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Commission d'enquête sur les aides publiques / CMA CGM / Taxe au tonnage
Taxe au tonnage : Rodolphe Saadé dénonce un faux procès sur un régime fiscal mondial / Un avertissement direct sur les enjeux de compétitivité de la France
"Je regrette qu’en France, on ait tendance à opposer les réussites entrepreneuriales à celle du pays comme si l’une se faisait au détriment de l’autre". C’est par ces mots que Rodolphe Saadé, président-directeur général de CMA CGM, a débuté son audition devant les membres de la Commission d’enquête sénatoriale sur les aides publiques aux entreprises, ce lundi.
Soutenir CMA CGM : une affaire pas si mauvaise pour l’État
Et de fait, comme à son habitude, le rapporteur, le sénateur communiste Fabien Gay, n’a pas manqué de rappeler combien la France avait soutenu le groupe marseillais, notamment au plus fort de la crise sanitaire ou avant, lors de la crise financière de 2008. Une intervention corrigée par le président de la commission, le sénateur LR, Olivier Rietmann, rappelant que "la première entité qui avait empêché le naufrage de CMA CGM était la famille Saadé qui avait mis sur la table la quasi-intégralité de ses bien personnels. Je ne voudrais pas que l’on laisse croire que c’est l’État qui a sauvé l’entreprise".
"Si CMA CGM est un atout pour la France, c’est aussi parce que nous avons pu compter sur l’État à nos côtés. La Banque publique d’investissement (BPI) a investi 150 millions d’euros et a récupéré 435 millions d’euros. L’affaire n’était donc pas si mal pour l’État. Si tous les investissements de l’État rapportaient autant, on n’en serait pas là aujourd’hui", a rétorqué le patron de la compagnie maritime, soulignant que "notre industrie est cyclique et volatile. Nous traversons des hauts et des bas depuis 46 ans d’existence et nous investissons plus de 90 % de nos résultats dans l’outil de l’entreprise ".
Un cadre fiscal stable et cohérent
Pour Rodolphe Saadé, il était cependant légitime, dans un contexte de finances publiques sous tension, que les grands groupes français prennent leur part. "Lors des débats budgétaires pour 2025, il m’a semblé important de contribuer à l’effort national de redressement. CMA CGM s’acquittera ainsi cette année d’une contribution additionnelle exceptionnelle estimée à 500 millions d’euros", a-t-il rappelé. À celle-ci s’ajoute un impôt sur les sociétés au titre de 2024 de 180 millions d’euros en France (activités logistiques, portuaires et médias).
Mais le patron de la compagnie marseillaise de prévenir : "Cette contribution doit rester exceptionnelle, elle ne peut pas aller au-delà d’une année, c’est une condition indispensable pour préserver la compétitivité et l’attractivité de la France ". Alors que la concurrence s’intensifie, l’armateur français, troisième groupe mondial, a jugé en effet centrale le défi de la compétitivité. "Il faut un cadre fiscal stable et cohérent. […] Nous avons besoin d’un État stratège, capable de penser le long terme et de s’engager sur les grandes priorités industrielles de notre secteur, comme la décarbonation. Le transport maritime représente à lui seul 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Nous avons déjà investi 18 milliards d’euros pour verdir notre flotte dans l’objectif d’être net zéro en 2050. Nous avons aussi lancé le fonds Pulse, doté d’un milliard d’euros dont 200 millions ont été confiés à Bpifrance. Mais cela ne suffira pas si une filière de biocarburant ne se structure pas. Autre défi : l’intelligence artificielle : nous avons besoin d’un soutien clair à la recherche fondamentale ou appliquée et à la formation des talents. Tout cela est lié à la réussite de la France", a plaidé le président-directeur général de CMA CGM.
La taxe au tonnage : pas une fleur faite à CMA CGM
Interrogé sur la taxe au tonnage des navires dont le groupe bénéfice, et considérée comme une niche fiscale très coûteuse pour l’État par une partie de la classe politique (l’on parle de 5,6 milliards d’euros de dépenses en 2023), Rodolphe Saadé s’est montré direct et visiblement lassé : "Je suis encore surpris qu’on vienne sur le sujet de la taxe au tonnage. C’est un régime qui concerne toutes les compagnies maritimes mondiales, il est international. Ce n’est pas une fleur que l’État fait à CMA CGM. Nos concurrents en bénéficient aussi et eux n’ont pas à payer de contribution exceptionnelle cette année. Dans le secteur je suis le seul", a-t-il souligné, insistant, "il faut arrêter de parler de la taxe au tonnage. Ne pensez-vous pas qu’il faut penser à autre chose ? Elle est essentielle pour que la France soit au niveau de ses concurrents, Il s’agit d’un mode de taxation adapté et d’un levier stratégique pour l’attractivité du pavillon français et la compétitivité de notre secteur à l’échelle européenne".
50 % des volumes marchands entre la Chine et les États-Unis perdus en trois semaines
Un patriotisme et un ancrage en France - l’Hexagone concentre 13 % des effectifs du groupe, 33 % de ses investissements (14 milliards depuis 2019) pour 15 % de son chiffre d’affaires - que Rodolphe Saadé a aussi défendu dans le cadre de l’annonce, dans le bureau ovale à Washington, en mars dernier, de son investissement de 20 milliards de dollars aux États-Unis. "Nous investissons aux États-Unis depuis 35 ans et de manière régulière, entre 3,5 et 4 milliards par an. L’investissement annoncé est sur une période de 4 ans, nous ne sommes donc pas très loin de ce que nous faisons d’habitude. Le président Trump a voulu en faire un effet d’annonce, d’où la médiatisation. C’est le président des États-Unis, je fais 25 % de mon chiffre d’affaires aux États-Unis, j’ai la chance d’aller le rencontrer et je vais lui dire non ? Mais nous investissons également en Inde, en France, partout où nous sommes présents, à savoir… dans 160 pays", s’est-il justifié, recevant, par ailleurs, comme une bonne nouvelle la pause de 90 jours dans la guerre commerciale que se mènent les États-Unis et la Chine. "Ils ont décidé de fumer le calumet de la paix. Tant mieux pour nous tous. Pour CMA CGM, c’est une bonne nouvelle car nous allons pouvoir continuer à exporter de la marchandise d’Asie à destination des États-Unis. Depuis trois semaines, nous avons perdu 50 % des volumes, c’est énorme. Vous voyez comment du jour au lendemain, avec la géopolitique, il faut s’adapter, mais il faut aussi jongler le mieux qu’on peut ", a-t-il conclu.
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