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Eramet rouvre une séquence d’incertitude managériale / Le départ soudain de Paulo Castellari ravive les tensions de gouvernance
Huit mois et puis s'en va. Paulo Castellari, qui avait pris ses fonctions de directeur général d'Eramet le 26 mai 2025, à l'issue de l'assemblée générale ordinaire et extraordinaire, a été débarqué de son poste dimanche soir. Pour justifier cette décision radicale vis-à-vis de celui à qui la mission avait été confiée d'améliorer les performances opérationnelles du groupe et d'accélérer son développement dans les métaux pour la transition énergétique, le groupe minier évoque des « divergences avec ce dernier sur les modes de fonctionnement ». Une formulation aussi floue que lapidaire, qui laisse le marché dans l'expectative quant aux véritables raisons de cette rupture brutale. L’action Eramet chutait ainsi de 7,7% à 68,15 euros, lundi matin, à la Bourse de Paris.
Le groupe minier se retrouve sans direction pérenne à un moment critique, juste après le lancement récent de son programme de redressement « ReSolution » présenté le 4 décembre 2025. Face à des conditions de marché difficiles, ce plan affiche un objectif d'amélioration de l'EBITDA de 130 à 170 millions d'euros en année pleine d'ici deux ans, avec un effet complet en 2028. Il s'articule autour de cinq axes : sécurité et mine responsable, excellence opérationnelle et productivité, résilience financière, valorisation des collaborateurs, et portefeuille d'activités pour l'avenir. « J'ai été frappé par le potentiel de nos actifs et la qualité de nos équipes », évoquait alors Paulo Castellari lors de la présentation.
Un choc de gouvernance
Pour pallier cette situation dans l’immédiat, le conseil d’administration a nommé dimanche soir sa présidente, Christel Bories, en qualité de directrice générale du groupe, pour une période intérimaire, le temps de mener un processus de désignation d’un nouveau directeur général. À sa nomination, les fonctions de président et de directeur général seront de nouveau séparées. C’est donc elle qui présentera les comptes annuels d’Eramet le 18 février prochain, aux côtés du directeur financier Abel Martins-Alexandre, ancien de Rio Tinto, arrivé en septembre. Un exercice familier pour Christel Bories, qui a déjà présenté à neuf reprises les résultats annuels du groupe, de l’exercice 2017 à celui de 2024 : elle s’apprête ainsi à le faire pour la dixième fois.
« Cette annonce vient comme un choc puisque vu de l'extérieur rien ne laissait présager de tels désaccords », soulignent les analystes d'Oddo BHF. Le bilan de Paulo Castellari sur ses premiers mois à la tête d'Eramet ne manquait pourtant pas d'éléments positifs. Le dirigeant avait notamment réussi à remettre sur de bons rails la montée en puissance du projet de lithium en Argentine, pilier stratégique du groupe. Après avoir été ralenti par des retards, le site Centenario avait atteint deux tiers de sa capacité nominale à la fin de l'année. Ce projet devrait être le principal moteur de l'amélioration des résultats 2026, avec une contribution attendue à l'EBITDA ajusté de 139 millions d'euros, contre moins 39 millions en 2025.
« Avec son départ, Eramet entre dans une nouvelle période de transition qui rendra plus difficile la mise en œuvre des réductions de coûts et améliorations opérationnelles qui sont très nécessaires », avertit la banque d'affaires. Une contrainte d’autant plus aiguë que la situation financière du groupe reste tendue : l'endettement net est actuellement estimé à 4,8 fois l'EBITDA ajusté hors SLN et devrait rester très largement au-dessus de l'objectif de long terme d'un fois sur les prochains exercices, exposant Eramet à un risque en cas de reflux des cours des matières premières.
Une équation actionnariale toujours instable
Au-delà des enjeux opérationnels et financiers immédiats, ce départ brutal ravive les interrogations sur la gouvernance d'Eramet. « Plus généralement, le groupe a un historique de gouvernance en dents de scie avec des intérêts divergents entre les deux actionnaires principaux, la famille Duval (37 %) et le gouvernement français (30 %), qui entravent la stratégie et l'allocation de capital, le premier étant désireux de favoriser les versements aux actionnaires et le second donnant la priorité aux investissements de croissance », rappellent les analystes. Cette tension structurelle, qui pèse sur la capacité du groupe à définir une ligne claire, pourrait même compliquer le processus de désignation du successeur de Paulo Castellari.
Le groupe maintient en tout cas sa ligne de conduite stratégique, confirmant « son soutien aux équipes, fortement engagées pour améliorer la sécurité, la performance opérationnelle et réduire les coûts ». « Ces priorités restent clés dans un contexte dégradé », réitère-t-il. Eramet rappelle disposer « d'actifs de classe mondiale, en particulier pour accompagner la transition énergétique ». « Le succès de la montée en charge du site de lithium en Argentine donne au groupe un nouveau pilier de croissance et de performance. » Reste à savoir qui sera chargé de transformer ces atouts en résultats tangibles.
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