Evenements / Intelligence artificielle / Rencontres économiques d'Aix-en-Provence / Christel Heydemann / Paul Hudson / laurent bataille / mathias burghardt
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Intelligence artificielle / Rencontres économiques d'Aix-en-Provence / Christel Heydemann / Paul Hudson / laurent bataille / mathias burghardt
L’IA, ce choc mondial peut-être même plus européen / Un débat à Aix-en-Provence qui remet aussi les atouts du Vieux continent au centre du jeu
Si Bill Gates n’était pas présent, cette année, aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, l’un de ses messages a toutefois pu être porté par la voix de Paul Hudson. "Il m’a récemment dit la chose suivante : l’équivalent des cent dernières années d’innovation va se produire sur les cinq ans à venir", a fait savoir le directeur général de Sanofi, à l’occasion d’une table ronde organisée autour du thème du choc de transitions. Un propos faisant évidemment référence à l’intelligence artificielle (IA), domaine dans lequel l’Europe semble, pour le patron du géant pharmaceutique, avoir déjà pris un certain retard. "C’est un choc en Europe, mais pas aux États-Unis, ni en Chine", a-t-il poursuivi, soulignant par la même occasion que les dirigeants d’entreprises européennes n’avaient certainement pas encore pris la mesure de cette révolution. Ou qu’il ne chapeautait pas assez directement la matière.
Un sujet d’adoption et de diffusion dans les entreprises, particulièrement françaises, latent à propos de l’IA. "Il faut, pour les dirigeants, avoir de la passion pour l’innovation. Elle peut avoir des effets cumulatifs. La réalité est que les entreprises innovantes ont tendance à creuser l’écart avec les autres. Et sur tout : leur process, l’excellence, leurs relations clients… la rapidité est clé, le risque est que le retard s’accumule", a pointé le président de Schneider Electric France, Laurent Bataille. Ce qui nécessite néanmoins, pour avancer au même rythme que l’innovation, de savoir faire preuve de capacités d’adaptation. Car de telles révolutions produisent des effets à tous les étages.
L’exemple du private equity
Mathias Burghardt, directeur général délégué d’Ardian, a par exemple détaillé les différents changements structurants que l’IA allait provoquer au sein de l’industrie du private equity. D’abord, au regard de l’évolution des environnements d’investissement, puisqu’il faut désormais être en capacité d’identifier les champions de demain sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’IA. Une large palette, allant de l’univers logiciel aux infrastructures, en passant par l’énergie nécessaire à leur alimentation.
Il faudra aussi pouvoir les financer. Le retard pris dans la mobilisation de l’épargne privée européenne vers l’économie réelle pousse donc les acteurs du secteur, entre autres raisons, à se tourner directement vers les investisseurs particuliers. Enfin, l’IA provoque des bouleversements au cœur même de la manière d’exercer les métiers du private equity, puisque les gains de productivité ou la manière d’analyser les opportunités d’investissement s’en retrouveront changés. "Tous ces changements vont provoquer une consolidation dans un secteur qui est pour l’heure très fragmenté. La finance est une industrie d’accès à l’information et de traitement de cette dernière, cela demande de l’échelle et des besoins d’investissements massifs", a souligné le dirigeant.
Être présent sur tous les fronts
Du côté des télécoms, même son de cloche. Christel Heydemann, la directrice générale d’Orange, l’a expliqué : "à quoi ressembleront nos réseaux dans cinq ans, quand le trafic sera massivement généré par les modèles d’IA ? Ils gèrent déjà une hausse de trafic allant de 10 % à 20 % par an. C’est un challenge économique et de modèle de ressources". Une rupture technologique de la même ampleur, selon la patronne de l’opérateur télécoms historique, que celle de l’électricité. Et qui en est à son grand début, impliquant de ne pas perdre de temps au démarrage. Ce qui appelle aussi à des investissements sur les infrastructures se chiffrant en milliards d’euros, au regard des multiples transitions à l’œuvre dans l’économie, comme celle environnementale et énergétique.
Pour Schneider Electric, également, transitions verte et numérique restent intimement liées. S’il faut accélérer en matière d’électrification sur la première, la seconde permet aussi d’améliorer le fonctionnement des infrastructures et donc d’utiliser moins d’énergie, a expliqué Laurent Bataille. Deux axes sur lesquels se porte donc l’innovation du groupe, par exemple grâce à des logiciels de meilleure gestion du réseau électrique, des produits plus durables ou encore l’amélioration des systèmes de refroidissement pour les centres de données.
Nuances
"Cette révolution est une opportunité pour l’Europe", a nuancé Paul Hudson par la suite. La technologie est peut-être davantage un choc en Europe que dans le reste du monde, mais elle reste nouvelle pour tout un chacun, plaçant finalement tous les pays sont un pied d’égalité, a-t-il ajouté. Alexandra Roulet, membre du Cercle des économistes, l’a elle aussi souligné : la course à l’IA est une opportunité pour l’Europe. Mais en écho aux propos initiaux du directeur général de Sanofi, sur le retard européen, elle leur a également apporté une mise en perspective. "Le décrochage de l’Europe par rapport aux précédentes révolutions est véridique, sur le plan statistique. Mais la question du choc ne se pose-t-elle vraiment que pour l’Europe ? Quand on voit l’élection de Donald Trump, il est aussi possible de la lire de la manière suivante : certes, les États-Unis ont capitalisé sur leurs gains de productivité, mais le choc n’a pas été absorbé pour les perdants".
Et cette fragmentation de la population découlant d’une absorption inégale des précédentes révolutions, ayant entre autres nourri l’élection du nouveau président américain, risque désormais d’avoir de sérieuses conséquences sur la recherche, du fait des coupes prévues dans les budgets des universités. De quoi entraîner un recul potentiel de l’innovation américaine à l’avenir, a pointé l’économiste. "Aller trop vite et trop brutalement peut créer des retours en arrière", a corroboré le directeur général délégué d’Ardian. Finalement, être proche et à l’avant-garde de l’IA doit aller de pair avec la nécessité de la rendre acceptable par le plus grand nombre, sans laisser personne au bord de la route, a de son côté souligné Christel Heydemann. "L’accélération technologique augmente les écarts entre ceux qui l’ont et qui ne l’ont pas. Certaines régions du monde n’ont pas encore accès à la couverture de téléphonie mobile et quand nous la déployons, nous apportons l’énergie par la même occasion. C’est le côté positif. […] Quand tout s’accélère, l’inclusion et le capital confiance restent le plus important, afin d’être cet acteur qui permettra d’adopter la technologie", a rappelé la directrice générale d’Orange. Ce qui vaut à grande, comme à plus petite échelle, par exemple en permettant aux collaborateurs d’une entreprise de se saisir de ces outils pour ne pas craindre qu’ils ne remplacent leur emploi, a-t-elle expliqué.
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