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Tempête au sommet chez Eramet / Quand la gouvernance percute la trajectoire financière

Deux départs, deux enquêtes, aucun lien selon l’entreprise. La séquence de gouvernance ouverte chez Eramet, avec la révocation de son directeur général puis la suspension de son directeur financier, soulève pourtant de nombreuses questions, sur fond de dette élevée et de marchés de matières premières volatils.  
Paulo Castellari, l'ex-nouveau directeur général d'Eramet, aux côtés d'Abel Martins-Alexandre, le directeur financier suspendu, lors de la présentation en décembre 2025 du plan "ReSolution".
Paulo Castellari, l'ex-nouveau directeur général d'Eramet, aux côtés d'Abel Martins-Alexandre, le directeur financier suspendu, lors de la présentation en décembre 2025 du plan "ReSolution".

Mais que se passe-t-il chez Eramet ? La séquence a de quoi déstabiliser. Dimanche 1er février, le conseil d'administration révoque Paulo Castellari, directeur général en poste depuis mai 2025, officiellement pour « divergences sur les modes de fonctionnement ». Vendredi 6 février, le Financial Times révèle que le directeur financier Abel Martins-Alexandre est en arrêt maladie depuis plusieurs semaines et que les deux hommes avaient lancé une enquête interne sur la gestion financière des dernières années avant leur éviction. Lundi 9 février, Eramet confirme dans un communiqué laconique la « dispense d'activité temporaire » de son directeur financier, en précisant qu'elle découle d'une enquête indépendante portant sur ses pratiques managériales, sans lien, toujours officiellement, avec le départ de Paulo Castellari.

Une accumulation d’événements d’autant plus sensible s’agissant d’un groupe à forte dimension stratégique, spécialisé dans l’extraction et la transformation de minerais critiques - manganèse, nickel, lithium - indispensables à la transition énergétique et aux chaînes d’approvisionnement industrielles européennes.

Pour mémoire, Paulo Castellari rejoint Eramet en mai 2025, après une carrière passée chez Anglo American. Abel Martins-Alexandre le suit en septembre, en provenance de Rio Tinto. Ensemble, ils élaborent le plan Resolution, un programme d'économies censé générer entre 130 et 170 millions d'euros d'amélioration de l'EBITDA d'ici fin 2027. Cette double arrivée marque une rupture : contrairement à l'équipe précédente, menée par Christel Bories et le directeur financier Nicolas Carré – tous deux issus de l'industrie –, ces deux profils viennent du secteur minier international. Le conseil d'administration semble alors parier sur une inflexion stratégique portée par des cadres rompus aux standards opérationnels des majors anglo-saxonnes.

Un pari qui a donc tourné court avec la révocation de Paulo Castellari et la suspension de Abel Martins-Alexandre.

 

Une séquence aux contours flous

 

Le groupe insiste : la suspension d’Abel Martins-Alexandre, qui découlerait de « signalements internes » portant sur ses pratiques managériales, n'a « aucun lien » avec la révocation de Paulo Castellari. Deux départs consécutifs, deux enquêtes distinctes, aucun rapport entre elles. La version officielle peine à convaincre. « Les deux dirigeants étaient indubitablement proches », écrivent les analystes d'Oddo BHF dans une note publiée lundi.

Le Financial Times décrit lui un degré de désorganisation nettement plus élevé que celui évoqué par l’entreprise. Car le quotidien britannique rapporte que Paulo Castellari a, au moment de son éviction, fait part de préoccupations sur la gouvernance et une « potentielle mauvaise gestion financière », et qu’un projet de task force interne était envisagé pour examiner ces sujets, ainsi que des pistes d’amélioration des processus de gouvernance et de gestion des risques.

Le journal souligne également le soutien des deux actionnaires de référence à la révocation du CEO, la famille Duval et l’État, tout en mentionnant des dissensions au sein du conseil. Un conseil qui se serait donc soit trompé dans le choix du binôme chargé de conduire le redressement de l’entreprise - ce qui ne serait pas banal - soit ne partagerait pas le diagnostic que celui-ci entendait poser, ou à tout le moins la méthode envisagée et les remises en cause qu’elles risquaient d’impliquer.

 

Une crise qui tombe mal

 

Toujours est-il que cette séquence étonnante intervient dans un contexte financier tendu. Oddo BHF anticipe un effet de levier net proche de 5x à fin 2025, un niveau de dette très élevé qui devrait « rester durablement supérieur à 2x ». L'environnement matières premières, très favorable fin 2025, s'est récemment dégradé : le nickel est retombé à 17 000 dollars la tonne contre 19 000 dollars en janvier, le lithium à 19 000 dollars contre 25 000 dollars. Le manganèse, qui représente 65 % de l'EBITDA du groupe, reste stable mais ne compense pas la volatilité des deux autres minerais.

Cette crise de gouvernance n'est pas la première. En 2021, l'État et la famille Duval s'étaient affrontés sur le renouvellement du mandat de Christel Bories, avant de trouver un compromis.

Le groupe assure que la publication des résultats annuels aura lieu comme prévu le 18 février. Au-delà de la performance financière, ce rendez-vous sera aussi un test de la capacité du conseil à clarifier la trajectoire et le cadre de gouvernance, après le départ successif de deux dirigeants clés (pour l’un, c’est acté ; pour l’autre, on voit mal comment la situation pourrait s’éterniser). À défaut, le risque est de laisser la crise de gouvernance dicter l’agenda opérationnel.

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