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Edenred, le mal-aimé du CAC 40 / Quand les changements de régulation pèsent plus que les performances financières
Un cadeau de Noël dont Edenred se serait sans doute bien passé. Le 19 décembre au soir, le titre du spécialiste des services prépayés aux entreprises sortira du CAC 40. Le conseil scientifique des indices d’Euronext Paris a effet annoncé hier soir l’entrée du groupe Eiffage au sein de l’indice phare à son détriment. Une présence au sein du "CAC ", pour le groupe présidé par Bertrand Dumazy, qui n’aura duré que deux ans et demi et qui, force est de le constater, n’aura eu de cesse d’être chahutée. En effet, depuis le 19 juin 2023, date de son intégration officielle, le cours du titre a été divisé par trois. Depuis le début de l’année, il a chuté de près de 42 %, signant la plus forte baisse au sein de l’indice en 2025, et atteignant ce jeudi soir l’un de ses niveaux les plus bas, à 18,45 euros. Si bien que la capitalisation boursière du groupe ne s’élève désormais plus qu’à 4,43 milliards d’euros.
Des résultats toujours au rendez-vous
Et pourtant les moteurs de croissance tournent à plein régime chez Edenred. Trimestre après trimestre, l’entreprise signe toujours de meilleurs résultats. Sur les neuf premiers mois de l’année, par exemple, le chiffre d’affaires cumulé a progressé de 6,7 % en organique, à 2,176 milliards d’euros, avec une dynamique positive dans toutes les lignes d’activité et une amélioration sensible des ventes en Europe. De quoi permettre à Edenred d’afficher sa confiance et de confirmer ses objectifs 2025, en attendant une croissance de l’Ebitda d’au moins 10 % en organique et un taux de conversion free-cash-flow sur Ebitda supérieur à 70 %.
C’est d’ailleurs fort de cette dynamique que le groupe a présenté, en novembre, son nouveau plan stratégique "Amplify", pour la période 2025-2028, destiné à le faire encore changer d’échelle, en dépassant à terme les 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires (contre 3 milliards aujourd’hui et une multiplication par 1,5 par rapport à 2022) et en renforçant sa rentabilité grâce à des investissements plus importants dans l’Intelligence artificielle.
Une instabilité politique française qui agace
Dans ce contexte, l’on pourrait se demander les raisons de ce désamour en Bourse ? Ce sont les changements de réglementation sur les titres-restaurants (41 % de son chiffre d’affaires) dans ses régions clés, à savoir en France, en Italie et en Amérique du Sud, qui auront eu la peau d’Edenred au CAC 40.
Dans l’Hexagone, c’est même l’instabilité politique qui empêche aujourd’hui le vote de la loi dont le cadre réglementaire est pourtant désormais fixé, clair et satisfait Edenred. "Les mesures proposées, issues des concertations, permettront de moderniser un dispositif reconnu par tous comme l’avantage social préféré des Français, en particulier, la disposition concernant la digitalisation totale du secteur au plus tard le 1er janvier 2027, qui simplifiera considérablement la gestion des titres-restaurant, notamment pour les restaurateurs ", commentait en juin dernier l’entreprise, se félicitant que "cette réforme reflète la volonté commune à l’ensemble des parties prenantes de poursuivre le développement du dispositif du titre-restaurant". Après des mois de concertation et un retard dû à la dissolution de l’Assemblée nationale l’année dernière, le texte n’est toujours pas prévu à l’ordre du jour du Parlement.
Un coût de 60 millions en Italie
En Italie, le voile a été levé en octobre 2024, le plafonnement à 5 % des commissions marchands - la règle dans le service public - ayant été étendu au cours du deuxième semestre 2025 au secteur privé. "Cela aura un coût pour Edenred – 60 millions d’euros sur l’Ebitda au second semestre 2025 - mais nous savons désormais dans quel cadre réglementaire nous allons opérer", avait prévenu Bertrand Dumazy, lors de la dernière assemblée générale des actionnaires de l’entreprise, en mai. Événement au cours duquel – et pour rassurer les investisseurs - le patron d’Edenred s’était échiné à réaffirmer la solidité du modèle de l’entreprise et avait défendu avec vigueur sa confiance en les bienfaits économiques, sociaux et fiscaux d’un système régulé, plébiscité par des millions de salariés et de commerçants.
La mauvaise surprise de Lula
C’était sans compter la décision du président brésilien, Lula, le mois dernier, de secouer les règles du jeu sur "le programme d’Alimentation des Travailleurs (PAT)" dans son pays. Après trois ans de discussions, un décret devrait finalement plafonner le taux de commission marchands à 3,6 % (contre environ 8 % aujourd’hui) et ramènerait le délai de règlement à 15 jours au lieu de 30. Une décision surprise pour Edenred exprimant "son inquiétude quant à au fait que de telles dispositions pourraient compromettre l’intégralité du programme ".
Un recours juridique contentieux contre ce décret a d’ailleurs été déposé. En attendant, l’entreprise a décidé d’ajuster ses prévisions en anticipant pour 2026 une baisse organique de son Ebitda comprise entre 8 et 12 %, contre une hausse de 2 à 4 % précédemment.
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