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TotalEnergies fait son plein dans le raffinage / Les bénéfices bondissent de 51 % en trois mois

Alors que son activité de production pétrolière marque le pas, TotalEnergies réalise un trimestre exceptionnel grâce au raffinage et au négoce. Les bénéfices s'envolent, sans remettre en cause sa discipline financière.
29/10/2026 - 18:00
Le siège de TotalEnergies à Paris La Defense (Photo by Michael Nguyen / NurPhoto / NurPhoto via AFP)
Le siège de TotalEnergies à Paris La Defense (Photo by Michael Nguyen / NurPhoto / NurPhoto via AFP)

Les résultats du troisième trimestre publiés ce jeudi par TotalEnergies ne dérogent pas à la règle du double défi auquel le groupe est confronté à chacune de ses publications. D’un côté, justifier ses profits dans un contexte de vie chère, même si les taxes représentent près de la moitié du prix de l’essence à la pompe et que le groupe a décidé de plafonner les tarifs des carburants dans ses stations-service françaises. De l’autre, convaincre les investisseurs que sa stratégie lui permet de profiter pleinement des bouleversements des marchés énergétiques, tout en préservant sa rentabilité à long terme.

Sur ce second terrain, les résultats parlent d’eux-mêmes. Le bénéfice net ajusté bondit de 51 % sur un trimestre, à 9,1 milliards de dollars, tandis que la marge brute d’autofinancement progresse de 25 %, à 12,3 milliards. Mais ce bond des profits ne doit pas grand-chose à l’extraction de pétrole et de gaz. Malgré une production en hausse de 6 %, le résultat de l’exploration-production recule de 2 %, sous l’effet du repli de 7 % du Brent et d’une fiscalité plus lourde. Il ressort même légèrement inférieur aux attentes des analystes, souligne le bureau Oddo BHF.


Le raffinage, grand gagnant


Le moteur se trouve en aval. Le résultat du raffinage-chimie a doublé, à un niveau record de 3,6 milliards de dollars, à la faveur de marges de raffinage historiquement élevées. En Europe, elles sont passées de 13,5 à 33,2 dollars par baril en un trimestre, sous l’effet des perturbations des approvisionnements provoquées par la guerre au Moyen-Orient et les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes. TotalEnergies en a d’autant mieux profité que ses raffineries ont augmenté leurs volumes traités de près de 10 %. Sur les 2,84 milliards de dollars de hausse des résultats des secteurs, le raffinage contribue à lui seul pour 1,8 milliard, calcule AlphaValue.

À cette conjoncture favorable s’ajoute la capacité du groupe à optimiser ses approvisionnements. Le négoce de pétrole, rattaché au même secteur, continue d’afficher des performances élevées. À Genève, les spécialistes de l’approvisionnement des raffineries travaillent aux côtés des négociants en pétrole pour choisir les bruts les plus rentables en fonction des carburants recherchés et des coûts de transport. Un exercice devenu crucial avec l’envolée du fret maritime. « Avant, le coût du transport était […] de 2 dollars par baril. Aujourd’hui, on parle de 25 dollars par baril », a souligné Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, jeudi, lors de la conférence de présentation des résultats aux analystes.


Le milliard de la France


Ces marges record ont leur revers à la pompe, et le premier défi évoqué plus haut n’a pas tardé à resurgir. Interrogé par un analyste de TD Cowen sur le risque de nouvelles taxes en France, Patrick Pouyanné a défendu la contribution de TotalEnergies à l’économie française. L’État n’est pas actionnaire du groupe, a-t-il rappelé, et l’Hexagone ne pèse qu’environ 7 % de son cash-flow. Aucun des amendements débattus la veille au Parlement n’a d’ailleurs été adopté. Mais le PDG insiste surtout sur les efforts consentis par le groupe : entre le plafonnement de ses prix, à 1,99 euro le litre d’essence et 2,25 euros le gazole, et quelque 500 millions d’euros d’impôt sur les sociétés attendus en France, « si j’additionne les deux, c’est une contribution exceptionnelle au pays d’un milliard d’euros ».

Les profits exceptionnels ne se limitent toutefois pas au raffinage. Le gaz naturel liquéfié (GNL) a lui aussi fortement contribué aux résultats, avec un bénéfice opérationnel ajusté multiplié par 2,3, à 1,9 milliard de dollars. Une performance obtenue malgré le recul des volumes vendus, grâce à la hausse de 20 % des prix de vente et au rebond du négoce gazier, relève le cabinet de recherche AlphaValue.

Reste à savoir combien de temps ces conditions de marché exceptionnellement favorables pourront se prolonger. Patrick Pouyanné estime que les marges de raffinage européennes pourraient rester élevées au premier semestre 2027, sans s’avancer au-delà. « Je vous l’ai dit : non, je n’investirai pas dans de nouvelles raffineries. Je maintiens cette position », a-t-il affirmé. Il concède néanmoins que trois années de marges à 20 dollars par baril pourraient éventuellement le conduire à revoir sa position. En attendant, les marges actuelles l'incitent plutôt à reconsidérer certaines fermetures de raffineries existantes : « prendre des décisions de fermeture pourrait être plus délicat qu’avant ». Une prudence qui rappelle que les bénéfices actuels reposent en partie sur des déséquilibres de marché dont la durée reste incertaine.


Pas de dépenses procycliques


La même prudence prévaut dans l'utilisation de cette manne financière. « Nous avons une stratégie, nous avons un plan, nous n’allons pas devenir procycliques parce que nous avons soudainement plus de cash », assure le PDG. Plutôt que d'accélérer ses investissements, TotalEnergies profite de ses rentrées de trésorerie pour renforcer son bilan et rémunérer davantage ses actionnaires. La dette nette a reculé de 5,9 milliards de dollars, ramenant le ratio d’endettement de 13,1 % fin juin à 9,1 % fin septembre, une amélioration à laquelle ont également contribué les cessions d'actifs et des mouvements favorables du fonds de roulement.

Le groupe peut ainsi porter ses rachats d’actions de 1,5 milliard de dollars au troisième trimestre à 2,5 milliards au quatrième, un rythme qu'il entend maintenir début 2027. Avec un cash-flow annuel attendu entre 42 et 43 milliards de dollars, le conseil d’administration envisage également de relever le solde du dividende afin d’atteindre son objectif de redistribution de 40 % du cash-flow.

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