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Legrand enclenche la vitesse supérieure / Data centers en plein essor et pipeline M&A bien rempli
L’accélération est bel et bien enclenchée pour Legrand. Le spécialiste des infrastructures électriques démarre 2025 sur les chapeaux de roues, avec une croissance de 12,3 % de son chiffre d’affaires au premier trimestre, à 2,28 milliards d’euros. Malgré la faiblesse persistante du marché européen du bâtiment, qui pèse encore pour 40,9 % des ventes, la trajectoire engagée à la fin de 2024 se confirme. En organique, les ventes progressent de 7,6 %, soutenues par la montée en puissance des segments stratégiques, au premier rang desquels les datacenters.
"Les six premiers mois de mise en œuvre de notre feuille de route stratégique se déroulent bien", souligne à WanSquare Benoît Coquart. "On peut déjà citer trois exemples concrets : d’abord, notre croissance reste très soutenue dans les centres de données ; ensuite, nous avons annoncé depuis le début de l’année deux acquisitions – l’une aux Pays-Bas dans la santé connectée, l’autre en Australie dans les data centers. Enfin, nous avons lancé il y a quelques semaines notre nouvelle feuille de route développement durable pour 2025-2027. Tout ce que nous avions annoncé lors de notre Capital Markets Day de septembre est en train d’être déployé, de manière méthodique, dès ce premier trimestre."
À cette occasion, Legrand s’était fixé une ambition de chiffre d’affaires compris entre 12 et 15 milliards d’euros à horizon 2030, en visant une croissance annuelle hors effets de change de 6 % à 10 %, répartie entre 3 % à 5 % d’organique et 3 % à 5 % liée aux acquisitions. Pour l’exercice en cours, l’objectif reste une croissance accélérée, comprise entre 6 % et 10 % (organique et M&A), un cap réaffirmé mardi lors de la publication du premier trimestre, tout comme celui d’une marge opérationnelle ajustée (post-acquisitions) globalement stable par rapport à 2024.
Renforcer la présence sur la salle grise
Hors acquisition et effet de change, "nous visons une croissance organique comprise entre 2 % et 4 %", rappelle Benoît Coquart. "En début d’année, nous avions anticipé une hausse de 10 à 20 % dans les data centers en 2025, avec une activité stable sur le reste de notre portefeuille. À ce stade, nous pouvons dire que nous nous situerons plutôt dans le haut de la fourchette sur les data centers, entre +15 % et +20 %, et que le reste restera au mieux stable."
Le second moteur de croissance, celui des acquisitions ne devrait pas faiblir non plus, en particulier dans les data centers. "Ce n’est pas le seul domaine que nous visons, mais c’est clairement un axe prioritaire, avec de nombreuses opportunités", indique Benoît Coquart. "Notre pipeline est très fourni : nous avons de nombreuses discussions en cours, plusieurs lettres d’intention déjà signées, et certaines négociations sont très avancées. Il y a des dossiers liés aux data centers parmi elles, et je serais très surpris que nous ne réalisions pas encore plusieurs opérations dans ce domaine d’ici la fin de l’année."
Ces futures opérations pourraient aussi contribuer à rééquilibrer l’activité de Legrand dans ce segment. Aujourd’hui très concentrée sur la salle blanche (où se situent les équipements informatiques), elle devrait progressivement s’étendre à la salle grise, qui regroupe les infrastructures électriques et de refroidissement. "Nous avons un tropisme très marqué salle blanche", reconnaît Benoît Coquart. "L’an dernier, environ 80 % de notre chiffre d’affaires dans les data centers provenait de cette zone, alors que le marché est en réalité plus équilibré, voire davantage orienté salle grise."
Le groupe souhaite ainsi renforcer sa présence sur ce segment, comme en témoigne l’acquisition en 2023 de l’irlandais Davenham, spécialisé dans les tableaux électriques pour salle grise. Plusieurs discussions en cours pourraient accélérer ce rééquilibrage. "Je ne peux pas vous dire si l’on passera à un ratio 70-30 ou 60-40 d’ici deux ou trois ans, mais il y aura un rééquilibrage progressif. Les deux segments restent très porteurs", souligne-t-il.
Droits de douane : impact estimé entre 150 et 200 millions de dollars
Mais cette montée en puissance ne fait pas oublier les risques. Pour un groupe aussi internationalisé que Legrand, les droits de douane annoncés par Donald Trump le 2 avril dernier constituent un enjeu majeur, tant sur le plan financier qu’opérationnel. Alors que près de 40 % de son chiffre d’affaires est réalisé aux États-Unis, Legrand surveille de près l’évolution du contexte. Une part significative de ses coûts de production sur le territoire américain repose encore sur des importations. "Un peu plus de 50 % de notre coût des ventes est fabriqué localement, un peu moins de 50 % est importé", précise Benoît Coquart. Ces flux proviennent principalement du Mexique (environ 20 %), de la Chine (15 à 20 %), et pour le reste par exemple de l'Europe, de Taïwan, du Vietnam ou encore de l’Inde.
Face à cette exposition, le groupe s’est préparé à plusieurs scénarios. Le plus probable, selon son directeur général, reste celui d’une "normalisation progressive". Il n’anticipe ni une levée générale des barrières, ni une escalade soudaine. "Nous pensons que des droits de douane significatifs seront maintenus", explique-t-il. Legrand s’attend notamment à ce que "les 25 % sur l’aluminium et l’acier restent", tout comme ceux s’appliquant hors USMCA, l’accord de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. En revanche, les surtaxes visant la Chine pourraient être réduites, "autour de 40 %, 50 % ou 60 %, contre 145 % aujourd’hui".
Dans ce scénario central, l’impact pour Legrand pourrait atteindre "entre 150 et 200 millions de dollars de coûts additionnels". Pour y faire face, l’entreprise a d’ores et déjà mis en œuvre un plan d’action. Celui-ci combine hausses ciblées des prix "sur certaines familles de produits", réajustement des chaînes d’approvisionnement – "en transférant certaines sources d’achat de la Chine vers par exemple l’Inde ou le Mexique" – ou encore ouverture d’une seconde usine au Vietnam. Le groupe travaille également à l’adaptation de certains produits pour les rendre conformes aux critères de l’USMCA. "Ce plan, déjà engagé, doit nous permettre de compenser intégralement l’impact de ces tarifs dans nos comptes", assure Benoît Coquart.
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