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TotalEnergies étend sa feuille de route jusqu’en 2035 / La crise d’Ormuz conforte son modèle intégré
« Elles tournent toutes à plein régime, et elles sont comme des mines d'or cette année. » Patrick Pouyanné s’exprimait ce lundi depuis New York, où TotalEnergies organise pour la cinquième année consécutive son Capital Markets Day consacré à sa stratégie et à ses perspectives. Le PDG répondait à ceux qui décrivent régulièrement les raffineries européennes du groupe comme à la traîne. Les perturbations dans le détroit d'Ormuz ont changé la donne. Avant le conflit, 20 millions de barils y transitaient chaque jour. Le brut continue de passer, autour de 5 millions de barils par jour entre mars et juillet et davantage aujourd'hui, plutôt autour de 10 millions selon le PDG, mais les stocks de produits raffinés sont tombés très bas. Résultat : le gazole et l'essence flambent, et le groupe anticipe pour 2026 une marge de raffinage européenne de 20 dollars par baril, près de trois fois son niveau de 2025.
Ces prix élevés commencent aussi à modifier les arbitrages des consommateurs. « Quand vous voyez l'essence à 2,50 euros le litre, cela pousse évidemment les gens à regarder vers l'électrification », observe Patrick Pouyanné. La pénurie relative de produits raffinés aiguise en parallèle la concurrence entre pays. « Les pays du G7 cherchent désormais de l’essence et du gazole partout dans le monde. Mais chacun va d’abord chercher à conserver ses propres approvisionnements. » Pour en tirer parti, TotalEnergies a orienté l'ensemble de ses raffineries vers le kérosène et le gazole, les produits les plus rares. Il a aussi reporté à 2027 le grand arrêt de la plateforme de Normandie, qui fonctionnera ainsi trois mois de plus cette année.
La diversification amortit le choc
Au-delà du raffinage, Patrick Pouyanné voit dans la crise une démonstration plus large de la pertinence du modèle intégré et diversifié de TotalEnergies. Environ 20 % de la production du groupe provient du Golfe. L'impact sur la production a pourtant été contenu à 5 à 6 %, grâce aux débouchés trouvés avec les compagnies nationales d'Abou Dhabi et d'Irak. Dans le GNL, la diversité des sources d'approvisionnement, américaines notamment, a permis de ne déclarer aucune force majeure aux clients, « contrairement à la plupart de nos pairs ».
2030, la trajectoire confirmée
C'est sur cette capacité de résistance que le groupe appuie une feuille de route 2030 inchangée. Les objectifs sont tous confirmés. Au total, la production d'énergie doit progresser de 4 % par an d'ici à 2030. Dans les hydrocarbures, la hausse doit dépasser 3 % par an et repose désormais entièrement sur des projets déjà lancés, après les décisions d’investissement d’Ima, un projet gazier au Nigeria destiné à alimenter le train 7 de Nigeria LNG, et de la phase 2 d’Absheron en Azerbaïdjan, qui doit fournir du gaz au marché turc et au marché domestique à partir de 2029. Dans l'électricité, la production doit atteindre 100 à 120 TWh, tandis qu'Integrated Power vise une rentabilité des capitaux employés (ROACE) de 12 % en 2030. Cette montée en puissance doit surtout se traduire en cash : environ 10 milliards de dollars de free cash-flow supplémentaire entre 2025 et 2030 à prix constants, soit plus de 4 dollars par action. L'électricité doit y contribuer pour 2 à 3 milliards et devenir positive en free cash-flow dès 2027.
Le nouvel horizon 2035
La principale nouveauté du CMD porte sur l’après-2030. Les projets déjà identifiés, en Namibie, au Nigeria, en Libye ou en Papouasie-Nouvelle-Guinée, doivent permettre à TotalEnergies de maintenir sa production d’hydrocarbures autour de 3 millions de barils équivalent pétrole par jour jusqu’en 2035. Sans nouveaux projets, un portefeuille de cette nature décline d’environ 3 % par an. « Je suis heureux d’être le PDG d’une compagnie pétrolière et gazière dont la production ne déclinera pas au cours des dix prochaines années », se félicite Patrick Pouyanné. Fort de cette base, le groupe vise encore 2 à 3 % de croissance annuelle grâce à l’exploration et à l’accès à des ressources déjà découvertes, sans grande acquisition. « Les 2 %, je pense, sont faciles. Les 3 % seront plus exigeants », reconnaît le dirigeant. Pour préparer cette croissance, les investissements nets sont fixés entre 14 et 17 milliards de dollars par an sur 2027-2032, contre 14 à 16 milliards précédemment, la hausse de la borne haute étant destinée au pétrole et au gaz. Dans l’électricité, TotalEnergies entend maintenir un rythme de croissance de 10 à 12 térawattheures par an, de quoi porter cette activité à 25 % de son mix énergétique en 2035.
Cette visibilité supplémentaire nourrit aussi la politique de retour à l’actionnaire. Le conseil s’engage à relever le dividende de plus de 5 % par an au titre des exercices 2026 à 2030. « Cet engagement n’est pas lié au niveau des prix de l’énergie », insiste Patrick Pouyanné, qui l’adosse à la croissance relutive des nouvelles productions. Le ratio d’endettement est attendu sous les 10 % dès la fin 2026. Les rachats d’actions atteindront 2,5 milliards de dollars au quatrième trimestre 2026, puis entre 2 et 2,5 milliards au premier trimestre 2027, dans le cadre d’un retour à l’actionnaire d’au moins 40 % du cash-flow. L’idée d’un dividende exceptionnel, testée auprès des investisseurs, a en revanche été écartée faute d’intérêt.
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