationale qu’internationale. Cela les fait pencher en faveur de la thèse d’un rôle toujours prépondérant de celle-ci sur le comportement à moyen terme de l’épargne des ménages.
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