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Automobile : après les premières annonces de Bruxelles, des détails restent attendus / Au sein de la filière, certains y gagnent plus que d’autres

Si le "paquet automobile" de Bruxelles représente un changement de cap effectif quant aux objectifs électriques fixés à l’horizon 2035, les constructeurs automobiles estiment que plusieurs mesures y figurant gagneraient à être plus incisives. Les titres Renault et Stellantis réagissent d’ailleurs peu à la Bourse de Paris. La définition exacte du contenu local, qui devrait être précisée en début d’année prochaine, laisse aussi plusieurs questions en suspens, notamment pour les équipementiers. La filière de la recharge électrique encaisse quant à elle les premières annonces, avant l’ouverture du processus législatif qui précédera leur adoption.
ELECTRIC CAR - CHARGING STATION (Photo by Jean-Marc Barr�re / Hans Lucas via AFP)
ELECTRIC CAR - CHARGING STATION (Photo by Jean-Marc Barr�re / Hans Lucas via AFP)

Les annonces de la Commission européenne, ce mardi soir, étaient attendues. Après les tractations de ces dernières semaines, les différentes mesures présentées pour venir soutenir l’industrie automobile sont ressorties conformes avec ce qui avait été pressenti. Au cœur de ces dernières : plutôt que d’attendre des constructeurs automobiles qu’ils réduisent de 100 % leurs émissions provenant des voitures neuves à l’horizon 2035, une cible de 90 % est désormais visée. Ce qui revient donc, de fait, à revenir sur l’interdiction de vendre des véhicules thermiques à compter de cette date. Les 10 % restants devront être compensés par l’utilisation d’acier vert produit dans l’Union européenne (UE), ou par des biocarburants, par exemple.

"Cela permettra aux véhicules hybrides rechargeables (PHEV), aux prolongateurs d’autonomie, aux hybrides légers et aux véhicules à moteur à combustion interne de continuer à jouer un rôle après 2035, en plus des véhicules entièrement électriques et des véhicules à hydrogène", explique Bruxelles. Avant cette date, les constructeurs pourront profiter de "super crédits" pour les petites voitures électriques abordables fabriquées dans l’UE. D’un autre côté, un ajustement a aussi été accordé sur le segment des camionnettes, avec un abaissement de seuil sur l’objectif de réduction des émissions à l’horizon 2030. Sur celui des véhicules utilitaires lourds, le tableau est plus flou, puisque la Commission propose une modification ciblée des normes d’émission de CO2, avec une flexibilité facilitant le respect des objectifs à l’horizon 2030, sans plus de détails. Des cibles contraignantes ont également été fixées sur les véhicules d’entreprises au niveau des États membres, afin de soutenir leur adoption et d’orienter exlusivement les financements publics vers ceux produits en Europe, tandis qu’une nouvelle catégorie de petites voitures électriques sera introduite pour mettre au point des incitations ciblées.

 

Rendez-vous en 2026

 

Enfin, s’agissant du contenu local, en dépit de quelques mesures allant dans le sens de l’incitation à la production européenne (sur l’acier vert, les flottes d’entreprises ou les petites voitures) et bien que le sujet soit désormais bien inscrit à l’agenda, les annonces précises ne devraient intervenir qu’au mois de janvier. Il s’agit, pour mémoire, de l’un des chevaux de bataille du gouvernement français. Pour les équipementiers, l’expectative reste donc plus ou moins de mise. Forvia, OPMobility ou encore Valeo devront ainsi attendre l’Industrial Accelerator Act pour connaître les seuils qui seront précisément retenus – celui de 75 % est poussé par la France.

Mercredi, à la Bourse de Paris, les marchés réagissent peu sur les titres des constructeurs automobiles. Renault et Stellantis évoluent d’ailleurs légèrement en territoire négatif. "Au-delà d’un effet boursier à court terme, elles pourraient surtout améliorer durablement la perception des investisseurs, en offrant plus de visibilité et une approche plus pragmatique jugée capable de changer la donne", estime toutefois le cabinet Oddo BHF, notamment après les annonces concomitantes américaines au début du mois, qui profiteront par exemple à Stellantis. Pour le bureau d’études, Renault semble le plus exposé à ces annonces européennes, du fait du poids bien plus élevé du Vieux continent dans ses volumes (à hauteur de 70 % selon ses calculs). "Néanmoins, l’ensemble des constructeurs européens devrait tirer profit de la plupart des mesures évoquées, au détriment d’acteurs importateurs (chinois notamment à court terme) ou des acteurs 100 % électriques comme Tesla (voire Volvo)", indique Oddo BHF.

 

D’autres chantiers

 

D’un autre côté, les acteurs premium allemands – tout comme les constructeurs de luxe – devraient être les premiers bénéficiaires de l’accroissement de la flexibilité technologique, en faveur des hybrides. "Cela dit, ces mesures n’exonèrent pas les acteurs de l’obligation d’accroître significativement leurs ventes de véhicules électriques à batterie d’ici 2030 et 2035 […] ni de mener un travail approfondi sur leur compétitivité face à une concurrence chinoise croissante", résume le cabinet d’études, relevant aussi que la trajectoire concernant les véhicules utilitaires reste, pour l’heure, encore ambitieuse.

"Le diable peut se cacher dans les détails. Nous allons maintenant étudier le paquet et travailler avec les colégislateurs pour renforcer de manière critique les propositions là où cela est nécessaire", a d’ailleurs souligné Sigrid de Vries, directrice générale de l’ACEA, l’association réunissant les grands constructeurs automobiles européens, à la suite de l’annonce – saluant toutefois les changements proposés. Le lobby indique en effet que ce "paquet automobile" nécessitera des mesures plus décisives, notamment au regard d’une action urgente sur les flexibilités pour 2030 relatives aux voitures et camionnettes, sans quoi les annonces pour 2035 pourraient avoir un effet limité.

 

Accélérer, tempérer

 

L’ACEA estime aussi que les exigences de fabrication dans l’UE, ou le système de compensation des émissions proposés devraient faire l’objet d’une évaluation plus approfondie. " L’ACEA se félicite de l’attention particulière accordée aux véhicules utilitaires légers (VUL), un segment de véhicules qui se trouve dans une situation critique, grâce à la moyenne de conformité et à l’objectif de réduction pour 2030, ainsi qu’à un certain nombre de mesures prévues dans l’Omnibus automobile. De même, la modification ciblée pour les véhicules utilitaires lourds est une première étape positive, qui doit maintenant être adoptée rapidement. Elle doit être suivie d’une révision accélérée du règlement sur les émissions de CO2 des véhicules utilitaires lourds, qui ne peut attendre jusqu’en 2027. Le secteur a besoin d’une évaluation urgente et d’un suivi régulier de l’état des conditions les plus critiques pour la transition du segment", détaille l’association.

D’un autre côté, le secteur de la recharge est forcément préoccupé. "Les annonces faites ce jour sont un coup important porté à la filière de la mobilité électrique. Si des points positifs sont à retirer sur les flottes et le “made in Europe” nous constatons que les affaiblissements pourraient conduire à des ventes de véhicules électriques en 2035 autour de 70 %", a par exemple réagi Aurélien de Meaux, président de l’association Charge France et co-fondateur d’Electra. Dans ce contexte, l’association appelle donc les instances européennes, au sein du processus législatif qui s’ouvre, à veiller à ce que les instruments de 2030 et 2035 restent prévisibles et alignés sur les intérêts industriels et climatiques de l’Europe. En termes de calendrier, ces annonces ne sont effectivement pas synonymes d’application immédiate. Elles devront encore être discutées au Parlement européen et par les États membres avant leur adoption définitive.

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