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Worldline entre stabilisation et recapitalisation / Des signaux d’amélioration à confirmer

Après avoir accéléré le recentrage de son périmètre, Worldline commence à entrevoir une stabilisation de sa trajectoire opérationnelle. Les résultats 2025 confirment des objectifs tenus mais encore fragiles, au moment où le groupe s’apprête à lancer une augmentation de capital hautement dilutive pour sécuriser son bilan.
Pierre-Antoine Vacheron, le directeur général de Worldline
Pierre-Antoine Vacheron, le directeur général de Worldline

Mercredi, Worldline annonçait la cession de ses activités de paiement en Inde à BillDesk pour une valeur des capitaux propres estimée à 60 millions d'euros. Quelques heures plus tard, le groupe publiait des résultats annuels 2025 qui commencent à laisser entrevoir une stabilisation de la trajectoire opérationnelle.

Depuis l’évocation par son directeur général Pierre-Antoine Vacheron, à peine quelques semaines après son arrivée aux commandes du groupe en mars 2025, de la volonté de se désengager d’activités non stratégiques héritées d’acquisitions passées, l’exécution s’est enchaînée rapidement. Après les sorties des activités nord-américaines, de Cetrel, de PaymentIQ et désormais de l’Inde, le groupe aura mené en quelques mois un programme de cessions représentant 540 à 590 millions d’euros de produits attendus en 2026.

Au total, les entités concernées représentaient sur une base annuelle environ 900 millions d'euros de chiffre d'affaires, 200 millions d'euros d'EBE ajusté et 30 % des effectifs du groupe, qui passera ainsi de 19 000 à 13 000 personnes, a indiqué le dirigeant lors de la conférence de presse de présentation des comptes de l’exercice écoulé.

 

Premiers frémissements opérationnels

 

Sur les résultats eux-mêmes, le groupe livre exactement ce qu'il avait promis. Le chiffre d'affaires des activités poursuivies ressort à 4,03 milliards d'euros, en repli organique de 2,7 % sur l'ensemble de l'année. L'EBE ajusté atteint 737 millions d'euros, pour une marge de 18,3 %. Le flux de trésorerie disponible s'établit à -26 millions d'euros. Le résultat net publié, lui, s'enfonce à -5,16 milliards d'euros, mais cette figure intègre 4,7 milliards d'euros de dépréciations de goodwill, sans incidence sur la trésorerie. Le résultat net normalisé ressort à 175 millions d'euros.

Ce qui retient surtout l’attention est l’évolution de la trajectoire. « En comparaison avec la baisse annuelle de 2,7 %, notre trajectoire de revenus s’est améliorée à mesure que nous clôturions l’année », a souligné le directeur financier Srikanth Seshandri lors de la présentation. Le recul organique a ainsi ralenti au quatrième trimestre, à –2,2 %. Dans les Services aux Commerçants, le taux d’attrition du segment des petites et moyennes entreprises (SMB) s’est amélioré dans toutes les géographies à partir du troisième trimestre, avec même un retour à la croissance en Allemagne, en Suisse et dans les pays nordiques.

Parler de remontada à ce stade serait sans doute excessif, mais des signes de stabilisation commencent à émerger. La direction met également en avant les premiers frémissements commerciaux. Le groupe revendique plusieurs gains et même des retours de clients perdus, dont celui « d’un grand acteur néerlandais », signe que le travail sur la relation clients commence à porter ses fruits.

 

Opération dilutive

 

Ces signaux tombent à point nommé. Le groupe s'apprête en effet à lancer son augmentation de capital de 500 millions d'euros, opération annoncée lors de la journée investisseurs de novembre 2025. L'opération est techniquement sécurisée dans ses deux volets : une augmentation réservée d'environ 110 millions d'euros, entièrement souscrite par BNP Paribas, Bpifrance et Crédit Agricole, et une augmentation avec droits préférentiels de souscription d'environ 390 millions d'euros, bénéficiant d'engagements fermes de ces mêmes investisseurs à hauteur de 135 millions d'euros et d'une garantie de bonne fin assurée par un syndicat composé de Barclays, BNP Paribas, Crédit Agricole CIB et J.P. Morgan pour les quelque 255 millions d'euros restants. 

Reste la question du prix auquel l’opération sera réalisée, vraisemblablement peu élevé dans le contexte actuel. La dilution s’annonce, quoi qu’il en soit, substantielle pour les actionnaires, eu égard à une capitalisation boursière tombée sous les 400 millions d’euros. L’action Worldline cédait d’ailleurs plus de 3 % mercredi matin, à 1,39 euro, non loin de son récent plus bas historique de 1,275 euro.

L’enjeu de cette levée de fonds n’en demeure pas moins crucial. Elle vise à renforcer les fonds propres et à sécuriser la notation auprès de S&P, en ramenant le ratio d’endettement net sous 2 fois l’EBE ajusté d’ici fin 2026, contre environ 3 fois aujourd’hui. Autrement dit, à constituer un matelas bilanciel pendant la phase de transformation.

 

Une reprise progressive mais encore entravée

 

Pour 2026, le groupe se fixe des objectifs en ligne avec la trajectoire North Star : une croissance organique du chiffre d’affaires comprise entre 1 % et 4 %, un EBE ajusté attendu stable entre 630 et 650 millions d’euros et un flux de trésorerie disponible toujours négatif, entre –70 et –80 millions d’euros. Ces prévisions sont établies sur un périmètre post-cessions, excluant MeTS et les autres entités en cours de désengagement.

Le groupe devra cependant toujours composer avec certains vents contraires. « L’exercice 2026 restera pénalisé par les effets résiduels des résiliations de contrats dans les services financiers et aux commerçants, ainsi que par l’impact potentiel de la convergence des plateformes sur notre portefeuille ", a reconnu Pierre-Antoine Vacheron. Ces résiliations, amorcées dès 2022-2023 dans le cadre d’une revue sélective du portefeuille clients, visaient à renforcer la conformité KYC et la lutte anti-blanchiment. Une inflexion amplifiée par l’enquête « Dirty Payments » publiée fin juin 2025 par plusieurs médias du réseau EIC, qui mettait en cause la gestion passée de certains marchands à risque par Worldline.

 

Le grand chantier des plates-formes

 

Le chantier de convergence des plates-formes demeure le levier le plus structurant du plan North Star. Le groupe exploite encore de nombreuses plates-formes dans ses activités commerçants, et la rationalisation de cet empilement technologique doit générer 210 millions d’euros d’EBE ajusté récurrent supplémentaires à l’horizon 2030.

En 2026, les priorités porteront sur la migration des portefeuilles marchands vers la plate-forme d’acceptation en ligne GoPay, ainsi que sur la poursuite des migrations dans l’acquisition, notamment en Italie et en Suisse. Quatre plates-formes historiques ont déjà été mises hors service en 2025, signe d’un chantier désormais engagé dans sa phase d’exécution.

« Nous prévoyons une croissance à un chiffre bas en 2026, conformément à ce qui avait été indiqué lors du Capital Markets Day. Pour l’EBE et le flux de trésorerie disponible, nous restons pénalisés par le mix d’activités tant que le redressement n’est pas achevé », a résumé le directeur général. Le dirigeant esquisse ainsi les contours d’un exercice 2026 encore contraint, avant une accélération attendue à partir de 2027, avec un objectif de croissance organique annuelle moyenne d’environ 4 % jusqu’en 2030.

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