Levées de fonds / levées de fonds / capital-risque / French Tech / EY / In extenso croissance / early stage
Levées de fonds
levées de fonds / capital-risque / French Tech / EY / In extenso croissance / early stage
L’early stage, l’un des grands perdants de la chute des levées de fonds françaises / Un recentrage sur les opérations ultérieures qui fait courir certains risques
Temps mort pour les levées de fonds dans la French Tech. Sur les six premiers mois de 2025, 314 start-ups françaises ont levé 2,8 milliards d’euros, rapporte le baromètre du capital-risque d’EY. Ceci correspond à une chute de 35 % en valeur sur un an, pour 100 opérations de moins qu’au premier semestre de 2024. Autrement dit, le plus bas niveau depuis 2020. Une "panne française", résume l’expert du sujet au sein du cabinet de conseil, Franck Sebag. De fait, à l’échelle de l’Union européenne, la France a perdu sa première place, pourtant soigneusement entretenue depuis quelque temps. Elle est désormais largement devancée par l’Allemagne, dont les jeunes pousses ont levé 3,6 milliards d’euros au premier semestre, creusant un écart de près de 30 % avec l’Hexagone. "L’Allemagne bénéficie d’un marché du growth equity particulièrement dynamique, en hausse de 17 % en valeur. En comparaison, la France souffre d’un net recul des opérations de grande envergure (supérieures à 100 millions d’euros), qui chutent de 87 %", explique Franck Sebag.
Dans le détail, les capitaux ont largement afflué vers le secteur du logiciel (comptant parmi lui les start-ups d’intelligence artificielle, selon la classification d’EY), puisqu’il concentre à lui seul 891 millions d’euros levés pour 118 opérations, contre 515 millions d’euros pour la greentech par exemple, arrivant de son côté en deuxième position du podium sectoriel, au travers de 65 opérations. Seule la fintech voit ses montants levés s’apprécier (à 487 millions d’euros), malgré un moindre nombre d’opérations, tandis qu’en valeur, les technologies résistent. Les logiciels n’ont par ailleurs qu’un seul représentant parmi les grandes levées de fonds du semestre, du fait de celle de 61 millions d’euros signée par Nabla, connu pour sa solution de comptes rendus médicaux générés à l’aide d’IA. Le premier prix est partagé par la fintech Knave et le spécialiste du quantique Alice & Bob, qui ont chacun levé 100 millions d’euros. Ils sont suivis par la compta-tech Pennylane (75 millions d’euros) et la pépite de la robotique humanoïde, Wandercraft (65,6 millions d’euros).
"Avec des prévisions de croissance inférieures à 1 % et des perspectives de revente à la baisse, les fonds préfèrent conserver leurs participations, restreignant mécaniquement l’accès aux capitaux pour les jeunes pousses prometteuses. L’heure est la prudence", insiste Franck Sebag. L’analyse des investissements par taille est aussi intéressante : pour la première fois, tant sur le plan de la valeur (-17 %) que des volumes (-28 %), les opérations inférieures à 10 millions d’euros s’affichent à la baisse. Elles avaient pourtant été épargnées jusqu’ici par la dynamique de recul des levées de fonds. Même en 2024. Mais la tendance est désormais inversée. En témoigne d’ailleurs l’élévation significative du ticket moyen ayant accompagné la décroissance des levées de fonds, remarque de son côté le baromètre d’In Extenso Innovation Croissance, de l’Essec et de France Angels : il s’est affiché à 12,9 millions d’euros au titre du premier semestre, soit un bond de 64 % sur un an.
Une exception française
Cette hausse du ticket moyen traduit un recentrage stratégique des investisseurs vers les scale-ups, avec 65 % des montants ayant été dirigés vers des séries B, ou ultérieures, explique ce rapport. L’on citera notamment parmi elles les levées de fonds du spécialiste de la détection du vol en magasin Veesion (38 millions d’euros), celle de Bioptimus, ayant réalisé un tour de table de 41 millions d’euros pour son IA en santé, ou encore SafeHeal, qui a levé 35 millions d’euros pour ses dispositifs médicaux. Une illustration du report de l’intérêt des investisseurs vers des entreprises plus matures, ou souveraines, remarque l’étude, notant également l’attrait des fonds internationaux pour ces opérations, à l’instar des tendances observées au niveau européen.
Il reste que plusieurs phénomènes sont à mettre en parallèle pour expliquer le décrochage des levées de fonds françaises. Il y a donc la faible représentation des méga deals sur le semestre, un repli marqué des VC corporate, mais aussi une forte exposition de l’écosystème français à l’amorçage. En 2024, par exemple, les levées inférieures à deux millions d’euros représentaient 42 % de l’ensemble des opérations réalisées dans l’Hexagone : un niveau tout particulièrement élevé au regard des standards en vigueur en Europe. Cette spécialisation rend par ailleurs l’écosystème plus vulnérable en période de contraction de liquidités, indique l’étude.
"Dans ce contexte, le rôle des investisseurs publics (Bpifrance, SATT, French Tech Seed) et des business angels reste déterminant pour maintenir une dynamique minimale en early stage. Sans eux, une partie de l’écosystème serait aujourd’hui à l’arrêt", prévient le rapport d’In Extenso Innovation Croissance. D’autant que si le soutien affiché aux scale-ups françaises n’est pas à décrier, cette tendance révèle toutefois un autre risque d’importance, souligne l’étude : celui d’un appauvrissement du pipeline d’innovations – en nombre d’opérations, puisque la dynamique de créations d’entreprises ne semble pour l’heure pas encore affectée. Ce qui risque de creuser davantage l’écart entre les entreprises installées et les pépites émergentes. "Cette recomposition, si elle est saine pour les projets matures et stratégiques, met en difficulté toute une partie de l’écosystème - en particulier l’amorçage et les innovations de rupture", avertit Nicolas Forey, président d’In Extenso Innovation Croissance. "Plus que jamais, le financement en amorçage est un sujet important. L’accompagnement stratégique et opérationnel dans cette phase critique de croissance est majeur pour développer les start-ups", ajoute le co-président de France Angels, Alain Pujol.
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