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CMA CGM

Chez CMA CGM, la diversification change la donne / Terminaux, logistique et cargo montent en puissance

Alors que les taux de fret rebondissent dans un contexte de conflit ouvert au Moyen-Orient, la normalisation du transport maritime s’est poursuivie l’an dernier. Les résultats 2025 de CMA CGM illustrent ce nouveau cycle, marqué par une pression accrue sur les marges et par l’accélération de la stratégie de diversification du groupe.
Container ship CMA CGM Tivoli in Hamburg (Photo by CHRISTIAN CHARISIUS / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP)
Container ship CMA CGM Tivoli in Hamburg (Photo by CHRISTIAN CHARISIUS / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP)

Le rebond des taux de fret rappelle combien le transport maritime reste sensible aux soubresauts géopolitiques. L’indice mondial du fret conteneurisé bondit à 1 489 points en ce début de semaine, en hausse de 17,6 % sur un mois. Un niveau sensiblement supérieur à celui observé l’an dernier, mais qui reste très loin des sommets atteints en 2022 au plus fort de la crise logistique mondiale.

Le fait est que, si l’on ne peut encore préjuger de la durée du conflit contre l’Iran, le cycle exceptionnel du transport maritime appartient bel et bien au passé. Après l’envolée historique des taux de fret dans le sillage de la crise sanitaire, l’industrie du conteneur est revenue depuis deux ans à des équilibres plus familiers. Le mouvement de normalisation s’est encore poursuivi l’an dernier, comme l’illustrent les résultats 2025 de CMA CGM publiés vendredi : si les volumes transportés continuent de progresser, la détente des taux de fret pèse sur les revenus comme sur la rentabilité. Heureusement, le groupe marseillais commence désormais à s’appuyer sur la montée en puissance de ses activités diversifiées pour en atténuer l’impact.

 

La fin du cycle hors norme

 

L’an dernier, le chiffre d’affaires du groupe dirigé par Rodolphe Saadé a légèrement reculé à 54,4 milliards de dollars, tandis que l’Ebitda diminuait plus nettement à 10,6 milliards, faisant ressortir une marge de 19,4 %, en baisse de près de cinq points sur un an. Un nouvel épisode dans le retour du secteur à des conditions de marché plus classiques.

Car l’histoire récente du groupe épouse presque parfaitement celle du marché mondial du conteneur. En 2022, au sommet de la crise logistique mondiale, CMA CGM avait porté son chiffre d’affaires à 74,5 milliards de dollars, soutenu par des taux de fret record dans un marché encore perturbé par la congestion des ports et le manque de capacités de transport. La normalisation s’amorce brutalement dès l’année suivante : avec la détente des chaînes d’approvisionnement et le retour de capacités excédentaires, les revenus du groupe retombent à 47 milliards de dollars en 2023. Si 2024 marque un rebond à 55,5 milliards de dollars, soutenu par la reprise des volumes, les tensions en mer Rouge qui allongent les routes maritimes et l’intégration de Bolloré Logistics, en 2025, le répit n’est que temporaire.

En 2025, la normalisation du secteur s’est poursuivie, affectant directement l’activité historique du groupe : le transport maritime. Les volumes transportés progressent pourtant encore, atteignant 24,2 millions d’EVP (équivalent vingt pieds, l’unité de mesure standard des conteneurs) sur l’année. Mais cette hausse de l’activité ne se traduit pas dans les revenus. Le chiffre d’affaires maritime recule de 6,1 % et la rentabilité s’érode nettement, avec un Ebitda en baisse de près de 30 %. En cause, la diminution du revenu moyen par conteneur, qui s’établit à 1 414 dollars, soit un recul de 8,7 % sur un an.

 

Un marché redevenu excédentaire

 

Davantage de volumes, donc, mais à des prix nettement plus faibles. Les capacités mondiales continuent d’augmenter, sous l’effet des commandes massives passées par l’ensemble de l’industrie pendant la période de congestion logistique. Résultat, les taux de fret se détendent dans un marché où la demande, bien que solide, ne suffit plus à absorber l’offre nouvelle.

Les tensions persistantes en mer Rouge et dans le golfe d’Aden ont certes continué à peser sur les schémas de navigation l'an dernier, contraignant de nombreux navires à rallonger leurs routes et absorbant mécaniquement une partie des surcapacités. Mais leur effet s’est progressivement atténué au fil de l’année, privant le marché d’un facteur de soutien conjoncturel sur lequel il s’était en partie appuyé en 2024.

« Dans un environnement marqué par des incertitudes géopolitiques majeures, notre groupe enregistre en 2025 des résultats solides, portés par le dynamisme de nos lignes maritimes », souligne toutefois Rodolphe Saadé, président-directeur général de CMA CGM. Les flux du commerce mondial ont en effet poursuivi leur réorganisation, avec une progression des échanges intrarégionaux et vers les économies émergentes. Le dirigeant insiste également sur l’élargissement progressif du modèle du groupe : « La montée en puissance de nos terminaux et du fret aérien, conjuguée à nos activités logistiques, confirme la pertinence de notre modèle, qui renforce notre agilité et nous permet d’ajuster nos opérations face aux cycles de l’industrie. »

 

De nouveaux relais de croissance

 

Dans la logistique, deuxième pilier du groupe, l’activité est restée globalement stable, avec un chiffre d’affaires de 18,3 milliards de dollars et un Ebitda légèrement en retrait. Derrière cette évolution se dessinent toutefois deux dynamiques opposées. D’un côté, la rentabilité reste sous pression dans la gestion du fret, où les logisticiens organisent le transport pour le compte de leurs clients et restent très exposés à la volatilité des tarifs, ainsi que dans la logistique automobile, pénalisée par les difficultés persistantes du secteur. De l’autre, la logistique contractuelle, qui consiste à gérer dans la durée les entrepôts et les flux de marchandises pour les industriels et les distributeurs, continue de progresser.

L’évolution la plus marquante de ces résultats se situe dans les « autres activités », reflet de la stratégie de diversification engagée par le groupe. Les terminaux portuaires, le fret aérien et les médias génèrent désormais plus de 4,2 milliards de dollars de revenus, en hausse de près de 50 %, tandis que l’Ebitda a plus que doublé sur un an. Une progression nourrie par la politique d’acquisitions menée tambour battant en 2025, au service d’un objectif stratégique : renforcer la présence du groupe sur l’ensemble de la chaîne logistique.

CMA CGM a ainsi mis la main l’an dernier sur Santos Brasil, qui lui permet de contrôler le plus grand terminal à conteneurs d’Amérique du Sud au port de Santos. CEVA Logistics s’est renforcée en Turquie avec le rachat de Borusan Lojistik et a signé un accord pour acquérir Fagioli, spécialiste mondial de la logistique de projets. Dans l’intermodal, le groupe a également repris Freightliner au Royaume-Uni, tandis que son activité de fret aérien s’est étoffée avec l’intégration d’Air Belgium et le renforcement de sa flotte cargo.

 

Réduire la dépendance au cycle maritime

 

L’objectif est de réduire la dépendance aux cycles du transport maritime en contrôlant davantage les maillons de la chaîne logistique, depuis les terminaux portuaires jusqu’au transport terrestre et aérien. Une stratégie que Rodolphe Saadé entend poursuivre dans un environnement qui demeure instable, comme le rappelle la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran et ses répercussions sur les routes maritimes du Golfe, avec un trafic dans le détroit d’Ormuz quasiment à l’arrêt.

Les perspectives pour 2026 restent entourées d’incertitudes. CMA CGM n’avance pas de prévisions chiffrées précises, mais le groupe anticipe un marché toujours sous pression, marqué par la poursuite de la normalisation des taux de fret et par l’arrivée de nouvelles capacités dans la flotte mondiale.

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