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Sanofi injecte 1,6 milliard pour élargir son arsenal vaccinal / L’acquisition de Vicebio cible plusieurs virus respiratoires
Cela faisait un certain temps que Sanofi n’avait pas réalisé une acquisition d’ampleur dans le champ des vaccins. La dernière en date remonte à 2021, avec le rachat de la biotech américaine Translate Bio, spécialisée dans les vaccins à ARNm, pour 3,2 milliards de dollars. Depuis, le groupe avait plutôt concentré ses efforts de croissance externe sur la pharma innovante, avec des opérations ciblées dans l’immunologie, les maladies rares ou encore la neurologie. Le rachat de la société de biotechnologie britannique Vicebio, annoncé lundi pour un montant pouvant atteindre 1,6 milliard de dollars, marque donc un retour significatif sur le segment vaccinal.
Est-il besoin de rappeler la place stratégique occupée par les vaccins chez Sanofi, au croisement de son histoire, de son identité scientifique et de ses priorités de développement ? Si le groupe n’a pas été en première ligne lors de la pandémie de Covid-19, cette activité, héritière du patrimoine de l’Institut Pasteur et du groupe Mérieux, garde un rayonnement mondial et un poids déterminant dans sa feuille de route.
En 2024, le pôle Vaccins a généré environ 8,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit près de 20 % des ventes totales du groupe, qui se sont établies à 41,1 milliards d’euros. Cette performance reflète une croissance soutenue (+13,5 % sur un an), portée notamment par le succès de Beyfortus. Développé avec AstraZeneca, cet anticorps monoclonal destiné à prévenir les infections à virus respiratoire syncytial (VRS) chez les nourrissons a atteint le statut de blockbuster dès sa première année complète de commercialisation, avec environ 1,7 milliard d’euros de ventes.
Sanofi double la mise sur le VRS
C’est ce même virus — le VRS, redouté pour les bronchiolites qu’il provoque chez les nourrissons et les atteintes pulmonaires chez les seniors — que cible aussi Vicebio, mais dans une approche vaccinale et combinée cette fois. Fondée à Londres, la biotech développe des candidats-vaccins associant plusieurs pathogènes respiratoires : le VRS, le métapneumovirus humain (hMPV) et le virus parainfluenza de type 3 (PIV3), tous responsables d’infections hivernales sévères, notamment chez les plus fragiles.
Son produit le plus avancé, VXB-241, est actuellement en phase 1 chez les adultes. Il repose sur une technologie propriétaire, la Molecular Clamp, qui stabilise les protéines virales dans leur conformation native pour améliorer la réponse immunitaire.
L’un des atouts majeurs de cette technologie est logistique. Elle permet de concevoir des vaccins entièrement liquides, qui se conservent simplement au réfrigérateur (entre 2 et 8 °C), sans congélation, et peuvent être administrés sous forme de seringues préremplies. Un format particulièrement adapté à une diffusion large, y compris dans les pays à infrastructures limitées.
Au-delà de cet avantage pratique, l’opération permet à Sanofi d’élargir son arsenal technologique. Le groupe investit déjà dans les vaccins à ARN messager, rendus célèbres pendant la pandémie de Covid-19, mais explore ici une voie alternative fondée sur des protéines recombinantes. Cette diversification répond à une demande croissante de vaccins respiratoires combinés : une seule dose pour se protéger contre plusieurs virus, particulièrement attendus chez les personnes âgées.
Cette montée en puissance du portefeuille de vaccins s’inscrit dans une stratégie plus large de consolidation du pipeline de recherche, combinant efforts internes et acquisitions ciblées. Lancée il y a moins de deux ans, cette politique d’intensification des investissements dans les produits innovants, d’abord accueillie avec circonspection par les investisseurs, est menée tambour battant.
R&D, M&A : la mécanique s’accélère
Sur le front des opérations de croissance externe, Sanofi a multiplié les acquisitions ciblées depuis 2023, avec une priorité donnée à ses domaines de spécialité. Le rachat de Blueprint Medicines, pour un montant pouvant atteindre 9,5 milliards de dollars, a renforcé ses positions dans les maladies rares, notamment la mastocytose systémique. Celui d’Inhibrx, valorisé à 2,2 milliards de dollars, a permis d’élargir le portefeuille dans les pathologies pulmonaires. Provention Bio (près de 3 milliards de dollars) a ouvert un accès stratégique au diabète de type 1, tandis que Vigil Neuroscience est venue consolider les ambitions du groupe dans la neurologie.
Le chemin n’est pas sans embûches. Ces derniers mois, Sanofi a essuyé plusieurs revers cliniques, notamment l’arrêt du développement de son vaccin contre E. coli après un échec en phase 3, ou encore les résultats décevants d’Itepekimab dans la BPCO, d’Amlitelimab dans l’asthme et de Balinatunfib dans le psoriasis. Autant de rappels de la complexité inhérente au développement de nouveaux traitements.
Pour autant, la stratégie déployée commence à produire des résultats tangibles. Les chiffres du premier trimestre 2025 ont dépassé les attentes, avec un chiffre d’affaires en hausse de plus de 10 %, une marge opérationnelle solide, et une dynamique commerciale soutenue pour les récents lancements, à commencer par Altuviiio en hémophilie et Beyfortus dans les vaccins. Les résultats du deuxième trimestre, attendus le 31 juillet, devraient permettre de confirmer cette trajectoire.
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