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Worldline lisse sa dette mais le coût grimpe / Une pression accrue sur le plan stratégique à venir

En poursuivant activement le refinancement de sa dette et en étalant progressivement le remboursement de ses échéances à venir, Worldline démontre une gestion rigoureuse de son profil financier. Cependant, les taux élevés des deux dernières émissions obligataires révèlent un renchérissement marqué du coût de la dette, qui impactera inévitablement la trajectoire financière du groupe. Ce contexte intensifie les attentes autour du prochain Capital Markets Day, où le nouveau management sera attendu au tournant pour présenter un plan convaincant de redressement de la rentabilité.
France, ile-de-France, Paris, La Defense, Worldline (Photo by Philippe TURPIN / Photononstop via AFP)
France, ile-de-France, Paris, La Defense, Worldline (Photo by Philippe TURPIN / Photononstop via AFP)

Entré dans l’année 2025 en pleine recomposition, Worldline s’efforce d’agir sur les leviers à sa portée. Outre une nouvelle initiative d’économies de 50 millions d’euros annoncée lors de la publication du chiffre d’affaires du premier trimestre, le groupe mène une gestion active du refinancement de sa dette, en attendant lê plan stratégique que la nouvelle direction présentera à l’automne pour relancer l’activité.

C’est ainsi que le groupe a procédé mardi avec succès à une émission obligataire de 550 millions d’euros venant à échéance en juin 2030 et assortie d’un coupon de 5,50 % par an. Une opération menée par JP Morgan, Natixis et ING avec l’appui de Barclays et Crédit Agricole CIB. La deuxième à quelques mois d’intervalle puisque le groupe avait déjà placé fin novembre 2024, une émission obligataire de 500 millions d’euros à 5 ans, échéance novembre 2029, avec un coupon de 5,25 %.

Le but de ces deux opérations est clair : réduire la pression liée aux échéances obligataires à court terme en refinançant progressivement les OCEANEs en circulation arrivant à maturité en juillet 2025 (600 millions d’euros) et en juillet 2026 (800 millions d’euros). Dans ce cadre, Worldline a lancé deux offres de rachat ciblées sur ces obligations convertibles : en novembre 2024, pour un montant cible d’environ 250 millions d’euros concernant les OCEANEs 2025 et 2026. Puis, ce mercredi 4 juin, dans la foulée de l’émission de la veille, une nouvelle offre de rachat visant les OCEANEs 2026 pour un montant cible pouvant aller jusqu’à 550 millions d’euros.

Force est de constater surtout que les deux dernières émissions illustrent le net renchérissement du coût de financement du groupe. Les taux de 5,25 % et 5,5 % des nouvelles souches tranchent avec un coût moyen de la dette encore contenu à 2,04 % fin 2024, grâce à un stock largement constitué entre 2020 et 2022 dans des conditions historiquement favorables, via le programme EMTN. Depuis, le retournement des taux et la détérioration des fondamentaux financiers de Worldline — repli de l’activité, pression sur la rentabilité — tendent à alourdir la facture.

 

Dynamique de trésorerie préoccupante

 

La trajectoire de l’obligation émise en novembre 2024 en donne une illustration supplémentaire : initialement placée avec un coupon de 5,25 % et un z-spread de 300 points de base (soit l’écart avec le taux swap de référence), elle se traite aujourd’hui quasiment à son prix d’émission (99,9 %), mais son z-spread s’est élargi à 310 points de base — signe d’une perception de risque de crédit légèrement détériorée.

"Worldline doit faire face à des charges financières alourdies avec la hausse des intérêts", relevait d’ailleurs Octo Finance début mai dans une étude, notant qu’"en termes de coupons à décaisser, le seul emprunt obligataire 2029 représente 147 millions d’euros, soit davantage que l’ensemble des quatre autres souches obligataires venant à échéance entre 2025 et 2028 (110 millions d’euros au total)".

Une évolution qui reflète la prudence accrue des investisseurs face aux perspectives financières du groupe, dans un contexte où le mur de refinancement d’ici 2027 apparaît comme un point de vigilance. Avec une dette brute d’environ 3,5 milliards d’euros au 31 décembre 2024 et une maturité moyenne courte d’environ 2,5 ans, Worldline doit gérer un calendrier de remboursement serré. Malgré un début d’assouplissement du profil d’endettement à court terme, obtenu par un lissage partiel de l’échéancier et le remboursement anticipé de dettes imminentes, la dynamique négative des flux de trésorerie rend la visibilité plus incertaine à moyen terme.

Dans ce contexte, la position de liquidité du groupe — estimée à environ 2 milliards d’euros par Octo Finance, RCF inclus — constitue certes un matelas appréciable, mais celui-ci pourrait se réduire rapidement sans un redressement marqué de la génération de cash. C’est pourquoi le risque d’une dégradation vers le statut "high yield" est élevé, S & P ayant placé la note de Worldline sous surveillance négative le 24 septembre dernier.

Autant d’éléments qui placent le prochain Capital Markets Day sous forte pression : le groupe est attendu sur la présentation d’un plan crédible de reconquête de rentabilité et de génération de cash, conditions indispensables pour restaurer la confiance des investisseurs et sécuriser ses besoins de financement au-delà de 2026.

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