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Assemblée générale de Carrefour : Alexandre Bompard assume (de nouveau) sa stratégie face aux critiques syndicales / Sa rémunération reste toujours un sujet pour les actionnaires

C’est devenu une habitude chez Carrefour. L’assemblée générale du groupe a encore été marquée cette année par des questions des organisations syndicales de l’enseigne. Des tensions sociales à laquelle le président-directeur général a tenté de répondre en revendiquant le modèle de l’entreprise, jugé adapté et compétitif face aux défis d’un secteur en pleine mutation. Et si Carrefour commence à regagner des parts de marché en France, cela n’aura pas suffi à convaincre les actionnaires qui tiquent toujours sur la rémunération d’Alexandre Bompard.
Alexandre Bompard (Photo by STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)
Alexandre Bompard (Photo by STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Carrefour a eu beau, cette année, organisée son assemblée générale à son siège de Massy, son président-directeur général, Alexandre Bompard, n’a pas échappé aux traditionnelles interventions (calmes) des organisations syndicales de l’entreprise, CFDT, CGT, FO, lors de la séance de questions.

Un exercice auquel il s’est prêté sans détour. Inquiétudes sur l’avenir de Carrefour, différences de traitement avec les salariés des enseignes reprises (Cora, Match et ex-Casino), partage de la valeur, manque de dialogue social, location-gérance jugée comme des licenciements déguisés, capitalisation boursière, tentative de rachat du groupe, tous les sujets ont été abordés.

 

Un modèle "à deux jambes" qui rend résilient

 

En réponse, Alexandre Bompard a pleinement assumé le modèle "sur deux jambes" de l’entreprise, reposant d’une part sur les magasins intégrés et ceux franchisés. "Vous analysez Carrefour comme s’il n’existait pas de concurrence, que l’on vivait dans un modèle protégé, qu’il n’existait pas de Shein, de Temu ou que des magasins ne fermaient pas chez nos concurrents. Nous avons essayé de protéger nos magasins. Nous avons fermé zéro hypermarché en les transformant, en réduisant leur taille, en les intégrant à notre modèle omnicanal, en travaillant sur l’offre. À côté, nous avons eu des magasins en grandes difficultés structurelles depuis des années, qui perdaient des millions d’euros. Nous avons signé des accords collectifs et nous renégocions actuellement une nouvelle clause sociale. Ces magasins ont été sauvés, avec des revenus à l’équilibre désormais. C’est exceptionnel ce qu’il s’est passé grâce aux entrepreneurs qui nous ont rejoints ", a voulu convaincre le dirigeant, regrettant que ces mêmes organisations syndicales n’aient pas cherché à construire de dialogue social avec ces entrepreneurs. "Vous mettez de l’énergie à faire des contentieux et des référés au lieu de reconstituer des liens avec ces entrepreneurs. Par ailleurs, en tant que président de la Fédération du Commerce et de la Distribution, je reçois des coups de fil tous les jours d’enseignes menacées de fermeture, j’adorerais que les syndicats se mobilisent pour elles ", a-t-il fait remarquer.

 

Avantage aux salariés dans le partage de la valeur

 

Malgré ce climat tendu, le patron du groupe s’est voulu optimiste sur la trajectoire engagée par Carrefour, vantant les premiers résultats de la transformation opérée. "Les résultats sont très satisfaisants dans nos pays cœur, à savoir la France, l’Espagne, le Brésil, grâce à nos efforts sur les prix (baisse de plus de 10 % sur 4 000 produits) l’année dernière. Si bien que nous avons réduit par deux notre écart prix avec Leclerc, soit le plus faible niveau depuis 2020, ce qui nous a permis de regagner des parts de marché en volumes et en clients. Par ailleurs, nous avons augmenté de 150 millions les opérations d’investissements en France pour moderniser nos magasins et nos plateformes logistiques, financées par 1,2 milliard d’euros d’économie réalisées en 2024 ", a affirmé Alexandre Bompard, défendant un généreux partage de la valeur au sein du groupe. "Le partage de la valeur, c’est 13 milliards d’euros chez Carrefour. Sur cette somme, une part de 50 % va aux salariés dans leur rémunération. Tous les ans, nous concluons des accords majoritaires si bien que celle-ci a progressé de 15,5 % sur les trois dernières années, soit plus que l’inflation. C’est le résultat du dialogue social. De même, la participation et l’intéressement ont progressé de 133 % du fait des bons résultats de Carrefour en France. Les investisseurs et les actionnaires ne représentent que 9 à 10 % de ce partage. Le ratio est donc beaucoup fort pour les salariés ", a détaillé le président-directeur général de Carrefour.

 

Des rumeurs de rachat qui prouvent la bonne santé de Carrefour

 

S’il n’a pas souhaité commenter les rumeurs récentes de tentatives de rachat du groupe par le néerlandais Ahold Delhaize, ou un rapprochement avec le portugais Jeronimo Martins, Alexandre Bompard a néanmoins indiqué qu’elles étaient le signe d’une grande attractivité retrouvée pour l’entreprise. "Ça veut dire que Carrefour va bien, crée de la valeur et a un bel avenir. Mais lorsque nous examinons ces questions avec le conseil d’administration, notre conviction, jusqu’à présent, a toujours été que nous pouvions créer encore plus de valeur par nous-mêmes ", a-t-il répondu.

Enfin, sur le cours de Bourse de Carrefour - qui a chuté de 10 % depuis début 2022 - le patron de l’enseigne se veut confiant quant à son amélioration. "Le cours de Bourse actuel est le résultat d’une hyper-inflation et de la baisse des volumes, des difficultés du secteur en France, ce qui ne plaît pas aux investisseurs, et à l’offensive de Leclerc. Nos efforts de transformation et d’investissements doivent améliorer la valeur boursière de l’entreprise. C’est aussi pour cela que nous avons annoncé en février dernier procéder à une revue stratégique de l’ensemble de notre portefeuille d’activités, sans tabou. La première décision fut d’ailleurs de racheter l’intégralité des parts de Carrefour Brésil, ce qui nous permet de créer de la valeur durable et de renforcer notre exposition sur le marché ", a-t-il expliqué.

 

Une rémunération qui ne fait toujours pas l’unanimité

 

Malgré sa défense appuyée de la stratégie du groupe, Alexandre Bompard n’a toutefois pas totalement convaincu les actionnaires. Sa rémunération pour l’exercice 2024 n’a été approuvée qu’à 61,58 % des voix (contre 70,15 % en 2024 et 60,69 % l’année précédente).

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