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Le FMI et la Banque de France s’accordent sur les réformes européennes à mener / François Villeroy de Galhau accueillait jeudi le directeur du département Europe de l’institution

Une trajectoire de croissance européenne loin d’être au beau fixe et qui ne serait pas pour autant une fatalité. Un point de vue partagé par Alfred Kammer, directeur du département Europe au sein du Fonds monétaire international, ainsi que par François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France et Enrico Letta, président de l’Institut Jacques Delors et ancien Premier ministre italien. Réunis à Paris pour discuter de la façon dont on pouvait mener à bien les réformes européennes nécessaires pour relancer la croissance sur le continent, ils ont insisté sur les bénéfices que l’ensemble des États membres en tireraient tout en insistant sur la nécessité d’agir rapidement.
Alfred Kammer, directeur du département Europe au sein du Fonds monétaire international. Photo by Daniel HEUER / AFP
Alfred Kammer, directeur du département Europe au sein du Fonds monétaire international. Photo by Daniel HEUER / AFP

Une fois de plus le retard pris par l’Europe sur les États-Unis interroge. Cette fois-ci c’est Alfred Kammer, le directeur du département Europe au sein du Fonds monétaire international (FMI), qui est venu présenter, à la Banque de France, les dernières perspectives économiques régionales pour l’Europe publiées par l’institution. Il a accordé une grande place dans son propos au problème que rencontre l’Europe concernant une productivité largement décevante.

Non pas que l’Europe soit incapable de faire mieux, bien au contraire puisqu’il a expliqué que le continent "dispose des ressources humaines, technologiques et économiques nécessaires pour croître plus rapidement ". Il a déploré qu’elle ne fasse pas au mieux au vu du potentiel dont elle dispose. L'écart de PIB par habitant entre les deux rives de l’Atlantique a beau être de quelque 30 % il est expliqué à près des trois quarts par une productivité plus faible en Europe.

 

Résorber

 

Il n’a pas fait de mystère des façons de remédier à ce problème, expliquant que la "productivité prospère lorsque les marchés sont profonds, que les entreprises peuvent croître librement et que les ressources circulent facilement ". Le manque de mobilité des talents et des capitaux est flagrant à ses yeux, il ne s’agit pas d’organiser une fuite des cerveaux a-t-il fait valoir, mais davantage de mettre en œuvre une circulation des cerveaux. Rien qu’une réduction de moitié des coûts de mobilité permettant de réduire "l’écart entre la manière dont les travailleurs se déplacent vers les régions offrant des salaires réels plus élevés en Europe et aux États-Unis" est jugée comme pouvant améliorer de 1,8 % la productivité de l’Union européenne.

Le capital-risque est également une faiblesse européenne à laquelle il faut s’attaquer le plus rapidement possible aux yeux d’Alfred Kammer. Ce dernier expliquant que pour l’heure "les entreprises de l’UE ont deux tiers de chances en moins d’obtenir un financement en capital-risque que leurs homologues américaines, et lorsqu’elles en obtiennent un, les montants sont environ deux fois moins importants ". Une des différences majeures entre les deux zones géographiques se trouverait être le plus faible biais géographique aux États-Unis où ce sont 30 % des investisseurs en capital-risque qui sont originaires du même État américain que la start-up, là où cette proportion passe à près de 60 % en Europe.

De quoi avoir des conséquences en termes de concurrence et de taille des projets. Les données dévoilées par ses soins évoquent une harmonisation des régimes juridiques des sociétés susceptible "d’augmenter les flux de capital-risque transfrontaliers dans l’UE d’environ 13 % et la simplification des procédures de retenue à la source d’environ 20 %".

 

Mettre en action

 

Poursuivant son chiffrage, il considère que si chacune des régions européennes améliorait l’accès au marché – jugé trop fragmenté pour l’heure - et la participation du secteur privé à l’économie, rien que de passer de la médiane de l’UE au 75e percentile, ferait que la productivité augmenterait de près de 5 %. Un des faits saillants développé par ses soins est qu’au sein de l’UE, "les coûts commerciaux entre États membres équivalent à un droit de douane moyen de 40 % sur les marchandises, soit bien plus que ceux auxquels sont confrontées les entreprises américaines qui commercent entre États ".

Un chiffrage avec lequel le gouverneur de la Banque de France n’est pas entièrement en phase, évoquant un désaccord technique. Tout en rejoignant immédiatement Alfred Kammer quant aux gains conséquents à attendre des réformes à mettre en place. Il suffirait d’en utiliser 2 % de ces derniers pour compenser les quelques pertes à attendre pour certaines régions et géographies. François Villeroy de Galhau a également souligné concernant les réformes qu’il y avait "une question difficile concernant la portée, si nous devons choisir entre la portée et la rapidité. Je choisirai la rapidité". Interrogé sur la façon dont la Banque centrale européenne (BCE) pouvait faire progresser l’agenda, il a argué que si elle remplissait son mandat elle contribuerait à générer de la confiance, ce qui serait bénéfique à la croissance et réduirait l'incertitude.

 

Inspirer

 

Pas enclin à se reposer sur ses lauriers, le patron de la Banque de France a confié qu’il serait souhaitable que "si nous devions avoir au moins une vertu américaine, ce serait davantage de confiance en soi". Enrico Letta, président de l’Institut Jacques Delors et ancien Premier ministre italien, est quant à lui aller chercher de l’inspiration en Chine, expliquant avoir "été impressionné par le discours prononcé par Xi Jinping devant le comité économique du parti, dans lequel il a lancé un plan visant à intégrer le marché unique chinois".

La Chine a déjà commencé à se mettre en ordre de marche, un exemple à ses yeux tant ici en Europe, "nous sommes très bons en stratégie, un peu moins en exécution". Pourtant, il constate qu’une date et une méthode existent, malheureusement il lui semble que cet horizon de 2028 est encore trop peu connu.

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