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En 2025, les OPA ont calé à la Bourse de Paris / Moitié moins sur les volumes et des montants fort concentrés
Si l’année 2026 a débuté avec l’annonce, par Daniel Kretinsky, de son intention de mener une offre publique d’achat (OPA) sur Fnac Darty, celle de 2025 n’aura pas été propice à ce type de nouvelles. Car l’environnement économique et politique tendu en France, comme à l’international, des conditions de financement restant restrictives et la visibilité limitée sur les marchés actions ont formé un mauvais cocktail pour les offres publiques à la Bourse de Paris, indique le rapport annuel du cabinet EY sur le sujet. L’Autorité des marchés financiers (AMF) a en effet donné son visa à 18 opérations au cours de l’année passée, recense-t-il, soit moitié moins que la précédente. "C’est un point bas historique. Sur la dernière décennie, le nombre d’OPA s’établit en moyenne autour de 31 opérations par an", remarque Julie Madjour, associée Strategy & Transactions chez EY, auprès de WanSquare. Elles ont été initiées à hauteur de 44,4 % par les actionnaires historiques, le reste est à attribuer à de nouveaux d’entre eux. La répartition est la même entre les acteurs financiers et industriels, l’avantage allant aux seconds. Le secteur des technologies reste quant à lui le plus visé.
Cette sélectivité accrue a toutefois été accompagnée d’une nette hausse des montants engagés : ces derniers ont atteint 4,4 milliards d’euros en 2025, contre 1,5 milliard d’euros en 2024. Mais en réalité, cette progression traduit surtout une concentration autour de quelques opérations phares. On y retrouve celle ayant été menée sur le producteur d’énergie Neoen par le fonds canadien Brookfield (1,8 milliard d’euros), celle sur le spécialiste des emballages en verre Verallia par la famille brésilienne Moreira Salles (1,7 milliard d’euros), ou encore celle des fonds Permira et CD & R sur Exclusive Networks (400 millions d’euros). « Ces trois opérations représentent à elles seules 90 % des montants comptés sur l’année. Les quinze restantes ont donc été de taille limitée », explique Julie Madjour.
Les sorties de Bourse à l’œuvre
Parmi ces dernières, l’on notera celle ayant été menée par un consortium d’investisseurs (EQT, TCV et Denis Ladegaillerie) sur Believe, qui a pris le relais d’une première OPA conduite en 2024. Ou encore celle de Bridgepoint sur Esker (annoncée en 2024 mais finalisée l’année suivante) et celle sur Unibel, par un concert familial. Ces trois derniers exemples ont d’ailleurs tous un point commun : celui d’une OPA ayant été suivie d’un retrait de cote. Ils ont en effet largement dominé l’activité en 2025, en représentant 71 % des offres déclarées conformes. « C’est un constat plutôt tendanciel, déjà observable l’an dernier », indique Julie Madjour.
Selon elle, deux explications sous-tendent cette dynamique. Tout d’abord, celle d’un arbitrage opéré par les actionnaires de référence, entre les bénéfices et les coûts de la cotation. « Les opérations concernent le plus souvent des cibles dont le flottant est faible et la liquidité insuffisante, alors même que la liquidité constitue un des critères fondamentaux de la cotation. Dès lors que l’intérêt diminue, il n’est pas étonnant que les contraintes associées - exigences réglementaires, obligations d’information et de transparence - soient davantage questionnées », estime l’experte, rappelant toutefois le levier de visibilité et de crédibilité vis-à-vis des parties prenantes qu’offre une place en Bourse. « Mais, elle expose également aux aléas de marché et à une volatilité accrue particulièrement marquée dans le contexte actuel », ajoute-t-elle.
Le second facteur est plus ancien, mais pourrait aussi expliquer la tendance des retraits de cote en France, observe Julie Madjour : l’abaissement, par la loi PACTE de 2019, du seuil de détention requis pour procéder à un retrait obligatoire, passé de 95 % à 90 %. C’est d’ailleurs du fait de l’absence de l’atteinte de ce seuil que le fonds suédois EQT n’a pas pu mettre en œuvre le retrait de cote de Waga Energy, à la suite de son offre publique d’achat simplifiée (OPAS).
En tout et pour tout, en raison du faible niveau d’introductions en Bourse ayant été enregistré à Paris l’an passé (soit deux sur les marchés réglementés d’Euronext), le flux net des nouvelles admissions, par rapport aux retraits, atteint ainsi – 29, comme en 2024.
Des paradoxes
En matière de primes offertes aux actionnaires, la médiane s’est affichée à + 25,7 % par rapport au dernier cours de Bourse, hors extrême, de + 10,2 % par rapport à la valeur intrinsèque calculée par l’expert indépendant désigné par la cible, ou encore de 45,6 % par rapport au cours moyen des 12 derniers mois. Si l’on s’intéresse au premier chiffre, sur dix ans, les primes ont gravité - en moyenne - entre 20 % et 45 %, indique Julie Madjour. « L’année en cours se situe donc en bas de fourchette de la moyenne historique, même si l’amplitude entre les points hauts et bas apparaît légèrement moins marquée », explique-t-elle. À cela, de nouveau, deux clés d’explications. D’abord, paradoxalement, les bonnes performances du CAC 40 et du SBF 120 en 2025 y ont mis leur grain de sable. « Ces niveaux de cours ont mécaniquement accru le coût des acquisitions et exercé une pression à la baisse sur les primes offertes », indique l’associée chez EY.
D’autre part, le faible nombre d’opérations a limité la concurrence entre initiateurs. En fonction des schémas d’offres retenus, la prime vise soit à indemniser les actionnaires minoritaires, soit à inciter un nombre suffisant de porteurs à apporter leurs titres pour atteindre le seuil requis. « Dans un environnement peu concurrentiel, les initiateurs n’ont pas été incités à relever significativement les primes pour emporter l’adhésion », précise Julie Madjour.
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