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Le profil financier du CAC 40 n’a pas été imperméable aux aléas de 2025 / Ses entreprises s'adaptent à l'incertitude
Le CAC 40 n’échappe pas à la règle : instabilité politique, conflits géopolitiques et menaces tarifaires n’ont pas été sans impact sur les membres de l’indice phare de la Bourse de Paris. Comme l’ensemble des entreprises, ils se sont en effet retrouvés sous tension l’année dernière, estime le cabinet EY dans son étude annuelle sur le profil financier du CAC 40. « Le CAC 40 conserve des fondamentaux solides, même si la croissance est restée plutôt atone dans l’ensemble, que les marges se sont normalisées et que l’endettement est remonté. Les investissements sont aussi devenus plus sélectifs. L’année 2025 a été marquée par de multiples contraintes, dans un environnement nécessairement incertain. Mais cette incertitude est devenue une norme à laquelle les dirigeants doivent s’adapter », résume ainsi Nicolas Klapisz, associé chez EY et responsable du département « Valuation, Modeling and Economics », auprès de WanSquare.
Des dynamiques sectorielles qui diffèrent
De fait, l’activité des composantes du CAC 40 a atteint un total cumulé de 1 684 milliards d’euros l’an passé (réalisé à près de 76 % hors de France), ce qui traduit une progression marginale de 0,3 %. Il faut par ailleurs y ajouter un effet de périmètre de composition de l’indice. Sans l’entrée d’Euronext et d’Eiffage, le chiffre d’affaires aurait reculé de 0,6 %.
Tous les secteurs n’ont néanmoins pas été logés à la même enseigne. Sous l’effet de la vigueur de l’activité des entreprises opérant dans la défense et l’aéronautique et en dépit de la moins bonne santé de l’automobile et de l’acier, l’industrie et le BTP ont par exemple été le premier contributeur au chiffre d’affaires du CAC 40 (42 %) en 2025. Leurs revenus ont ainsi progressé de 5,1 % - marquant un retournement après le recul de 4,8 % de 2024, même si un effet de périmètre de nouveau, lié à l’entrée d’Eiffage, a tiré la croissance à la hausse. Mais à l’inverse, la normalisation des prix du pétrole en 2025 a pesé sur le secteur de l’énergie et des matières premières (en baisse de 7,1 %), tandis que l’activité des acteurs du luxe et des cosmétiques a pâti du ralentissement de la demande, plus particulièrement en Chine.
Une gestion qui prend l’incertitude en compte
La marge opérationnelle courante du CAC 40 est aussi sous pression : elle s’est établie à 10,9 % (hors banques, assurances et foncières) en moyenne l’an passé, confirmant la dynamique baissière engagée en 2024, où elle s’était déjà affichée à 11,8 %. Après un pic de 13,5 % enregistré en 2022, elle reste néanmoins supérieure à ce qui s’observait avant la crise sanitaire. « Cela fait écho à ce que nous observons chez nos clients en termes de rigueur budgétaire et de maîtrise des coûts. C’est une tendance de long terme, la prudence est désormais de mise au regard de tous les phénomènes d’incertitude », estime Nicolas Klapisz.
Autre signe de vigilance de la part des entreprises du CAC 40 : les dépréciations d’actifs, qui ont atteint un niveau historiquement élevé de 19 milliards d’euros. « Elles reflètent les précautions dont les dirigeants font preuve dans leurs analyses des modèles d’affaires, ainsi que dans leur appréciation du futur à moyen terme », indique Nicolas Klapisz.
Ces dépréciations se sont tout particulièrement portées sur les actifs incorporels qui, comptabilisés au bilan ou non, représentent en revanche toujours la majeure partie de la valeur boursière du CAC 40, aux côtés des écarts d’acquisition. Cette dernière a atteint un niveau agrégé historiquement élevé de 2 567 milliards d’euros à la fin de l’année 2025, soit une progression de 8,1 % par rapport à 2024. Cette part de 82 % (globalement stable depuis 2019) confirme le rôle central des marques, technologies et des portefeuilles clients dans la valorisation du CAC 40 par le marché, estime le rapport d’EY. « Il n’y a visiblement pas d’inquiétude de la part des marchés sur ces fondamentaux. Ils les valorisent sûrement davantage, ainsi que leur capacité à générer de la marge demain, que la croissance immédiate et les agrégats financiers de court terme », assure Nicolas Klapisz.
Arbitrages sur les investissements
La prudence des sociétés du CAC 40 se lit également dans la manière dont elles ont opéré leurs investissements l’an passé. Ils ont atterri à 92 milliards d’euros, soit une baisse de 6 % sur un an (en dehors des banques, des assurances et des foncières), après un recul amorcé l’année dernière de 2 %. Ce recul est principalement imputable à des arbitrages accrus en faveur de la génération de trésorerie et de la discipline financière, dans un environnement économique toujours marqué, de nouveau, par une visibilité réduite, indique l’étude. TotalEnergies et Orange font partie des entreprises dont les investissements ont le plus progressé, précise en revanche le rapport (respectivement à hauteur de 1,2 milliard d’euros et 600 millions d’euros sur un an).
En parallèle, les entreprises du CAC 40 se sont davantage endettées l’an passé. L’endettement net a en effet atteint 229 milliards d’euros, en hausse de 21 % sur un an. Le rapport note notamment une hausse de ce dernier de 16,1 millions d’euros chez Stellantis, principalement liée à un recours accru aux marchés obligataires pour financer certains investissements et prises de participations stratégiques, tandis qu’il relève aussi une hausse de 6,6 milliards d’euros chez TotalEnergies, au regard du financement de programmes d’investissements soutenus. Au total, dix-huit entreprises du CAC 40 ont enregistré une hausse de leur endettement net l’an passé, contre 16 en 2024. « Il faut bien assurer la croissance de demain et opérer certaines transformations profondes, en fonction des industries, ce qui joue sur l’endettement net. Mais les bilans restent sains », indique Nicolas Klapisz.
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