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Worldline s’offre un répit après un été sous tension / Les annonces sur la liquidité et les cessions redonnent un peu d’air

Les investisseurs saluent la publication d’un trimestre sans mauvaise surprise pour Worldline, mais la prudence reste de mise. Les prévisions demeurent orientées à la baisse et les cessions ne suffiront pas, à elles seules, à rétablir la confiance.
Le groupe de paiements a profité de la publication de son chiffre d’affaires pour faire le point sur plusieurs dossiers sensibles (Photo by Philippe TURPIN / Photononstop via AFP)
Le groupe de paiements a profité de la publication de son chiffre d’affaires pour faire le point sur plusieurs dossiers sensibles (Photo by Philippe TURPIN / Photononstop via AFP)

Rendez-vous chargé pour Worldline. Officiellement, il ne s’agissait que d’une publication de chiffre d’affaires trimestriel, mais le groupe devait rassurer sur plusieurs fronts après une année 2025 marquée par un essoufflement de l’activité, un bilan fragilisé et une crise d’image en plein été. À première vue, l’exercice semble avoir rempli sa fonction, l’action s’envolant de plus de 15 % mercredi matin à 2,84 euros. Pourtant, rien de transcendant.

Le chiffre d’affaires du troisième trimestre s’établit à 1,149 milliard d’euros, en repli organique de 0,8 % par rapport à l’an dernier, soit légèrement mieux que les attentes du consensus (–1,7 %). Dans le détail, les Services aux Commerçants, qui englobent les solutions de paiement et d’encaissement pour les enseignes et plateformes de e-commerce, reculent de 0,1 %. Les Services Financiers, consacrés aux prestations de traitement pour les banques (émission et acquisition de cartes, paiements instantanés, digital banking), cèdent 4,5 %, tandis que la division Mobilité et Services Web Transactionnels progresse de 0,6 %. "Les résultats financiers correspondent globalement à nos attentes, à l’exception du segment Financial Services, dont la performance a été inférieure à nos prévisions", note Octo Finances, qui attendait une amélioration plus nette après la perte d’un client majeur. Oddo BHF préfère de son côté voir le positif, en notant "une amélioration par rapport aux trimestres précédents grâce à l’atténuation d’éléments non récurrents et à des bases de comparaisons plus favorables".

 

Des objectifs resserrés, mais toujours orientés à la baisse

 

Le directeur général, Pierre-Antoine Vacheron, devant les analystes, a tenu à insister sur cette inflexion : "Notre performance de chiffre d’affaires au troisième trimestre est conforme aux attentes, avec la stabilisation de Merchant Services et un ralentissement du recul en Financial Services. Ces résultats nous permettent de confirmer l’objectif de juillet dans une fourchette resserrée entre 830 et 855 millions d’euros d’EBITDA ajusté."

Un resserrement qui ne vaut toutefois pas relèvement, c’est même plutôt le contraire. Au premier semestre, le groupe tablait sur une "baisse organique à un chiffre en bas de fourchette", une formulation qualitative laissant entendre une contraction modérée, souvent interprétée autour de –1 % à –3 %. La nouvelle prévision chiffrée (–1 % à –4 %) élargit en réalité la zone basse plutôt qu’elle ne la réduit. Même glissement du côté de la rentabilité, avec un EBITDA attendu en baisse de 20 % à 23 %, soit 830 à 855 millions d’euros, contre 825 à 875 millions visés auparavant. Le flux de trésorerie libre est désormais prévu entre –30 millions et l’équilibre, confirmant une génération de cash tendue.

 

Cash-pool, audits : le groupe s’efforce de dissiper les doutes

 

Sur le volet liquidités, particulièrement scruté par les analystes, le nouveau management a apporté des éclaircissements attendus lors de la présentation aux investisseurs. Après des mois de spéculations sur le fonctionnement de son cash-pool, le directeur financier, Srikanth Seshadri, nommé mi-septembre, a détaillé la situation : "Nous avons environ 2,3 milliards d’euros de trésorerie dans les filiales, dont 1,8 milliard dans le cash-pool notionnel. Le mécanisme fonctionne de manière fluide et efficace depuis plus de dix ans." Une communication jugée salutaire par les analystes : "Les dirigeants ont apporté des éléments rassurants sur le système de cash pooling de la société, qui a fait l’objet de nombreuses critiques et incompréhensions ces derniers mois", observe Oddo BHF.

Autre dossier sensible, celui des audits commandés après les révélations de presse de l’été, sur lequel le groupe a cherché à clarifier sa position. Sur ce point, Pierre-Antoine Vacheron a cherché à clarifier : "Les analyses menées par Accuracy confirment que le portefeuille d’acquisition du groupe est globalement mature et qu’aucune sortie matérielle n’est attendue au-delà des marchands déjà sortis en 2023." Et d’ajouter, à propos du rapport Oliver Wyman : "Ce dernier confirme que Worldline a fait des progrès significatifs dans le renforcement de son cadre de risques et de conformité, mais nous devons mieux harmoniser l’exécution entre entités." Des audits nationaux sont encore en cours, notamment en Belgique et en Suède. "Nous faisons tout le nécessaire pour être transparents", a-t-il assuré.

 

Le marché salue les cessions

 

Sur le plan financier, c’est toutefois la dynamique de cessions qui a le plus contribué à rassurer le marché. Après la vente annoncée en juillet de la division Mobilité & Services Web Transactionnels à Magellan Partners (400 millions d’euros de valeur d’entreprise), Worldline est entré en négociations exclusives avec l’américain Shift4 pour céder ses activités nord-américaines, valorisées 70 millions d’euros. "Le produit de cession supérieur à 300 millions d’euros permet au groupe d’avoir un coussin de liquidité supplémentaire en 2026", estime Octo Finances, qui reste toutefois prudent : "Les cessions sont positives à court terme, mais le périmètre restreint à partir de fin 2026 limite les marges de manœuvre du groupe."

L’essentiel, à ce stade, tient donc moins à la qualité intrinsèque du trimestre qu’à la restauration d’une crédibilité écornée. "La macro est molle en Europe", reconnaît Pierre-Antoine Vacheron, conscient d’un environnement qui "ne favorise ni les détaillants ni les PME". Le grand rendez-vous du 6 novembre, lors de la Journée Investisseurs, devra préciser la feuille de route stratégique du groupe et ses ambitions à moyen terme. "Nous avons simplifié notre organisation pour accélérer la transformation", a assuré le dirigeant, promettant de "présenter les plans pour revenir à un niveau de croissance et de génération de trésorerie adéquat". Ce rendez-vous fera office de premier test grandeur nature pour la nouvelle équipe, appelée à reconstruire la confiance autour du dossier.

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