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Eramet amorce un nouveau cycle sous la houlette de Paulo Castellari / Christel Bories cède sa place après huit années de profonde mutation

Réunis en assemblée générale ce lundi, les actionnaires d’Eramet ont largement validé le passage de relais entre Christel Bories et Paulo Castellari, saluant la transformation stratégique, managériale et sociétale menée pendant huit ans par la présidente-directrice générale sortante. Ce transfert de responsabilités s’inscrit dans une dynamique de transformation majeure, portée par la montée en puissance du groupe dans les métaux critiques, en particulier le lithium.  
Christel Bories est désormais présidente d'Eramet, après en avoir été la présidente-directrice générale pendant 8 ans
Christel Bories est désormais présidente d'Eramet, après en avoir été la présidente-directrice générale pendant 8 ans

Moment charnière pour Eramet. "C’est avec confiance, sérénité et le sentiment du devoir accompli que je transmets aujourd’hui mes fonctions de direction générale". Pour la dernière fois en tant que présidente-directrice générale, Christel Bories s’exprimait lundi devant les actionnaires du producteur de métaux stratégiques réunis en assemblée générale. Le conseil d’administration d’Eramet ayant récemment désigné son successeur en la personne de Paulo Castellari. Un passage de témoin largement approuvé lundi par les actionnaires, actant ainsi à la fois la dissociation des fonctions de présidence du conseil d’administration et de direction générale, et la fin d’un chapitre de huit ans pour la dirigeante, désormais présidente du conseil d’administration uniquement.

L’occasion pour elle de dresser le bilan de la "transformation majeure sur trois dimensions", stratégique, sociétale et managériale, opérée tout au long de sa mandature. Sur le plan stratégique, le groupe s’est recentré sur les actifs miniers de premier plan, tous situés dans le premier quartile de la courbe de coût. Le groupe a doublé la taille de la mine de manganèse au Gabon, devenue depuis la plus grande au monde avec 15 % de la production mondiale, renforcé sa présence au Sénégal dans le sable minéralisé, et mis en exploitation deux gisements majeurs : celui de nickel de Weda Bay en Indonésie, qui représente à lui seul 14 % de la production mondiale, et le projet Centenario en Argentine, l’un des plus vastes gisements de lithium au monde. Ce dernier pourrait atteindre à terme une capacité installée de 75 000 tonnes.

 

Une transformation à 700 millions d’euros

 

Dans le même temps, la responsabilité sociétale est devenue, selon elle, "la colonne vertébrale de toutes les actions du groupe", nourrissant à la fois l’engagement des salariés et la reconnaissance des communautés locales. Egalement, la dimension managériale a elle aussi été profondément revue, Eramet étant devenu une entreprise "beaucoup plus internationale et plus agile dans sa prise de décision".

Cette transformation s’est traduite dans les chiffres. Les efforts déployés depuis 2018 ont généré "environ 700 millions d’euros d’améliorations intrinsèques" sur le périmètre actuel. À conditions économiques comparables, dans un environnement tout aussi difficile, l’Ebitda est passé de 140 millions d’euros en 2018 à 814 millions en 2024. Une montée en puissance qui place le groupe dans une situation "plus confortable, plus robuste", renforçant sa "confiance dans l’avenir", a-t-elle souligné.

Avant de passer le relais, Christel Bories a aussi tenu à rappeler les grandes lignes de la stratégie tracée il y a trois ans, en phase avec les grandes mutations de l’économie mondiale. D’un côté, la montée en puissance dans les métaux liés à la croissance économique – au premier rang desquels l’acier au carbone, dopé par la demande dans la construction et les infrastructures. De l’autre, l’offensive sur les métaux critiques pour la transition énergétique, avec une priorité claire donnée au lithium, sans négliger le nickel pour batteries et le recyclage.

 

Le lithium, moteur stratégique d’Eramet

 

Deux jalons ont marqué cette montée en puissance du lithium, qui constitue la priorité stratégique d’Eramet pour 2024 et 2025 : le rachat du partenaire local argentin pour prendre le contrôle total du projet Centenario, et le lancement industriel de l’usine basée sur la technologie d’extraction directe du lithium (DLE), une première en Occident. Entrée en phase de montée en charge fin 2024, l’installation a déjà livré ses premiers lots. "Dès le début, la qualité du lithium sortie a été excellente. Nous avons réalisé nos premières ventes au premier trimestre de cette année", a souligné Christel Bories.

Malgré un aléa technique sur un équipement d’évaporation, en cours de résolution, Eramet prévoit une montée en puissance rapide vers sa pleine capacité nominale de 24 000 tonnes/an. Grâce à un coût rendu Asie (soit le coût total d’un produit une fois livré en Asie, généralement dans un port de destination) estimé à 6 000 dollars la tonne, l’usine se veut particulièrement compétitive. "Même au niveau d’aujourd’hui, autour de 9 000 dollars, elle est très résiliente en termes de génération de cash", a poursuivi Christel Bories.

Et les perspectives s’annoncent porteuses. La demande mondiale de lithium croît encore de 20 à 25 % par an, exigeant chaque année l’équivalent de la production actuelle du Chili ou de l’Australie. "Toutes les technologies batteries en développement […] sont toutes au lithium aujourd’hui", a-t-elle insisté. Eramet table ainsi sur un prix de long terme entre 15 000 et 20 000 dollars, de quoi viser un Ebitda de 200 à 300 millions de dollars pour le site argentin. Et cette performance, le groupe entend bien la répliquer. "Nous continuons à préparer l’avenir […] dans les métiers de la transition énergétique", a rappelé la dirigeante, citant des projets en gestation au Chili, en France dans le lithium géothermal, ou encore dans les saumures issues des champs pétroliers ("Petrobrines"), sans oublier le nickel-batterie en Indonésie.

 

Cap maintenu, nouveau capitaine

 

S’exprimant pour la première fois devant les actionnaires, Paulo Castellari, nouvellement nommé à la tête d’Eramet, s’est pour sa part dit "très heureux" de rejoindre l’entreprise, estimant que "tout [son] parcours [l’avait] préparé à ce moment". Fort de 32 années passées dans le secteur minier à travers plusieurs continents, l’ingénieur brésilien, d’origine italienne, a occupé des fonctions couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur minière — de la stratégie à la production, en passant par la finance et le marketing. Cette diversité d’expérience nourrit aujourd’hui son ambition à la tête du groupe français. "Être directeur général d’Eramet est à la fois un accomplissement et un grand honneur", a-t-il souligné.

Saluant la transformation opérée sous l’impulsion de Christel Bories, sa prédécesseure, il a réaffirmé son attachement à la stratégie engagée, axée sur un recentrage autour du cœur de métier minier, des actifs jugés "exceptionnels et robustes", et une mine "responsable" placée au centre du modèle du groupe. Le virage vers la transition écologique — dont il a pu observer "le premier résultat à Centenario" — constitue, selon lui, un pilier stratégique qu’il entend bien consolider.

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