Evenements / EDF / Commission d'enquête sur les aides publiques / Luc Rémont
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EDF / Commission d'enquête sur les aides publiques / Luc Rémont
Luc Rémont défend (une dernière fois) la stratégie commerciale d’EDF / Et si le vrai problème était le prix du gaz ?
Il aura fallu attendre la dernière question du rapporteur de la Commission d’enquête sénatoriale sur les aides publiques aux entreprises, Fabien Gay, pour que soit enfin évoquée l’éviction de Luc Rémont à la tête d’EDF. Et encore, pas vraiment : l’idée était plutôt de revenir sur les derniers conflits entre l’entreprise nationalisée et quelques industriels. "Certains industriels, Saint-Gobain, pour ne pas le nommer, ont pu dénoncer votre décision de mettre aux enchères des volumes d’électricité, considérant même qu’il s’agissait d’un bras d’honneur à l’industrie française. Vous avez répondu par voie de presse (Le Figaro) qu’EDF n’a pas de leçons de patriotisme à recevoir des industriels, en particulier d’une entreprise qui vit depuis des décennies de politiques publiques à la rénovation et à l’efficacité énergétique. Qu’une entreprise publique n’est pas là pour faire des subventions à des ‘petits clubs privés’. Vous avez également parlé d’un lobby d’entreprises bien installé qui a déjà mis par le passé l’ensemble du réseau électrique en risque ", a mentionné le sénateur communiste.
"EDF n’est pas une banque de subventions"…
"Je ne voudrais pas relancer une polémique inutile. Au fond, EDF est là pour faire réussir l’industrie française, c’est la mission d’EDF. Et nous sommes nous-mêmes un industriel. Nous ne sommes pas une banque de subventions. Si nos clients nous considèrent comme un industriel et viennent négocier avec nous des prix qui correspondent à notre industrie, alors je suis certain que nous sortirons les meilleurs prix possibles à l’échelle européenne et pour une durée longue", a confirmé Luc Rémont, poursuivant, "à l’inverse, des industriels, et il y en a certains, considèrent qu’EDF, en tant qu’entreprise publique, est là comme un guichet et doit définir des prix qui ne sont pas économiques pour faire subventions et peuvent servir peut-être à compenser des coûts qu’ils ont par ailleurs ".
… et ne le deviendra pas avec Bernard Fontana
Jusqu’au bout de son mandat, qui n’aura finalement duré que deux ans et demi, Luc Rémont l’assure, sa méthode fut la bonne. "Je garantis aujourd’hui que l’électricité d’EDF est la plus compétitive en Europe et même vis-à-vis des Etats-Unis, si je la compare à des électrons américains. Mais ce n’est pas au groupe EDF de compenser l’écart avec le gaz. On ne va pas se mettre à subventionner des industriels français qui sont à 90 % au gaz pour certains. Ce serait d’abord condamnable du point de vue d’EDF qui est une entreprise concurrentielle. L’Autorité de la concurrence serait tout à fait fondée à venir me taper sur l’épaule en disant ‘vous n’avez absolument pas le droit de faire ça, vous êtes en position dominante’. Ce sera condamnable ensuite pour les bénéficiaires qui disposeraient donc d’une aide d’État non déclarée et qui devraient la rembourser", a-t-il affirmé, insistant : "Voilà les réalités de ce débat qui ne concerne qu’un tout petit nombre d’entreprises qui imaginent qu’EDF est fondé à subventionner leur décarbonation. Ce ne sera pas le cas. Ils peuvent l’imaginer, même avec un autre président-directeur général, ce ne sera pas le cas non plus".
Un écart de 3 à 4 fois sur le prix du gaz américain
Sur la mise en risque du système, le futur ex-dirigeant d’EDF a fait remarquer que l’Arenh avait conduit le groupe français, bien que totalement soumis à la concurrence, à vendre son électricité pour les deux-tiers en dessous de ses coûts. "Moi, j’aimerais bien qu’un seul des industriels que vous citez accepte de travailler une année comme ça. EDF travaille depuis 13 ans avec ce système et est toujours vivante, on se demande comment", a-t-il souligné.
Selon lui au contraire, le principal sujet de compétitivité - et le moins discuté - est le prix du gaz, et notamment le prix du gaz européen rapporté à celui américain. "Ce n’est pas le prix de l’électricité qui pénalise les industriels énergo-intensifs. Si sur l’électricité, il peut rester quelques États américains avec qui nous avons un petit écart de compétitivité, celui-ci se comble rapidement à leurs dépens. En revanche, sur le prix du gaz, il y a un écart de 3 à 4 fois lié au fait qu’aux États-Unis, on le pioche dans le sol et on le consomme directement. Ce qui n’est pas le cas de l’Europe", a-t-il rappelé, usant de métaphores pour mieux se faire comprendre. "C’est comme si on avait une problématique selon laquelle le pâtissier qui fait des gâteaux au chocolat se voit potentiellement demander de compenser l’augmentation du prix de la fraise pour des pâtissiers qui fabriquent des gâteaux à la fraise. Pour l’électricien que nous sommes, cela induit des contraintes insolubles".
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