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Les stablecoins pour voler à la rescousse du dollar / L’Europe ferait bien de ne pas rater le virage

Une nouvelle architecture pour préserver l’hégémonie du billet vert, c’est le choix qui semble avoir été retenu outre-Atlantique pour faire face aux nombreux défis se présentant au dollar. Son attrait s’érodant quelque peu que ce soit pour les épargnants, les banquiers centraux et plus encore pour les gouvernants du reste du monde. Ces derniers cherchant à promouvoir la souveraineté monétaire.
Le président Donald Trump signe la loi GENIUS. Photo by Brendan SMIALOWSKI / AFP
Le président Donald Trump signe la loi GENIUS. Photo by Brendan SMIALOWSKI / AFP

Un pari pour le moins audacieux. Face au Genius Act promulgué par Donald Trump, président des Etats-Unis, difficile pour l’Europe de rester les bras croisés. Loin de se concentrer sur la seule question de la protection des consommateurs, l’administration Trump essaye de renforcer la place centrale du dollar dans l’économie mondiale. L’enjeu essentiel pour les autorités américaines étant de parvenir à maintenir un haut niveau de demande pour la dette publique nationale.

Une thèse à laquelle souscrit Éric Monnet, conseiller scientifique au CEPII et professeur à l’École d’économie de Paris et l’EHESS, lequel évoque une stratégie "que l’on peut qualifier de cryptomercantilisme". Ainsi, elle "repose sur une alliance entre l’État et les entreprises privées, à l’image du mercantilisme classique du XVIIIe siècle où les États européens s’appuyaient sur leurs compagnies commerciales pour développer leur puissance à l’étranger". Il n’est pas tant question de l’habituelle marotte de Donald Trump sur la nécessité de rééquilibrer la balance commerciale des États-Unis que de déployer une nouvelle domination cette fois-ci sur les moyens de paiements assurant la toute-puissance du billet vert.

 

Opportunité

 

Le tableau dressé par l’économiste n’est guère flatteur, opposant " des États-Unis offensifs, qui misent sur l’innovation privée pour renforcer leur puissance monétaire et, une Europe défensive, qui privilégie la régulation et la souveraineté monétaire". Les stablecoins libellés en euro ne représentent pour l’heure – à date de mai 2025 - que moins de 0,1 % de 250 milliards de capitalisation des stablecoins et voir la monnaie unique rester à la marge dans les années à venir serait inquiétant. A travers l’argumentaire d’Éric Monnet, on voit une occasion à saisir pour le Vieux continent, celle du potentiel d’adoption qu’offre cette révolution technologique.

Le conseiller scientifique au CEPII expliquant que "dans les pays émergents, confrontés à l’inflation ou à la fragilité bancaire, les stablecoins offrent une alternative simple et crédible. Ils facilitent grandement les paiements nationaux et internationaux dans les pays faiblement bancarisés et représentent une réserve de valeur plus stable que la monnaie nationale dans les pays avec une inflation élevée". Un intérêt qui ne semble pas compris de la même façon des deux côtés de l’Atlantique, le chercheur expliquant que les "deux régimes (MICA et Genius ndlr) interdisent à des émetteurs non agréés d’opérer légalement sur leur territoire. Mais les États-Unis cherchent à attirer des émetteurs étrangers, dès lors qu’ils peuvent garder un contrôle politique sur eux".

 

À bon escient

 

Tout aussi sévère le constat soit-il pour l’Europe, il n’est pas pour autant immuable et les atouts du continent restent réels. Dans une note dédiée le Deutsche Bank Research Institute explique que "l’Europe fait beaucoup de progrès pour améliorer son potentiel en tant qu’actif d’épargne mondial, mais il sera essentiel qu’elle reste compétitive dans le domaine des paiements internationaux". S’il fallait trouver un rival au projet de Donald Trump, il serait bien que ce soit du côté de l’Europe qu’il faille se tourner, étant donné qu’elle est "mieux placée que la Chine pour soutenir les stablecoins en monnaie locale : elle affiche une part plus importante de facturation commerciale en euros, une confiance plus profonde avec ses partenaires commerciaux, un compte de capital ouvert et des institutions transparentes".

Autant de signaux qui font dire aux employés de la banque allemande que l’Europe "devrait développer un écosystème de stablecoins en euros émis par les banques et les entreprises afin de garantir la souveraineté des paiements nationaux et la facturation mondiale en euros", un message qu’on peut entendre comme celui du danger de mettre tous les efforts européens dans le panier de l’euro numérique. Quant à Eric Monnet il considère qu’il "ne semble ni réaliste ni souhaitable que l’UE tente de rivaliser avec les États-Unis en promouvant des stablecoins en euros via un affaiblissement de MiCAR ". Il croit davantage en une internationalisation de l’euro, objectif affiché par les autorités européennes, qui bénéficierait à l’ensemble des pays cherchant à ne pas être dépendant du dollar, à la condition expresse d’un "développement d’une approche coopérative et multilatérale des systèmes de paiement entre pays".

Les incitations ne manquent pas à ses yeux qu’il s’agisse du risque de perte de souveraineté monétaire touchant des partenaires de l’Union européenne ou pire d’une crise financière engendrée par l’usage des stablecoins. Du côté du Deutsche Bank Research Institute on explique qu’au-delà de la réponse du reste du monde, il demeure essentiel de savoir "si les stablecoins étendent - ou du moins défendent - le soutien fiscal aux États-Unis ". Tranchant avec d’autres opinions, la note explique que "bien que l’attention se soit largement concentrée sur la demande que l’émission de stablecoins crée pour les bons du Trésor à court terme, nous considérons qu’il s’agit là d’une fausse piste. Si la demande de stablecoins provient des dépôts bancaires, cela constituerait un piètre substitut à la demande bancaire en bons du Trésor américain". L’enjeu des stablecoins essentiel est cependant rappelé par les équipes de recherche comme étant celui "de maintenir le secteur privé sur les rails des paiements en dollars américains afin de continuer à attirer l’épargne du secteur privé ".

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