Macro-économie / Taux / Politique monétaire / Christine Lagarde / transmission / incertitude
Macro-économie / Taux
Politique monétaire / Christine Lagarde / transmission / incertitude
Les errements de la politique économique américaine sont coûteux pour l’Europe / Plus l’incertitude à ce sujet augmente et plus les conditions de crédit se resserrent
Une coûteuse incertitude qui n’a pas attendu la guerre commerciale lancée par Donald Trump pour répandre ses effets délétères. Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), rappelant encore cette semaine à quel point "on s’attendait à ce que l’incertitude élevée de la politique commerciale pèse lourdement sur l’investissement et la croissance des entreprises, souvent plus que l’effet direct des droits de douane sur les exportations elles-mêmes". Pour autant un certain nombre de chercheurs rattaché à l’institut d’émission vient de signer une publication dans laquelle ils insistent sur le fait que ce ne sont pas seulement les dirigeants d’entreprises qui sont sensibles à l’incertitude émanant des États-Unis.
Ils posent le constat qu’en effet " l’incertitude accrue sur les politiques économiques - résultant, entre autres, de l’évolution de la politique commerciale aux États-Unis - se répercute sur la zone euro, en réduisant les prêts à la fois par la demande et l’offre de prêt ". Expliquant utiliser les données disponibles pour la zone euro depuis 2003, les chercheurs présentent un résultat montrant "qu’un choc d’un écart-type dans le modèle entraîne un ralentissement de la croissance des prêts, les effets se développant au fil du temps et culminant à environ 0,5 point de pourcentage environ deux ans après le choc initial".
Propagation
Cette moindre offre de prêts consentis par les banques est d’autant plus dommageable qu’elle serait encore plus faible lors d’épisodes de fortes volatilités sur les marchés financiers. Le mécanisme à l’œuvre est le suivant ; dès lors que la volatilité se fait plus grande il s’avère que "les investisseurs exigent une compensation plus élevée pour le risque amplifiant davantage l’effet négatif de l’incertitude politique". Les données communiquées font état d’un effet d’amplification de la contraction des prêts de l’ordre de 0,3 point de pourcentage.
Une dynamique fâcheuse étant donné que c’est précisément le moment où l’activité économique n’a pas besoin d’être ralentie et au contraire gagnerait à bénéficier de mesures de relance. Les conséquences de l’incertitude récente ont été détaillées par Christine Lagarde lors de son déplacement en Finlande cette semaine, elle y a expliqué que ses effets ont été conformes aux attentes avec un "impact cumulatif attendu des tarifs douaniers et de l’incertitude sur la croissance est d’environ 0,7 point de pourcentage entre 2025 et 2027, par rapport à nos projections de décembre dernier".
Ajuster
Pour autant il ne faudrait pas en faire l’alpha et l’omega de la bonne ou mauvaise santé de l’économie européenne, puisqu’elle a fait valoir que "seulement environ un quart de la révision à la baisse pour l’année prochaine, par rapport à décembre de l’année dernière, est dû à l’incertitude". L’ancienne directrice générale du Fonds monétaire international faisant valoir que d’une part les accords rapides entre le Vieux continent et l’administration Trump ont contribué à la faire diminuer promptement et d’autre part, les mesures internes prises par la zone euro se sont évertuées à stimuler la croissance.
Certains acteurs n’en demeurent pas moins davantage sensibles à l’incertitude, notamment les banques qui sont plus exposées au dollar américain ainsi que les entreprises commerçant plus fortement avec les États-Unis. Les premières réduiraient "leur offre de crédit aux entreprises de la zone euro davantage que les banques moins exposées". Ces mêmes banques qui sont davantage exposées à l’incertitude entourant la politique économique américaine vont également " augmenter les taux d’intérêt sur les nouveaux prêts et réduire leur échéance".
Ce qui explique que Francfort ne puisse pas se satisfaire de la situation est qu’une telle situation contribue à rendre moins efficace le canal de transmission de la politique monétaire. Les auteurs sont formels à ce sujet et dès lors qu’on rentre "en période d’incertitude accrue en matière de politique économique, l’efficacité des baisses des taux directeurs pour stimuler l’économie diminue considérablement" selon eux. Ils arguent que rien qu’en matière d’investissement, l’impact d’une baisse de 100 points de base du taux à court terme est environ 20 % plus faible par rapport à une autre situation. De quoi pousser les instituts d’émission à des choix plus radicaux pour obtenir le résultat escompté.
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