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Sanofi en pleine accélération, sous le regard prudent des marchés / La croissance est robuste, le pipeline doit continuer à convaincre

Avec une croissance à deux chiffres et un bénéfice d’exploitation en nette progression, Sanofi a dépassé les attentes au premier trimestre. Il lui faudra toutefois continuer de convaincre un marché manifestement autant attentif aux promesses de son pipeline qu’à la solidité de ses résultats.
Paul Hudson, le directeur général de Sanofi - Photo by Jemal Countess / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
Paul Hudson, le directeur général de Sanofi - Photo by Jemal Countess / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Dit sobrement, les trois premiers mois de 2025 ont marqué l’un des trimestres les plus dynamiques de la décennie pour Sanofi. La hausse de 10,8% enregistrée par les ventes du groupe pharmaceutique (dont une croissance organique de 9,7%) prolonge la tendance observée en 2024, où les performances à deux chiffres sont devenues la norme. Le changement de statut opéré d’un profil traditionnellement défensif à celui d’une valeur de croissance "guidée par la science et centrée sur la biopharmaceutique" se confirme.

Cette performance remarquable doit bien sûr beaucoup à l’essor continu de Dupixent, le médicament vedette de Sanofi, dont les ventes ont bondi de 20,3% pour atteindre 3,5 milliards d’euros en un seul trimestre. La demande continue de croître dans toutes les indications homologuées, notamment la dermatite atopique et l’asthme, mais aussi grâce à l’utilisation émergente pour la BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive), maladie pulmonaire progressive très répandue qui affecte la respiration.

 

Le prochain blockbuster

 

Elle est également soutenue par les nouveaux lancements pharmaceutiques, dont les ventes ont atteint 0,8 milliard d’euros, en hausse de 44%, notamment porté par ALTUVIIIO, un traitement pour l’hémophilie A, dont les ventes ont doublé à 251 millions d’euros. Un produit qui "continue de gagner des parts de marché" et "est en bonne voie de devenir le prochain blockbuster", prévoit Paul Hudson. Le pipeline reste fourni, avec l’approbation de Qfitlia (fitusiran), un nouveau traitement pour les patients atteints d’hémophilie, l’un des trois lancements potentiels de l’année.

Et cette croissance ne s’est pas faite au détriment de la rentabilité, bien au contraire : le bénéfice d'exploitation a grimpé de 20% à 2,90 milliards d'euros, nettement au-dessus des attentes des analystes, qui tablaient sur un bénéfice de 2,68 milliards d'euros pour un chiffre d'affaires de 9,64 milliards d'euros, selon le consensus Visible Alpha.

Pour autant, si l’on en juge par l’atonie du cours de Bourse (0,1% jeudi et -0,7% vendredi), comme le constate Deutsche Bank, "ces chiffres n’ont pas impressionné le marché". Une retenue à mettre en lien avec plusieurs études de phase 2 récentes jugées décevantes — n’ayant pas atteint leurs objectifs ou trop limitées pour produire des résultats statistiquement valides, rappelle UBS.

Ce qui a pu tempérer l’élan suscité par la publication de données encourageantes en début d’année sur un programme mené avec Teva dans les maladies inflammatoires de l’intestin (colite ulcéreuse, maladie de Crohn). Il faudra sans doute davantage d’éléments pour évaluer les chances que ces futurs traitements viennent épauler la franchise Dupixent.

 

Un décret présidentiel américain qui tend à rassurer

 

Sur le grand sujet du moment, le dossier tarifaire, la direction n'a pas exprimé de sensibilité à ce qu'elle considère comme un risque purement théorique, mais a évoqué des niveaux élevés de production américaine pour les produits clés et une présence industrielle aux Etats-Unis.

Sanofi envisage d’y renforcer encore ses capacités, a indiqué François-Xavier Roger, le directeur financier, lors d'une conférence de presse, précisant que cette stratégie vise à soutenir la croissance du groupe sur son premier marché, indépendamment du contexte géopolitique actuel.

Par ailleurs, Paul Hudson, récemment élu pour devenir le prochain président élu du conseil d'administration de PhRMA (l'association professionnelle américaine du secteur), voit des signaux encourageants dans le récent décret présidentiel signé par Donald Trump sur la santé. Celui-ci pourrait ouvrir la voie à un ajustement des délais de mise en œuvre de l’Inflation Reduction Act (IRA), ainsi qu’à des révisions des règles encadrant les PBM (intermédiaires dans la fixation des prix des médicaments) et le programme 340B, qui permet à certains hôpitaux d’acheter des médicaments à prix réduit.

Surtout, ce décret ne mentionne pas le mécanisme MFN (Most Favored Nation), qui consisterait à aligner les prix américains sur ceux des pays les moins chers — une mesure redoutée par l’industrie. Son absence est perçue comme un signal rassurant, suggérant qu’un tel dispositif n’est pour l’instant pas à l’agenda.

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