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Macro-économie / Taux / François Villeroy de Galhau / Banque de France / Lettre au Président

Macro-économie / Taux
François Villeroy de Galhau / Banque de France / Lettre au Président

La dernière lettre au président de la République de François Villeroy de Galhau a des airs de bilan de santé / Le gouverneur de la Banque de France a regardé la situation de l’économie tricolore sous toutes ses coutures

Tout en se défendant d’en faire un testament, la dernière lettre au président de la République de François Villeroy de Galhau dresse des constats qui visent à permettre à la France de reprendre en main son destin économique. Le gouverneur de la Banque de France se prêtait pour la onzième fois à l’exercice et a choisi de revenir sur l’évolution de la France depuis 2010 à travers une quarantaine d’indicateurs. Un travail faisant émerger un triptyque de priorités à régler afin de remettre la France sur de bons rails.
François Villeroy de Galhau. Photo par ALEX WONG / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP
François Villeroy de Galhau. Photo par ALEX WONG / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP

Une nécessaire prise de hauteur. Perpétuant la tradition, entamée en 1945, de la lettre adressée par le gouverneur de la Banque de France au président de la République, voici que François Villeroy de Galhau n’a pas fait de mystère. Ses premiers mots appellent à ne pas uniquement se focaliser sur l’urgence associée au conflit au Moyen-Orient, au risque de ne pas arriver à faire les bons choix pour l’économie française. Il demeure en effet optimiste pour cette dernière, expliquant qu’elle « peut retrouver d’ici moins de dix ans une croissance potentielle d’environ 1,5 % par an contre à peine plus de 1 % aujourd’hui, et cela changerait beaucoup de choses ».

La reprise en main de son destin économique par l’Hexagone passerait par trois chantiers prioritaires. Le premier d’entre eux se trouvant être l’amélioration de l’efficacité de la dépense publique, essentielle pour parvenir à la fois à conserver le modèle social intact et sans laquelle « nous ne devons plus rêver de baisses d’impôts non financées ». Le deuxième point soulevé par François Villeroy de Galhau insiste sur le fait que « si notre pays poursuit des choix gérontocratiques, il ne pourra pas bien préparer l’avenir », alors que pour l’heure il voit l’héritage de la jeunesse s’alourdir un peu plus chaque jour sous le poids des déficits. Ces derniers reportant la charge de la dette et des retraites sur d’autres générations que celles qui en bénéficient actuellement.

 

Serpent qui se mord la queue

 

Les difficultés de la jeunesse n’aident en rien à résoudre le dernier volet du triptyque, consacré à la problématique de la qualité et du volume global de travail. Le gouverneur de l’institut d’émission expliquant que « la France peut croître plus si collectivement elle travaille plus, notamment par l’emploi des seniors, et davantage encore si elle travaille mieux ». Le regard qu’il porte sur les quinze dernières années constate que les progrès réels sur le front de l’emploi ont été acquis au prix d’une baisse certaine de la productivité dans l’Hexagone.

La recherche de solutions semble ne pas devoir se cantonner aux frontières françaises, le banquier central soulignant que sur l’ensemble des critères observés – allant de la santé à l’éducation, en passant par la R & D ou encore la compétitivité – il remarque « que les pays d’Europe du Nord, et en particulier les Pays-Bas, la Suède et le Danemark, apparaissent en Europe comme les plus performants globalement » et lui font dire qu’ils « montrent qu'on peut réconcilier Keynes et Schumpeter ». Ce qui ne veut pas dire que la France n’a connu que des mauvaises nouvelles depuis 2010, loin de là puisque sur cette période le pays a connu une des inflations les plus faibles de la zone euro - 1,9 % - et en a profité pour améliorer le pouvoir d’achat de sa population et gagner en compétitivité coût.

 

Nœud gordien

 

Une autre bonne nouvelle, celle d’une croissance annuelle demeurée très proche de celle de la zone euro - 1,1 % contre 1,2 % - résume cependant l’étendue du problème soulevé par François Villeroy de Galhau. Elle a en effet été obtenue au prix d’une hausse de la dette publique de près de 30 points de PIB, là où le reste de l’Europe a connu une quasi-stabilité dans le même temps. Revenant à des préoccupations proches du quotidien des Français, il a rappelé le cap à tenir pour les pouvoirs publics face à la crise énergétique actuelle. Dont les effets se précisent comme étant ceux d’un « choc d’offre négatif, entraînant partout moins de croissance et plus d’inflation, et visible déjà sur les premières estimations de l’activité française pour le premier trimestre, et de la hausse des prix d’avril ».

Reprenant un message porté par les institutions internationales, il a martelé que « les soutiens budgétaires, souvent demandés, s’avèrent à l’expérience coûteux, dispersés, voire contre-productifs en alimentant la demande de pétrole et donc la hausse des prix ». Le cas échéant, si des mesures étaient prises, elles devraient nécessairement être à la fois temporaires et extrêmement ciblées et ce tout « particulièrement en France qui n’a pas de marge budgétaire et doit impérativement réduire son déficit public ». Parmi les messages positifs véhiculés par ses soins ce lundi matin, on peut discerner l’affirmation qu’en l’état actuel des choses « la France devrait garder une croissance ralentie mais positive » et que « l’inflation, après une poussée pouvant être sensible en 2026, reviendrait ensuite sous sa cible de 2 % ». La pertinence des investissements dans la transition énergétique lui semble également être renforcée par cet épisode.

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