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Evenements / Benoit Bazin / Patrick Pouyanné / Thomas Buberl / Rencontres économiques d'Aix-en-Provence

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Benoit Bazin / Patrick Pouyanné / Thomas Buberl / Rencontres économiques d'Aix-en-Provence

Les chefs d’entreprise ont (aussi) des idées pour relancer la compétitivité européenne / Benoit Bazin, Patrick Pouyanné et Thomas Buberl exposent leurs constats à Aix-en-Provence

Les patrons de Saint-Gobain, TotalEnergies et Axa étaient réunis ce samedi aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence pour débattre de la restauration de la compétitivité européenne. Marché unique, gouvernance à revoir pour avancer plus rapidement, vision et courage politiques, consultation des entreprises : les trois dirigeants n’ont pas manqué de faire valoir leurs propositions pour aller en ce sens.
Benoit Bazin, Patrick Pouyanné et Thomas Buberl. Credits : dr
Benoit Bazin, Patrick Pouyanné et Thomas Buberl. Credits : dr

Nul besoin de présenter les rapports d’Enrico Letta et de Mario Draghi, surtout pas aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. Les travaux des deux économistes italiens, ayant permis de mettre la lumière sur les besoins d’intégration du marché unique intérieur et sur le décrochage de la compétitivité du Vieux continent nourrissent, depuis leurs parutions respectives, les débats et les propositions pour redonner un nouveau souffle aux sphères économiques et financières du Vieux continent. Un sujet occupant le devant de la scène de ce rendez-vous aixois annuel. "Le rapport de Mario Draghi a le mérite de créer un consensus et un électrochoc sur le décalage de la compétitivité en Europe, notamment sur le plan énergétique, puisqu’elle est très décalée en comparaison à la Chine et aux États-Unis", a estimé Benoit Bazin, le président-directeur général (P.-D.G) de Saint-Gobain, invité à s’exprimer samedi lors d’une table ronde au sujet de la compétitivité européenne.

Interrogé sur les angles morts de ce travail, le patron du géant des matériaux de construction les a détaillés : l’efficacité énergétique, tout d’abord. Puis les filières industrielles existantes, comme l’automobile, la chimie ou la métallurgie : "Il insiste sur les technologies de pointe, mais il ne faut pas les oublier. Nous avons besoin d’elles pour l’évolution de l’Europe de demain, elles ont besoin aussi qu’on introduise des sujets de compétitivité hors coût. Sans doute faudrait-il être plus sérieux sur le Buy European Act, instaurer une vraie réciprocité des marchés publics, inclure des critères RSE sur les achats européens, ou peut-être instaurer des tarifs douaniers de transition. Ces industries ont besoin que la doxa du libéralisme économique pur et parfait que l’on applique évolue. Nos partenaires chinois et américains ont évolué". Enfin, le sujet de la gouvernance européenne, radicalement décalée avec la vitesse dont les entreprises ont besoin pour pouvoir être réellement compétitives. "Nous produisons du consensus avant de parler du fond des sujets. […] Oui au marché unique, mais il n’est pas possible que le plus petit dénominateur commun des Vingt-Sept nous empêche d’aller vite et nous oblige à avoir un consensus mou", a ajouté Benoit Bazin.

Un point de vue partagé avec Patrick Pouyanné. Le P-.D.G de TotalEnergies a de son côté rappelé que certaines réalités ne pouvaient être évitées. Par exemple sur le coût de l’énergie : les États-Unis disposent de leurs propres ressources naturelles, ont l’espace pour développer les énergies renouvelables. "Nous, nous importons nos énergies fossiles. Et même si l’on parle du nucléaire ou du renouvelable, il faudra importer de l’uranium et des métaux critiques", a-t-il ajouté. "Oui, le coût de l’énergie est plus élevé en Europe. Mais il y a tout de même plusieurs marchés dans ce débat : il y a les entreprises qui exportent et celles qui font vivre le tissu industriel français", a-t-il ajouté. Le problème de compétitivité en matière de coût de l’énergie se pose essentiellement pour les premières d’entre elles, a-t-il rappelé.

 

Vision et courage politiques

 

"Il serait possible de détaxer les énergies pour les industries exportatrices énergivores, c’est d’ailleurs le programme de Friedrich Merz. Mais politiquement, il faudrait expliquer au consommateur que l’énergie lui coûtera un peu plus cher qu’aux industriels. Notre mission est de réduire autant que possible le coût de l’énergie. […] Ce que nous pouvons produire sur notre sol est le bienvenu. Mais il ne faut surtout pas raisonner aux bornes de chaque pays. Nous n’irons nulle part si nous ne sommes pas prêts à faire une Europe de l’énergie", a insisté Patrick Pouyanné, appelant à se souvenir de la Communauté européenne du charbon et de l’acier et des principes des Pères fondateurs de l’Europe "Faisons du nucléaire en France et de l’éolien en Allemagne et organisons l’interconnexion entre les pays […] Savoir qui est le plus compétitif entre les pays européens ? Franchement… nous sommes tous des nains face aux États-Unis, la Chine et les pays du Moyen-Orient. Si on ne comprend pas qu’il faut approfondir le marché unique dans toutes ses dimensions, on passe complètement à côté du sujet. […] Je suis positif, nous savons mener des grands projets, nous avons fait l’euro, c’est un grand succès. Mais pas à Vingt-Sept", a pointé Patrick Pouyanné.

Le patron de TotalEnergies l’a détaillé plus après : créer des coalitions de "bonne volonté" et inciter d’autres à les rejoindre permettrait d’avancer plus rapidement. "Nous avons construit une Europe pour lutter contre l’inflation, et pour les consommateurs, en développant une politique de la concurrence, ce qui fait que nous n’avons pas de champions européens", a ajouté Patrick Pouyanné, indiquant qu’au regard des divergences législatives entre les États membres de l’Union européenne, le marché unique de 400 millions de consommateurs n’en était finalement pas vraiment un. Un manque de vision de la part de l’Europe, sur les champs des possibles ouverts par son marché intérieur, ayant eu de l’écho auprès de Thomas Buberl.

Le directeur général d’Axa l’a rappelé. Les 27 marchés de capitaux cohabitant sur le continent n’incitent pas y investir. Un marché unique des capitaux, ou une union de l'épargne et de l'investissement ? "C’est faisable, mais cela nécessite de la volonté politique", a-t-il indiqué. D’autant que nous ne manquons pas d’argent en Europe, a-t-il rappelé. "Il est logé chez nos compagnies d’assurance, nos banques, nos gestionnaires d’actifs. Mais il est investi dans les gouvernements par les institutionnels. Avec la croissance des déficits, il sera difficile de changer ce mix. Si on veut de l’argent pour la croissance, il faut que les États se disciplinent sur leurs finances publiques, c’est le seul moyen de financer la croissance entrepreneuriale", a détaillé le patron de l’assureur. Il faudrait également opérer un changement en faveur de la culture du risque en Europe, a-t-il poursuivi, ce qui nécessiterait quelques ajustements réglementaires. "Mais pas de révolution. Et cela inciterait les fonds de pension à la prise de risque", a indiqué Thomas Buberl.

 

Faire confiance au terrain

 

Pour Patrick Pouyanné, l’Europe devrait par ailleurs s’attacher à prendre des décisions rationnelles. Par exemple, sur la transition énergétique. "Comment la mettre en œuvre ? En publiant un rapport de 400 pages ? Non, plutôt grâce aux 4 milliards d’euros d’investissements que je déploie chaque année dans les énergies bas carbone", a indiqué le P.-D.G de TotalEnergies. Une rationalité qui devra aussi s’accompagner de cohérence, entre ce qui se dit entre Bruxelles et Paris. "Nous devons faire ce que nous pouvons pour créer des alliances, avec nos amis, allemand et italien par exemple. Mais après, il faut être courageux et porter cette vision. On ne peut pas dire sans cesse qu’il faut plus d’Europe et s’en plaindre par la suite. Soyons courageux politiquement, sinon c’est une lente dégradation", a assuré Patrick Pouyanné.

Toutes les décisions européennes ne sont pour autant pas à mettre de côté. Benoit Bazin a par exemple indiqué qu’il pourrait être possible d’assurer la compétitivité des industries européennes tout en gardant le cap sur le Green Deal européen. "Les entreprises européennes sont en avance en matière d’innovation, d’économie circulaire ou d’économies d’énergie. Ne nous perdons pas en opérant un retour en arrière. Mais n’en rajoutons pas, il faut l’appliquer avec pragmatisme et vitesse d’exécution sur l’ensemble du marché unique", a assuré le P.-D.G de Saint-Gobain. Point de regret, partagé avec Patrick Pouyanné : que les entreprises n’aient pas été sondées pour le construire. "Quels sont les deux évènements qui ont rendu la France fière ces dernières années ? La reconstruction de Notre-Dame de Paris et les Jeux Olympiques. Dans les deux cas, l’État a mis le cap, le cadre. Et ce sont les entreprises et les citoyens qui ont fait", a corroboré Thomas Buberl.

Selon lui, il reste à souligner que l’Europe a réussi à créer un espace de protection, reposant sur un contrat social unique dans le monde. Mais pour devenir une puissance de croissance, deux leviers : ne pas réglementer avant d’avoir exploré et laisser aux entreprises la place qu’elles devraient avoir. "Les rapports de Mario Draghi et d’Enrico Letta sont un travail formidable, je suis absolument d'accord avec ce constat. Mais dans une entreprise, à quel moment un plan financier est-il créé avant d’avoir établi une stratégie ? Le secteur privé doit accompagner, nous avons des solutions et la volonté d’aider aux grands défis", a conclu le patron d’Axa.

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