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Feuilleton de l'été / HEC / Antonin Bergeaud / cae

Feuilleton de l'été
HEC / Antonin Bergeaud / cae

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Antonin Bergeaud, membre du Conseil d'analyse économique et professeur associé à HEC Paris

EXCLUSIF. Antonin Bergeaud a fini par abandonner ses amours de la physique en arrivant à Polytechnique, embrassant pleinement l’économie et souhaitant répondre à des questions utiles pour la société. Après un passage outre-Manche pour une thèse sous la supervision de Philippe Aghion, le voilà désormais à une place privilégiée à HEC Paris pour enseigner, tout en menant une recherche vouée aux questions de productivité. Un enjeu pour le moins crucial en Europe et particulièrement dans l’Hexagone.
Antonin Bergeaud. DR
Antonin Bergeaud. DR

Une passion pour la physique qui a fini par mener Antonin Bergeaud à être reconnu pour ses travaux d’économiste. De fil en anguille l’étudiant en classe préparatoire est devenu un des spécialistes hexagonaux de la productivité. Celui qui n’avait jamais fait d’économie lors de ses différents cursus devra attendre son passage à l’X pour y être initié.

Ce sera par l’intermédiaire d’un cours donné par Pierre Cahuc. Il confie alors à WanSquare "qu’à la sortie de la filière PC, j’aimais beaucoup la physique à l’époque et tout particulièrement la modélisation. Avec le temps je me suis rendu compte que je pouvais retrouver le côté intuitif de cette démarche à travers l’économie". La découverte de la recherche économique se fera quant à elle par l’intermédiaire d’un stage à la Banque de France, opérant sous les ordres de Gilbert Cette, le polytechnicien va y découvrir différents aspects du métier.

 

Initiation

 

Lorsqu’il s’agit de se remémorer cette période de sa vie, il se rappelle "avoir pris conscience qu’il y avait une vraie demande de la société sur les sujets ayant trait à l’économie et que la réponse ne lui était pas toujours apportée ". De quoi prendre des notes aux côtés du médiatique Gilbert Cette avant de pleinement embrasser une carrière d’économiste en choisissant de suivre un master de "Prévisions et Politique économique" à l’ENSAE Paris.

Auparavant, la scolarité à l’X avait vu un Antonin Bergeaud fraîchement sorti de prépa se plier aux spécificités de l’école. Que ce soit à travers "un stage ouvrier dans l’industrie effectué en Russie où l’idée est d’être vraiment tout en bas de l’échelle, ou un passage de 6 mois à la police judiciaire au sein de l’office chargée de la lutte contre les stupéfiants" et ce sans oublier "le service militaire accéléré de début de scolarité, quelque chose qu’on n’est pas forcément content de faire sur le coup et dont avec du recul on se rend compte que ces quelques semaines passées dans la Creuse contribuent à rapprocher les étudiants ". De quoi faire que sa scolarité à l’X demeure encore aujourd’hui un bon souvenir.

 

Patte blanche

 

Un parcours très centré sur l’Hexagone qui va prendre une autre tournure à l’occasion de la thèse qu’il commence en 2015 à la London School of Economics (LSE) sous la houlette de Philippe Aghion. Il nous confie "y être allé un peu par hasard finalement, c’était la meilleure offre que j’avais à disposition à l’époque ", le hasard faisant bien les choses, le polytechnicien s’épanouit pleinement dans le centre de Londres. Les différences avec la France lui sautent rapidement aux yeux, que ce soit au niveau du coût de la vie pour le moins élevé et surtout pour "ce sentiment d’appartenance à une communauté que j’ai tout de suite eu en arrivant à LSE, au fil des mois j’ai compris qu’il n’y avait pas les cloisons qu’il peut parfois y avoir en France entre étudiants et professeurs".

Même son de cloche concernant "une porosité très forte entre le monde politique et les chercheurs économiques et ce quel que soit le bord politique". Cependant les choses s’accélèrent pour Antonin Bergeaud sous la forme d’un poste à la Banque de France "pour travailler à améliorer les modèles de prédictions de la croissance économique et ayant vocation à alimenter le débat sur les questions de productivité potentielles ", une opportunité en or qui nécessite cependant de quitter l’institution londonienne pour aller soutenir sa thèse sur les liens entre innovation et inégalités à la Paris School of Economics. La Banque de France ne pouvant pas attendre qu’il revienne de la capitale britannique ayant besoin que le poste soit pourvu au plus vite.

 

Croix-des-Petits-Champs

 

Une arrivée rapide qui le comble sans attendre, tant il s’aperçoit que "d’un point de vue opérationnel c’était plus précis que tout ce que j’ai pu faire auparavant et ça a pu me donner une véritable légitimité de travailler au sein d’une Banque centrale de par le volume de recherche que j’ai été amené à effectuer durant ces quatre ans et demi". Aucune question ne restait en suspens à l’écouter et durant les années passées là-bas il a pu se rendre compte qu’il y avait "beaucoup de jeunes très techniques qui œuvrent à la Banque de France ". Pourtant titularisé au bout de trois ans, ke chercheur a alors "envie de découvrir la vie du monde de la recherche d’un peu plus près". Tout en reconnaissant les opportunités offertes par la Banque de France " où il est possible d’avoir une belle carrière, la transition avec le monde académique n’est pas toujours facile" et il n’a pas voulu repousser ce passage à plus tard.

Il se lance néanmoins dans la campagne pour obtenir un poste dans cet univers, ancré à Paris il vise logiquement les institutions qui y sont présentes. Des candidatures qu’il commence à envoyer à la fin de l’année 2021 et qui lui permettent "de déposer un préavis pour quitter la Banque de France en avril, j’avais eu une proposition très intéressante de la part d’HEC". Là encore l’arrivée se passe pour le mieux et le nouvel arrivant est "rapidement ravi de ce choix, j’ai tout de suite senti un état d’esprit entrepreneurial, où on avait beaucoup de moyens à disposition et pour autant on nous incitait à prendre des risques pour aller chercher des financements ".

 


Construire

 

Un investissement à HEC, qui signifie également qu’il "n’a plus le temps de prendre sur mon temps libre pour enseigner à Science Po ou à Ulm comme je l’ai fait jusqu’à récemment notamment sur des questions d’innovations. Des expériences qui m’ont apporté tant je pense qu’enseigner permet de développer des qualités différentes de celles obtenues à travers la recherche ". Une réorganisation qui s’imposait selon lui tant "le volume horaire à HEC est conséquent et que le risque de se disperser lorsqu’on a une famille à côté est réel. J’en suis d’autant plus conscient que la recherche ne peut pas avoir des horaires de bureaux, lorsqu’on a une idée on ne va pas s’arrêter à 17 heures et rentrer chez soi. Je me compare parfois à un entrepreneur, je pense tout le temps à ma recherche et à mes travaux ".

Ce grand consommateur des réseaux sociaux nous confie y écrire moins que d’autres tout en considérant "qu’il est normal que les économistes s’impliquent dans le débat public que ce soit de cette façon ou un autre. Le débat sur la taxe Zucman ou sur les retraites y a été intéressant à plus d’un titre et fait partie de notre rôle étant donné que nous avons du temps pour réfléchir à ces questions". Il s’estime également quelque part chanceux tant "les débats sur mes sujets de prédilections sont sur le devant de la scène récemment, le revers de la médaille est qu’il est parfois frustrant de se plier en quelques minutes au résumé de longues années de recherches ".

 

Projection

 

Celui qui a titularisé à HEC cette année, goûte également à une notoriété naissante entre son titre de meilleur jeune économiste, décerné chaque année par Le Monde et le Cercle des économistes, ou encore sa nomination au Conseil d’analyse économique (CAE). Il ne se considère pour autant pas comme arrivé, loin de là et évoque "le début d’une aventure, être primé est avant tout un honneur pour moi au vu de la liste des lauréats [Agnès Bénassy-Quéré en 2000, Thomas Piketty en 2022, Esther Duflo en 2005, Pierre-Olivier Gourinchas en 2008 ou encore Xavier Jaravel en 2021, ndlr]. J’en suis très fier et j’espère que ça contribuera à m’ouvrir des portes à l’avenir".

Parmi les voeux qu'il formule, on remarque que ce n'est pas tant d’explorer de nouveaux horizons qui prédomine que de voir "le monde politique s’inspirer de ce qui se fait chez les anglo-saxons pour se rapprocher du monde universitaire. J’espère que modestement par ma voix qui porte désormais un peu plus, j’amènerais ma pierre à l’édifice".

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