Entreprises / Actions
Entreprises / Actions
Bruxelles présente son bouclier commercial pour protéger l’acier européen / Doublement des droits de douane et réduction nette des quotas d'importation au programme
L’Europe se met en ordre de marche pour protéger son industrie sidérurgique. Comme cela était attendu, la Commission européenne a dévoilé ce mardi, au Parlement européen, plusieurs mesures visant à redonner des marges de manœuvre aux entreprises du secteur - plus de six mois après la présentation de son "Plan Acier". "En mars dernier, je suis venu devant vous avec une promesse simple et nette : sauver l’acier européen, sauver nos industries, sauver des milliers d’emplois le long d’une filière stratégique. Aujourd’hui, nous tenons parole", a indiqué le vice-président exécutif pour la prospérité et la stratégie industrielle de la Commission, Stéphane Séjourné.
Tout d’abord, il est prévu que le quota d’acier importé soit réduit de moitié, de 33 millions à 18,3 millions de tonnes. Les importateurs devront aussi donner différents gages pour définir l’origine de leur acier, afin d’éviter les contournements. Quant aux droits de douane sur les importations excédentaires, ils devraient être portés de 25 % à 50 %. "Concrètement, nous présentons aujourd’hui la clause de sauvegarde la plus protectrice jamais proposée pour l’acier", selon Stéphane Séjourné.
Des difficultés connues
De fait, les chiffres sont parlants. Depuis 2007, la production européenne d’acier s’est réduite de 65 millions de tonnes, dont près de la moitié à compter de 2018, d’après les statistiques énoncées par le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič. De même, depuis 2018, 30 000 emplois ont été supprimés dans le secteur (18 000 rien qu’en 2024), tandis que la production européenne, de 126 millions de tonnes, fait ressortir un taux d’utilisation des capacités d’à peine 67 %. Bien en deçà des niveaux nécessaires à une production rentable, a souligné le commissaire. Pour mémoire, ArcelorMittal a notamment prévu de réduire ses effectifs en France, tandis que le sidérurgiste a également fait savoir qu’il attendait des assurances de la part de l’Europe avant de poursuivre certains de ses investissements. L’Allemand ThyssenKrupp est de son côté en pleine restructuration.
Il faut dire que les sidérurgistes européens font face à un nœud de difficultés. Plombés par des coûts de l’énergie élevés, ils se doivent de s’engager dans des trajectoires de décarbonation coûteuses, tout en faisant face à une baisse de la demande (du fait des difficultés du secteur de l’automobile, notamment) et à une concurrence internationale – tout particulièrement chinoise - féroce et bon marché. Laquelle ne semble pas vivre au gré des mêmes maux. "La crise des surcapacités mondiale atteint un niveau critique – 602 millions de tonnes en 2024, qui sont attendues en croissance à 721 millions de tonnes d’ici à 2027, soit cinq fois la demande annuelle de l’Union européenne", a alerté le commissaire Maroš Šefčovič, ne citant toutefois pas explicitement la Chine dans son discours.
Changement de braquet
Ce nouveau régime se voulant pérenne, qui vise à remplacer les clauses de sauvegarde actuelles qui expireront en juin 2026 (elles avaient été mises en place en 2018 et étaient jugées insuffisamment protectrices par les entreprises du secteur), a été construit de concert avec les industriels et les syndicats, a souligné Stéphane Séjourné. "C’est assumé. Et cela nous a conduits à changer notre doctrine commerciale. […] En avril déjà, nous avions durci le dispositif, réduisant les importations d’environ 15 % : la marche d’aujourd’hui change l’équation", a poursuivi le vice-président de la Commission.
Un changement de paradigme qui n’a pourtant rien d’une politique "agressive", a-t-il également indiqué. L’Europe n’avait simplement pas actualisé son cadre de protection de marché, alors que le secteur est hautement stratégique pour le continent. "Nous ne faisons pas comme ‘les Américains’ : des quotas demeurent […], des traitements préférentiels sont prévus dans ce cadre, et nous poursuivrons nos échanges, dans l’enceinte de l’Organisation mondiale du commerce, avec chacun de nos partenaires", a-t-il aussi pointé. Et d’ajouter : "À celles et ceux qui redoutent une flambée des prix, je veux répondre très clairement : l’effet final sera limité — de l’ordre de 50 € par voiture, 1 € pour une machine à laver. C’est le prix raisonnable de notre souveraineté et de l’emploi en Europe".
Les étapes suivantes
Cette nouvelle clause de sauvegarde ne devrait être qu’une première étape, a promis le vice-président de la Commission. Elle permettra de créer "une respiration stratégique" pour mettre en œuvre un programme complet en faveur d’un acier "vert, social, souverain et européen". Une pause qui permettra ainsi d’accélérer sur quatre chantiers. D’abord, celui de la révision du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, désormais simplifié pour les PME et ETI. Ensuite, la définition d’un véritable label pour l’acier bas carbone, qui permettrait de valoriser les efforts en la matière et de sécuriser les investisseurs. Troisièmement, une réforme des marchés publics, afin que les autorités puissent explicitement favoriser l’acier européen et décarboné dans leurs décisions d’achats et d’investissements. Enfin, le soutien à la demande, au travers du plan d’action pour l’automobile, par les besoins de la défense et les mesures pour la construction.
À ces leviers s’ajoutera une énergie propre à coût prévisible, a fait savoir Stéphane Séjourné, au travers de Power Purchase Agreements (PPA) et de nouvelles infrastructures. En attendant, les mesures présentées mardi par l’exécutif européen devront être validées par le Conseil de l’Union européenne et le Parlement : "sur un sujet qui touche au cœur de notre souveraineté, nous devons rassembler largement. Et nous devons le faire au plus vite ! L’enjeu est concret : 300 000 emplois directs - dans 20 pays -, 2,5 millions d’emplois indirects", a insisté le vice-président de la Commission. La France a en tout cas appelé ce matin à adopter ce règlement le plus rapidement possible, conformément aux positions prises cet été aux côtés d’un certain nombre d’autres États membres.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

