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Chez Eramet, l’État détrône la famille Duval / Une recapitalisation qui rebat les cartes

L’accord entre les deux actionnaires de référence doit permettre à Eramet de mener à bien sa recapitalisation de 500 millions d’euros. Une étape indispensable pour assainir son bilan, sans pour autant régler toutes ses difficultés financières.
Christel Bories, Présidente Directrice Générale d’Eramet. (Photo by Ludovic MARIN / POOL / AFP)
Christel Bories, Présidente Directrice Générale d’Eramet. (Photo by Ludovic MARIN / POOL / AFP)

La famille Duval s’apprête à céder à l’État son rang de premier actionnaire d’Eramet. Aux termes d’un accord dévoilé lundi soir, l’Agence des participations de l’État (APE) financera non seulement sa propre part de l’augmentation de capital de 500 millions d’euros, annoncée en février et devenue indispensable au groupe minier, mais aussi celle de Sorame-CEIR, la holding familiale présente au capital depuis 1999.

Détentrice de 27,1 % du capital, l’APE exercera ses droits préférentiels de souscription (DPS) et rachètera tout ou partie de ceux de Sorame-CEIR, qui en possède environ 37 %, moyennant une décote de 5 % sur leur valeur théorique. L’État souscrira ainsi à près des deux tiers de l’opération. « Techniquement, l’État ne joue pas le rôle d’un backstop habituel, qui relève davantage d’une garantie. Il réalise de véritables investissements pour sa part et celle de la famille », a insisté Simon Henochsberg, directeur financier, lors de la conférence téléphonique organisée dans la foulée avec les analystes. Les quelque 36 % restants seront garantis par les banques. Ce dispositif augmente « significativement les chances de succès de l’augmentation de capital », estime la banque d’investissement Oddo BHF, tout en prévenant que l’appétit des investisseurs institutionnels devrait rester limité compte tenu du profil de risque élevé du groupe.


Ni majorité ni nationalisation


L’État ne disposera pas pour autant des pleins pouvoirs. L’APE ne devra pas dépasser 49 % des droits de vote effectifs à l’issue de l’opération. Si ce plafond l’empêche de racheter tous les droits de souscription de la famille Duval, Sorame-CEIR souscrira aux actions correspondantes, puis des options d’achat et de vente permettront à l’État de les acquérir ultérieurement, sous réserve d’autorisations réglementaires et sans franchir le seuil de 50 % du capital.

L’État « ne veut pas “nationaliser” Eramet », a résumé Christel Bories, PDG du groupe. « L’État ne cherche pas à détenir le maximum du capital d’Eramet. L’État cherche d’abord à s’assurer que nous puissions exécuter rapidement, et de manière totalement dérisquée, cette augmentation de capital », a complété Simon Henochsberg. Prévu après la publication du chiffre d’affaires trimestriel le 29 octobre et avant la fin de l’année, le lancement de l’opération nécessite encore une dérogation de l’AMF dispensant l’État de lancer une offre publique obligatoire.

« Les Duval se diluent au-delà de l’effet mécanique de l’opération », a souligné le directeur financier, évoquant une « transaction conséquente » pour la famille. Celle-ci encaissera le produit de la cession de ses droits de souscription. Sorame-CEIR convertira ensuite ses actions en titres au porteur et s’engagera à ne pas détenir plus de 30 % des droits de vote. Un nouveau pacte d’actionnaires sera également conclu avec l’État. Reste à savoir jusqu’où celui-ci montera au capital : autour de 38 % selon Oddo BHF, contre 47 % dans une hypothèse étudiée par les analystes de Bank of America.


Le prix de l’urgence


La situation financière très dégradée d’Eramet explique cette reprise en main. En 2025, son EBITDA ajusté avait chuté de plus de moitié, sous l’effet notamment de la faiblesse des cours des matières premières et de difficultés opérationnelles, tandis que son levier d’endettement grimpait à 5,5 fois. Malgré la reprise de l’EBITDA au premier semestre 2026, ce ratio atteignait encore 4,5 fois fin juin, pour une dette nette d’environ 2 milliards d’euros. Faute d’augmentation de capital d’ici mi-2027, le respect des engagements bancaires et le refinancement des échéances proches seraient compromis. Ce qui n'a laissé d'autre choix au conseil d’administration que de retenir la solution portée par l’État, soucieux de sécuriser les approvisionnements français et européens en métaux critiques.

Les 500 millions d’euros ne régleront cependant pas tous les problèmes financiers d’Eramet. Alors que le groupe cherche à améliorer sa rentabilité et à céder des actifs, l’augmentation de capital « nous conforte simplement dans la volonté de ne faire aucune forme de vente forcée », explique Simon Henochsberg, précisant qu’un accord signé d’ici la fin de l’année ne pourrait être finalisé qu’en 2027. Le groupe ne reprendra par ailleurs le versement de dividendes qu’une fois son levier ajusté ramené sous 1 fois. Une perspective encore éloignée : Oddo BHF estime ce ratio à environ 3 fois fin 2026. « Notre objectif est de ramener le levier dans cette zone au plus vite, et bien avant 2030 », affirme le directeur financier, même dans l’hypothèse où Eramet déciderait l’an prochain d’étendre son usine de lithium en Argentine.

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