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Atos entre dans sa phase charnière / Le temps long de la reconquête
"On est sur un point d’inflexion de la trajectoire de notre chiffre d’affaires." En présentant mercredi à la presse les chiffres préliminaires et non audités pour 2025 d’Atos, Philippe Salle, le PDG du groupe, a voulu installer l’idée d’un tournant. Certes dictée par les contraintes du calendrier financier liées à la dette, cette communication n’en a pas moins envoyé un signal jugé rassurant, l’action Atos progressant de 7,6 % à 57,88 euros dans l’après-midi à la Bourse de Paris.
Sur l’année, le groupe affiche un chiffre d’affaires estimé à un peu plus de 8 milliards d’euros, conforme à l’objectif communiqué. Avec un quatrième trimestre à 2,0 milliards marqué par une décroissance organique ramenée à −9,3 %, il reste prématuré de parler de véritable relance de l’activité. Mais la lecture défendue par la direction se veut avant tout séquentielle. Après plusieurs trimestres de recul à deux chiffres, la pente commence à s’atténuer. "Après trois trimestres de décroissance entre -15 % et -20 %, on commence à avoir une décroissance plus faible, puisqu’elle est aux alentours de 9 %", souligne Philippe Salle.
Nettoyage du portefeuille
Le PDG insiste toutefois sur le fait que cette amélioration intervient sur une base de comparaison encore dégradée. En 2024, Atos a volontairement laissé filer ou résilié certains contrats jugés insuffisamment rentables, dans le cadre du plan Genesis, afin de privilégier la restauration des marges et de la trésorerie plutôt que la préservation du volume d’activité. Ce nettoyage du portefeuille continue de peser sur les chiffres publiés, mais il conditionne, selon la direction, la crédibilité du redressement engagé.
La dynamique commerciale du quatrième trimestre apporte, dans ce contexte, un premier indicateur avancé. Les prises de commandes ont atteint 2,4 milliards d’euros, soit un ratio book-to-bill de 122 %, en nette amélioration par rapport aux 66 % enregistrés au troisième trimestre. "Le repositionnement des activités commence à produire des effets positifs sur notre dynamique commerciale", estime Philippe Salle, tout en reconnaissant que la confiance des clients se reconstruit plus lentement qu’anticipé. "Il y a encore, en 2025, une petite attente : ils veulent vérifier que les chiffres correspondent aux messages que je donne."
Cette inflexion commence aussi à se matérialiser dans la relation avec certains grands comptes. Philippe Salle cite notamment Siemens, régulièrement évoqué ces derniers mois comme un point de vigilance. "Le contrat a été reconduit pour deux ans. Donc, il n’y a pas de sujet sur 2026 et 2027 ", tranche le dirigeant, réfutant toute remise en cause de la relation. En 2025, Atos a même renforcé sa présence auprès du groupe allemand. "On a signé beaucoup de contrats avec Siemens en 2025. De l’ordre à peu près de 250 millions pour votre information", précise-t-il, évoquant à la fois des renouvellements et de nouveaux contrats. Philippe Salle reconnaît toutefois que Siemens a, dès 2024, élargi son panel de fournisseurs.
La discipline financière porte ses fruits
Sur le front de la rentabilité et de la trésorerie, les marqueurs apparaissent plus nets. Atos indique viser une marge opérationnelle supérieure à 350 millions d’euros, soit plus de 4 % du chiffre d’affaires, au-delà de l’objectif initial. La variation nette de trésorerie est contenue à environ −327 millions d’euros sur l’exercice, malgré un coût de restructuration de 431 millions lié à Genesis. "Ce qui veut dire qu’en fait, on a produit 100 millions de cash hors Genesis", insiste Philippe Salle. La liquidité de fin d’année atteint 1,7 milliard d’euros, soit plus d’un milliard au-dessus du seuil requis par la documentation de crédit.
Cette exécution financière plus rapide qu’anticipé ne dissipe toutefois pas totalement la tension centrale qui traverse encore le dossier. La reconquête commerciale passe par un travail plus direct de pédagogie et de présence auprès des clients, assumé personnellement par le PDG. "J’ai rencontré des centaines de clients dans de nombreux pays, parce que j’estime que c’est aussi mon rôle d’être l’ambassadeur du groupe, de rassurer et d’expliquer ce que nous sommes en train de faire", explique Philippe Salle, revenant sur le choc de confiance subi en 2024 sur des contrats de long terme. Le dirigeant prévient toutefois : "La vérité, c’est que la confiance, ça se regagne et qu’il faudra deux à trois ans."
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