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L’IA et la data ont résolument de quoi être des vecteurs stratégiques pour les industriels français / Bernard Fontana, Patrick Pouyanné et Guillaume Faury en livrent quelques exemples
Le Grand Palais accueille, ce mardi et mercredi, un panel de dirigeants de grandes entreprises françaises et mondiales, de décideurs institutionnels et de start-ups et groupes en pointe de l’intelligence artificielle (IA) pour le sommet "Adopt AI", organisé sous le haut patronage d’Emmanuel Macron et avec le concours de la société de conseil en data et IA Artefact. Présenté comme la suite du Sommet mondial pour l’action sur l’IA de Paris, son thème est clair : celui d’être axé sur les entreprises et la manière dont elles diffusent et adoptent la technologie en leur sein. Un point d’importance pour que la France puisse passer à l’échelle en matière d’IA, notamment relevé par la Cour des comptes dans son évaluation de la stratégie nationale menée depuis 2018 sur le sujet.
L’occasion donc, pour un certain nombre de dirigeants de grands groupes français – comme Alexandre Bompard (Carrefour), Nicolas Namias (BPCE), Christel Heydemann (Orange), Estelle Brachlianoff (Veolia), Olivier Galvada (Crédit Agricole), Paul Hudson (Sanofi), Benoît Coquart (Legrand) ou Sophie Bellon (Sodexo), entre autres – de venir détailler leur vision du sujet. Et notamment du côté des fleurons de l’industrie française et européenne, puisque les patrons respectifs d’EDF, TotalEnergies et Airbus, Bernard Fontana, Patrick Pouyanné et Guillaume Faury, avaient eux aussi fait le déplacement pour expliquer la manière dont leur entreprise s’est saisie du sujet.
Des acquis et des perspectives
Il faut dire qu’à plusieurs échelons, le sujet de l’IA et de la donnée est central en matière d’activité et de perspectives business pour les trois groupes. Par exemple chez EDF, l’ingénierie nucléaire a notamment été enrichie de l’utilisation de jumeaux numériques, permettant d’assurer une aide de la conception à la déconstruction d’un réacteur, en passant par son exploitation et sa maintenance, grâce à un environnement intégré de visualisation de certains phénomènes, qui permettent d’aboutir à des simulations toujours plus prédictives. "Nous utilisons l’IA pour notre propre efficience, grâce aux jumeaux numériques, sur les systèmes de contrôle, sur la construction, mais aussi grâce à une approche de machine learning. Nous pourrions réduire de 30 % les interruptions et pannes, grâce à l’apprentissage et l’anticipation", a expliqué Bernard Fontana, insistant aussi l’importance de former l’ensemble des collaborateurs du groupe qu’il préside et dirige à ces sujets.
"Notre mission chez TotalEnergies, est de fournir à nos clients une énergie accessible, fiable, abordable et durable. Nous avons mis en œuvre une ambition : plus d’énergie et moins d’émissions, grâce à une stratégie multi-énergies intégrée", a de son côté expliqué Patrick Pouyanné. De ce fait, la data et l’IA s’y articulent pleinement, dans la mesure où elles supportent à la fois la performance opérationnelle, mais aussi les transitions énergétiques. Il faut dire qu’au sein de cette feuille de route, l’IA s’accompagne effectivement de perspectives prometteuses, par exemple grâce aux capacités de prédictions météorologiques qu’elle offre. Un levier parmi d’autres pour accélérer le développement des énergies renouvelables. "Nous sommes une ‘data company’depuis plusieurs décennies", a-t-il de plus observé, rappelant que TotalEnergies avait aussi pris les devants sur ces sujets en créant sa "Digital Factory" à Paris il y a désormais cinq ans, afin de faire passer les capacités du groupe à délivrer des cas d’usage pertinents à l’échelle, mais aussi de lui permettre d’industrialiser l’IA dans tout le groupe.
En matière d’exploitation des données, le groupe a également annoncé au mois de juillet une collaboration stratégique avec la division Aspen Technology d’Emerson, afin de déployer des technologies numériques avancées pour la collecte (en continu et en temps réel) des données issues des sites industriels de la compagnie, a rappelé Patrick Pouyanné. De quoi mieux exploiter la valeur des données industrielles, afin d’améliorer la prise de décision, notamment grâce à l’IA et ainsi optimiser les performances opérationnelles, énergétiques et environnementales des sites de TotalEnergies. Et puis, avancer en matière d’IA, c’est aussi contribuer à développer l’écosystème en la matière en France, a souligné le président-directeur général de la compagnie, indiquant que le partenariat annoncé avec Mistral AI cette année lui permettrait par exemple d’étendre l’utilisation de l’IA dans le groupe, notamment dans le domaine des énergies bas carbone. "L’atout clé pour maximiser la valeur de l’IA sera d’une part les données auxquelles elle se réfère, mais aussi les personnes et les connaissances. Il est absolument nécessaire de les former à ce sujet", a résumé Patrick Pouyanné.
La donnée au centre du jeu
Guillaume Faury, président exécutif d’Airbus, a quant à lui rappelé que l’IA pouvait se décliner sur trois aspects à retombées commerciales : le développement et l’ingénierie, la production et les services. Sur le plan de la production, l’IA est d’ores et déjà bien implantée au travers de l’automatisation et de la robotisation, a-t-il expliqué, ce qui permet de gagner en efficacité – bien que les gains qui seront à venir, au travers de nouvelles générations de robots par exemple, devraient être d’autant plus importants. De même, l’IA se révèle utile sur le plan de la maintenance prédictive, a-t-il indiqué, puisqu’elle se repose sur un volume gigantesque de données. "De cette manière, vous pouvez prévenir plutôt que de réparer", a-t-il souligné. En matière de sécurité, également, l’IA peut venir enrichir les systèmes d’atterrissage automatique, en détectant des objectifs au sol. Du côté de l’automatisation, les avancées restent encore trop peu sûres pour un usage commercial, a indiqué le patron de l’avionneur. En revanche, la technologie offre des voies certaines d’amélioration de la qualité du développement des avions, afin qu’ils soient plus rapides, moins onéreux, ou encore plus assistés.
Sur le plan du segment de la défense, également, les cas d’usage sont nombreux, à l’instar du développement du système de ravitaillement automatique développé par le groupe. Le sujet du traitement de la donnée reste, lui aussi, central. "Aujourd’hui, le champ de bataille est numérique. Le déploiement de l’IA dans le système militaire permet de traiter d’énormes volumes de données et d’apporter des informations consolidées pour prendre des décisions. Cependant, il est absolument nécessaire de garder l’humain au centre de la prise de décision stratégique", a rappelé Guillaume Faury.
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