Macro-économie / Taux / Ludovic Subran / Hinda Gharbi / Rencontres économiques d'Aix-en-Provence
Macro-économie / Taux
Ludovic Subran / Hinda Gharbi / Rencontres économiques d'Aix-en-Provence
Une restructuration des chaînes de valeur loin d’être un long fleuve tranquille / Une multitude de logiques à l’oeuvre détaillées à Aix-en-Provence
Les spécialistes de l’Empire du Milieu étaient convoqués cet après-midi à Aix-en-Provence. Jean-Hervé Lorenzi, fondateur et membre du Cercle des économistes et président de l’association pour les Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence, s’est largement fait l’écho ces derniers jours de la présence plus que conséquente de think tank étrangers lors de cette édition des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. Dès lors, il ne pouvait qu’y avoir des experts de la Chine présents pour débattre de l’épineuse question de la restauration des chaînes de valeur.
Pour autant, les acteurs français n’étaient pas en reste ce vendredi dans le Sud, Ludovic Subran, directeur des investissements d’Allianz et co-directeur général d’Allianz Investment Management, a été le plus en verve d’entre eux, expliquant que les cinq dernières années avaient vu les chocs se succéder les uns aux autres pour les chaînes de valeur. Une difficulté supplémentaire à ses yeux, étant donné qu’il considère qu’il aurait été "plus simple de bouger un soliste plutôt qu’un orchestre".
Il n’en demeure pas moins convaincu de l’agilité des entreprises à se réarticuler rapidement et ce quand bien même la recherche de compétitivité via l’éclatement des chaînes de valeurs est devenue bien moins pertinente au vu des coûts de friction entre les nations. Seul bémol à ses yeux et de taille, les PME et les ETI sont bien plus démunies que les grandes entreprises, disposant quant à elles de reins nettement plus solides. Clarisse Magnin, directrice associée senior et directrice générale de McKinsey en France, évoquant quant à elle un lien très clair entre ce qui se passe entre les nations et les chaînes de valeur.
Échiquier
La directrice générale a lourdement insisté sur "une fragmentation qui s’opère sur tous les blocs ", une reconfiguration tous azimuts dans laquelle un acteur se distingue très nettement à ses yeux. Il s’agit du Vieux continent, lequel serait "la seule région du monde qui reste stable, c’est l’Europe qui reste ouverte et croit dans la théorie des avantages comparatifs". Clarisse Magnin ne souscrivant pas pleinement à la thèse du nearshoring, estimant que c’est désormais la distance géopolitique qui prime dans les arbitrages effectués.
Un contexte dans lequel les pays neutres dans le conflit commercial entre Pékin et Washington tirent leur épingle du jeu. De quoi faire arguer à la dirigeante qu’au cours "des dix prochaines années ce sont 30 % des échanges mondiaux qui vont passer d’un couloir commercial à un autre". Elle considère qu’on observe déjà une hausse des flux au sein des membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), d’une manière pouvant rappeler les échanges au sein de l’Union européenne.
On est moins optimiste chez le directeur des investissements d’Allianz, ce dernier arguant "qu’on est tous très nietzschéen dans notre refus de voir ce qui fait mal". Finalement face aux considérations géopolitiques, il considère que les différents boards ne seraient pour l’heure "pas prêts à se couper une jambe pour ne pas s’exposer à Taïwan" et il s’agirait pour l’heure surtout de postures qui sont prises à défaut de se concrétiser. Ludovic Subran n’en est pas étonné, tant il considère que c’est dans la nature humaine d’être optimiste et de vouloir attendre d’être en face de la réalité pour agir.
Évoluer
Les mouvements sont bel et bien réels aux yeux d’Hinda Gharbi, directrice générale de Bureau Veritas, forte du regard des 140 pays où est présente son entreprise. Notamment en qui concerne la visibilité digitale sur les approvisionnements, dont la demande est en pleine croissance ces derniers mois. Avant même de réarticuler les différentes chaînes, il est avant tout question "de regarder là où se fournissent ses propres fournisseurs". D’autant plus que tous les secteurs ne sont pas égaux en vitesse de redéploiement, là où les biens de consommations peuvent aisément le faire, c’est nettement moins vrai pour l’industrie lourde et la technologie qui sont dans un temps nettement plus long. Les services semblant pour l'heure épargnés.
Des propos que n’a pas reniés le professeur Qingyi Su, chercheur principal et chef du département du commerce international à l’Institut d’économie mondiale et de politique de l’Académie chinoise des sciences sociales, celui-ci expliquant que l’usine du monde conserve toujours son rang de premier pays manufacturier et ce quand bien même d’autres pays ont pu développer leurs capacités. Markus Herrmann Chen, cofondateur et directeur général de China Macro Group (CMG) un cabinet européen spécialisé dans le conseil en management et la recherche appliquée sur la Chine, a quant à lui balayé l’idée d’un Empire du Milieu subissant les évènements.
Le directeur général de CMG voyant trois dynamiques différentes s’opérer ; les États-Unis cherchant à se découpler du reste du monde, l’Europe voulant se dérisquer et à l’inverse la Chine veut toujours tirer parti de la mondialisation. L’expert arguant que Pékin sait se montrer offensif dans le cadre de la politique industrielle tout en menant une stratégie défensive, en cherchant à moins dépendre de l’économie internationale grâce à sa demande intérieure.
Loin d’être une mauvaise idée au vu des affirmations de Clarisse Magnin, celle-ci expliquant qu’actuellement un produit chinois sur deux pourrait être substitué avec succès par des solutions domestiques européennes. La directrice générale de Bureau Veritas voit néanmoins l’Empire du Milieu posséder un créneau pour changer la donne sur la question des normes, expliquant que ce sont historiquement les fabricants en position de force, essentiellement les pays occidentaux, qui ont imposé leurs standards. Or ce n’est un secret pour personne que les éoliennes et autres panneaux solaires sont désormais fabriqués massivement en Chine, ce qui pourrait lui laisser la latitude pour faire de même.
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