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Sanofi / Paul Hudson
Sanofi cible Alzheimer et muscle sa R&D en neurosciences / En parallèle, les attentes montent sur un successeur potentiel de Dupixent
Ce n’est certes pas l’opération la plus spectaculaire de ces derniers mois pour Sanofi. Mais avec la finalisation, mercredi, du rachat de la biotech américaine Vigil Neuroscience pour 470 millions de dollars, le groupe pharmaceutique français ajoute une nouvelle brique prometteuse à son portefeuille thérapeutique. Cette acquisition intervient un mois après celle de la britannique Vicebio, spécialisée dans les vaccins à protéines recombinantes, valorisée jusqu’à 1,6 milliard de dollars. Et elle illustre un rythme d’exécution qui s’accélère.
Depuis deux ans, Sanofi multiplie les acquisitions ciblées dans ses domaines thérapeutiques de spécialité. Fin mai, il annonçait un accord avec la biotech californienne Dren Bio autour d’un anticorps expérimental dans l’oncologie, pour un montant total pouvant atteindre 1,9 milliard de dollars. En juin, c’est Blueprint Medicines qui rejoignait son giron, dans le cadre d’une transaction à 9,5 milliards, renforçant l’activité dans les maladies rares. Début juillet, le rachat de Vicebio actait un retour significatif sur le segment vaccinal.
Une nouvelle avancée dans les neurosciences
Cet enchaînement est facilité par le cash libéré via la cession partielle de la participation dans sa filiale de santé grand public Opella. Mais l’offensive actuelle dépasse largement le simple opportunisme financier. Elle s’inscrit dans une feuille de route clairement tracée depuis 2023 par Paul Hudson : consolider le pipeline via un dosage d’innovation interne et d’achats ciblés.
Auparavant, Sanofi s’était déjà emparé d’Inhibrx (2024, 2,2 milliards de dollars), pour élargir son portefeuille dans les maladies pulmonaires, ou encore de Provention Bio (2023, près de 3 milliards), qui lui a ouvert un accès stratégique au diabète de type 1, entre autres. Le recentrage progressif du portefeuille vers les aires jugées à fort potentiel se confirme.
Avec Vigil, Sanofi mise cette fois sur les neurosciences, l’une des cinq priorités thérapeutiques du groupe. Un domaine dans lequel la R&D est déjà très active, comme en témoigne le développement du tolebrutinib dans la sclérose en plaques. L’apport principal de Vigil réside dans son programme phare, le VG-3927, une petite molécule agoniste de la protéine TREM2, destinée à faire l’objet d’un essai clinique de phase II dans la maladie d’Alzheimer.
Alzheimer, une cible aussi complexe que convoitée
Le raisonnement est le suivant : l’activation de TREM2 pourrait renforcer la fonction neuroprotectrice de la microglie – les cellules immunitaires du cerveau – et ralentir la progression de la maladie. Une approche encore expérimentale, mais qui fait écho à un besoin thérapeutique colossal. Car malgré des années d’efforts et des milliards investis, aucun traitement vraiment probant n’a encore vu le jour contre cette pathologie neurodégénérative majeure.
En mai, au moment de l’annonce du rachat à venir, Houman Ashrafian, directeur de la R&D de Sanofi, soulignait que TREM2 se situait "au croisement du dérèglement immunitaire et de la neurodégénérescence", qualifiant cette cible de "particulièrement intéressante, en particulier pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, confrontées à un déclin cognitif dévastateur et à des options thérapeutiques limitées".
Le pari n’est pas sans risque, comme pour tout développement clinique. L’échec partiel d’itepekimab, révélé en mai dernier dans la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) – une pathologie respiratoire chronique très invalidante – l’a encore rappelé. Mais Sanofi joue ici bien plus qu’un simple coup : le groupe se prépare à l’échéance majeure de la fin de brevet de son médicament vedette, Dupixent. Celui-ci a généré 13,1 milliards d’euros de ventes en 2024, mais sera exposé aux biosimilaires dès 2031.
Sanofi joue gros sur la dermatite atopique
C’est dans cette perspective que Sanofi mise beaucoup sur l’un de ses programmes phares en développement : l’amlitelimab. Cet anticorps monoclonal ciblant le système immunitaire est destiné au traitement de la dermatite atopique, une maladie inflammatoire chronique de la peau. Il pourrait devenir, à terme, le principal relais de croissance après Dupixent. Des résultats intermédiaires de phase III sont attendus au troisième trimestre 2025, avec des données complètes prévues en 2026.
Paul Hudson, le directeur général, a récemment confié aux analystes d’UBS qu’il voyait dans l’amlitelimab " plusieurs profils à potentiel multiblockbuster ". Pour s’imposer, le traitement devra offrir une efficacité " suffisamment proche" de celle de Dupixent, assortie d’une excellente tolérance et d’une fréquence d’administration plus avantageuse. D’autres scénarios restent ouverts, allant d’une efficacité différenciée selon les profils de patients à un positionnement en seconde ligne avec des bénéfices cliniques spécifiques.
Verdict dans les prochaines semaines.
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