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Allées et venues tarifaires de Donald Trump : pourquoi l’effroi ne prend plus sur les marchés / La liste est longue
Le calme est vite revenu après la tempête. Le 2 avril dernier, le fameux "Liberation Day" de Donald Trump avait provoqué un vent de grande panique sur les marchés financiers, qui n’avait pas été observé depuis la crise du Covid-19. Les indices, de part et d’autre des Bourses mondiales, ont pourtant rapidement compensé leurs pertes, sous l’effet d’un sursaut entamé dès le début des négociations, remarque John Plassard, de Cité Gestion, dans sa lettre quotidienne. Jeudi, alors que les tarifs douaniers américains devenaient officiellement effectifs, le CAC 40 clôturait d’ailleurs sa séance en hausse, porté par l’espoir d’une désescalade de la guerre en Ukraine. À New York, si le Dow Jones et le S&P 500 ont quelque peu marqué le pas, le Nasdaq progressait aussi de son côté, soutenu par les perspectives, pour les grandes entreprises technologiques, d’exemptions sur les potentiels droits de douane prévus sur les semi-conducteurs.
Il faut dire que depuis le mois d’avril, les annonces, revirements et autres sorties du président américain sur sa politique commerciale n’ont pas ralenti. Pourtant, depuis, chaque nouvelle menace ou relance de bras de fer ne sont pas accueillies sur les marchés avec épouvante. Elles ont, certes, pu provoquer de la volatilité. Et la prudence reste toujours de mise. Mais "les investisseurs ont compris que les annonces tarifaires sont plus un outil de négociation qu’un point de rupture stratégique", observe John Plassard. Pour l’analyste, plusieurs raisons expliquent en effet ce manque de réactions nettement négatives actuellement à l’œuvre. Il y a d’abord l’accoutumance à la logique du président américain, désormais prévisible en quatre phases pour les marchés : le bras de fer, puis l’annonce forte, avant le recul stratégique et les négociations.
D’autant que les réalités se calquent finalement rarement sur les premières annonces, ajoute John Plassard. Sur le plan de l’habitude, également, Donald Trump a déjà acclimaté les investisseurs à ce type de cycle d’incertitudes lors de son premier mandat. En clair, de quoi créer une sorte de "fatigue médiatique", observe l’analyste et réduire grandement l’effet de surprise, limitant ainsi la sidération des marchés.
Les entreprises ont des atouts à faire valoir
Il y a aussi le fait que, malgré le brouillard ambiant, les entreprises américaines et européennes restent pour l'heure généralement bien ancrées sur leurs appuis. Cela se nuance selon les secteurs d'activité et leur exposition aux chocs macroéconomiques, mais la saison de résultats qui vient de se clore des deux côtés de l’Atlantique a démontré que les sociétés avaient, dans l’ensemble, été capables de signer des bénéfices supérieurs aux prévisions des analystes, soutenant ainsi leurs valorisations malgré le bruit politique, souligne John Plassard.
Les annonces du "Liberation Day" avaient également été anticipées par les entreprises, le président américain n’ayant jamais caché ses intentions en la matière. Résultat : de nombreuses d’entre elles ont stocké leurs produits aux États-Unis avant leur mise en place, réduisant de facto les effets immédiats négatifs. Des stratégies de contournement, par exemple en exportant au travers de pays partenaires moins touchés par les tarifs, tout comme la diversification géographique sur laquelle peuvent s’appuyer les groupes internationaux, sont également des facteurs de résilience. En clair, sans être parfaits, les fondamentaux ne justifient pas de panique sur les actions.
Et puis, certaines entreprises semblent aussi capables de renforcer la confiance des investisseurs en transformant leurs contraintes en opportunités. C’est notamment le cas d’Apple, dont l’annonce d’un investissement de 100 milliards de dollars aux États-Unis cette semaine, doublée d’une promesse d’exemption tarifaire (notamment sur les semi-conducteurs) par Donald Trump, a clairement été accueillie avec enthousiasme par les investisseurs, le titre de la firme ayant grimpé d’environ 8 % au titre des deux dernières séances. Des réponses stratégiques montrant "qu’un président imprévisible ne suffit pas à neutraliser les leviers de la croissance. Le retour de l’investissement domestique devient un moteur de performance boursière", indique John Plassard. Enfin, ajoute-t-il, les grands hedge funds, friands d’algorithmes, ont aussi réduit leurs expositions directes aux signaux politiques de court terme. Et face à l’incertitude, les investisseurs se repositionnent également sur les matières premières, les infrastructures et les cash-flows visibles, plutôt que de fuir les marchés.
Pas un indicateur avancé fiable
"It’s the economic cycle, stupid ! En paraphrasant la phrase de l’ancien stratégiste de campagne de Bill Clinton, on ne doit pas oublier que c’est l’évolution des Bourse qui fait partie d’un cycle économique et d’anticipation. Les décisions tarifaires de Donald Trump ne vont en effet pas inverser le cycle économique. Elles peuvent l’accélérer ou le ralentir en cas de choc, mais pas l’inverser. Et c’est là que réside l’essentiel : tant que les taux réels restent bas, que les bénéfices tiennent et que la liquidité mondiale reste abondante, les marchés trouveront des relais", résume John Plassard, ajoutant : "La volatilité politique n’a jamais été un indicateur avancé fiable pour prédire les retournements de tendance boursière. Elle crée parfois même des points d’entrée. Les investisseurs chevronnés savent que la rhétorique électorale n’est pas la politique économique réelle".
En clair, souligne-t-il, ce ne sont pas les menaces de taxes, mais le niveau d’actualisation et la dynamique des résultats qui "dictent le tempo des portefeuilles". Il reste à souligner que la perspective d’un éventuel assouplissement monétaire de la Fed alimente également le rebond global des indices, explique le stratégiste, tandis que l’affaiblissement du dollar face à l’euro et au yen est aussi un facteur à surveiller.
"La convergence entre détente monétaire et résilience économique américaine donne une lecture plus optimiste du deuxième semestre. La situation reste fluide, mais les catalyseurs haussiers s’installent peu à peu", ajoute John Plassard, prévenant néanmoins que l’apparition d’un calme relatif ne doit pas faire oublier les risques nombreux, tant sur le plan de la géopolitique que des dégradations élargies des chaînes d’approvisionnement. Certaines incertitudes demeurent également bien prégnantes sur le plan commercial. "Un excès de confiance des investisseurs pourrait rendre la prochaine annonce encore plus violente si elle devait s’appliquer sans avertissement. La prudence reste donc indispensable. En période électorale, les mouvements de marché peuvent redevenir brusques", anticipe-t-il.
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