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François Villeroy de Galhau / droits de douane
Droits de douane : François Villeroy de Galhau souhaite surmonter la tétanie / Un agenda "défensif" et "positif" pour y parvenir
"L’ordre international et les alliances sont bouleversés ; le commerce mutuellement gagnant et la croissance mondiale sont attaqués". Dans sa lettre annuelle au président de la République, et à ceux du Sénat et de l’Assemblée nationale, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, n’use pas d’euphémismes en évoquant les conséquences de ce qui est en train de se dérouler de l’autre côté de l’Atlantique.
Alors que le président des Etats-Unis, Donald Trump, a annoncé un accroissement sensible des droits de douane sur de nombreux pays du monde, le banquier central est revenu sur les retombées qu’un durcissement à l'ampleur inédite dans l'époque moderne de la politique commerciale américaine pourrait avoir sur la zone euro. Pour mémoire, le niveau des taxes sur les importations en provenance de cette dernière a été relevé de 20 points de pourcentage par l’Oncle Sam (il atteint désormais un peu plus de 20%).
Pour 2025, François Villeroy de Galhau évoque un coût d’au minimum 0,25 point pour la croissance européenne. "Ce chiffrage suppose que les tarifs soient maintenus à long terme et inclut une réorientation du commerce de et vers la zone euro", explique-t-il, ajoutant que plusieurs facteurs pourraient venir atténuer cet impact. La zone euro pourrait gagner en compétitivité relative par rapport à ses concurrents à qui les États‑Unis appliqueront des droits de douane plus élevés, comme la Chine, illustre-t-il. Rappelons que depuis ce matin le niveau moyen des droits sur les marchandises importées depuis l’Empire du milieu s’établit à plus de 100%, contre environ 20%¨avant le second mandat de Donald Trump.
Par ailleurs, "des accords commerciaux existants et à venir entre l’UE et d’autres économies (JEFTA 1, CETA 2, accord de libre‑échange Mercosur 3‑UE) pourraient amortir davantage les chocs tarifaires liés à la politique commerciale américaine", souligne le grand argentier.
Et en cas de riposte généralisée ? "Nos premières analyses suggéreraient qu’une rétorsion proportionnelle, avec une hausse de plus de 20 points de pourcentage, et immédiate, au deuxième trimestre 2025, aurait un effet limité pour la zone euro. En revanche, l’impact sur la croissance américaine serait plus fort, de l’ordre de – 1,5 point de PIB la première année", rapporte François Villeroy de Galhau. Aussi, il estime que serait justifiée une stratégie de représailles "proportionnelles" qui porterait sur les seuls biens de consommation. La Commission européenne fera connaître prochainement sa réponse en termes de politique commerciale.
Au cours de la conférence de presse de présentation de sa lettre, le patron de la Banque de France a indiqué qu’en plus de déployer un "agenda défensif", symbolisé par les contre-mesures commerciales, en réponse à ce "vent mauvais d’Amérique", il nous fallait mettre en place un "agenda positif". D'une part, il a mis en avant la nécessité "d'ancrer notre souveraineté monétaire", c'est-à-dire d'abord en pilotant la politique monétaire de façon "pragmatique et agile". Concrètement, "il reste une marge de baisse de nos taux directeurs", a fait savoir François Villeroy de Galhau, alors que le taux d'intérêt de la facilité de dépôt se situe actuellement à 2,50%.
Une souveraineté monétaire qui ne devra pas laisser de côté la technologie. "L’essor des stablecoins – le plus souvent adossés au dollar américain – et des autres formes de cryptoactifs pose aussi un risque de "privatisation" et de "déseuropéanisation" de la monnaie. L’Executive Order de Donald Trump du 23 janvier 2025 a suspendu et interdit tout projet de monnaie numérique de banque centrale [monnaie numérique de banque centrale de détail, ndlr]. À l’inverse, il promeut le développement des crypto‑actifs, en particulier des stablecoins, dont il prévoit l’harmonisation du cadre réglementaire. Ces développements pourraient provoquer, en l’absence d’alternative européenne, une dépendance lourde à des émetteurs uniquement privés et non européens", a alerté le Français.
D'autre part, sur un plan hexagonal, François Villeroy de Galhau, a appelé à "reconquérir notre souveraineté budgétaire", ce notamment en stabilisant les dépenses publiques en volume durant les prochaines années. Un objectif on ne peut plus compliqué à atteindre alors que les dépenses de défense et d'intérêts seront de celles qui vont progresser à un rythme supérieur à l'inflation.
En outre, "il faut viser à l’augmentation de notre croissance potentielle, que nous devons pouvoir porter d’environ 1% aujourd’hui à 1,5%".
Comment ? "Investir dans le travail", rétorque François Villeroy de Galhau. "C’est le levier décisif de notre prospérité, et il est entièrement entre nos mains. En France, travailler plus collectivement, c’est combler le retard de taux d’emploi, de plus de 15 points, que nous avons tant sur les jeunes – c’est la réforme de la formation – que sur les seniors. Pour ceux‑ci, la discussion en cours sur les retraites porte donc non seulement des enjeux de solidité financière, mais aussi de force économique. Mais c’est aussi travailler mieux, avec de la productivité retrouvée notamment grâce à l’intelligence artificielle", peut-on lire dans la lettre.
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