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Les résultats de Bpifrance sont toujours sur de bons rails / Deux tendances à l'œuvre du côté de l'activité "fonds de fonds"

Si la performance annuelle moyenne du portefeuille de la banque publique d’investissement a été quelque peu touchée par les mauvaises passes de certaines grandes entreprises de la cote parisienne en 2024, à l’inverse de ce qui s’était produit l’an passé, son résultat net s’est maintenu à son rythme de croisière attendu. La distribution des fonds dont Bpifrance est le souscripteur a finalement été bien plus élevée que prévu. Mais cela n’a pu se réaliser, dans certains cas, qu’au prix de la révision des valorisations des participations. Un retour au pragmatisme qui pourrait finalement être de bon augure, tandis que la solidité financière de la banque lui permettra de continuer d’être au rendez-vous de l’économie française pour la suite.
(Photo by Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
(Photo by Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

La lecture des résultats financiers de Bpifrance représente toujours un bon indicateur des tendances qui se dessinent sur toute la chaîne de l’écosystème des entreprises tricolores. En 2024, la banque publique d’investissement a injecté 60 milliards d’euros dans l’économie française et est parvenue, d’un autre côté, à générer un résultat net de 896 millions d’euros. Il s’affiche, certes, en recul de 20 % sur un an. "Mais nous nous situons dans les ordres de grandeur dans lesquels nous devons être - soit entre 800 millions d’euros et 1,2 milliard d’euros - sachant que notre résultat est, par construction, volatil", explique Arnaud Caudoux, le directeur général adjoint de Bpifrance, à WanSquare.

La performance annuelle moyenne du portefeuille de Bpifrance ressort, de son côté, à 5,2 % au titre de l’année 2024, contre 7,1 % en 2023. "Les deux grandes lignes que représentent Stellantis et STMicroelectronics dans notre portefeuille ont rencontré une mauvaise année. Cela lui a fait perdre de la valeur, mais la mécanique était inversée l’année dernière. C’est finalement consubstantiel à nos activités, puisque l’écart entre 2023 et 2024 est presque exclusivement lié à ces deux épisodes", poursuit-il.

 

Un produit net bancaire en hausse

 

Par exemple, la contribution au résultat des participations mises en équivalence (MEE, qui sont comptabilisées ainsi lorsque Bpifrance exerce une influence notable ou un contrôle conjoint dans une entreprise, principalement Eutelsat et STMicroelectronics) est en recul de 42 %, du fait de la baisse du résultat net du fabricant de semi-conducteurs l’an passé et de l’évolution de son cours de Bourse. Au total, cette contribution des MEE au résultat était de 315 millions d’euros en 2023. Elle a atterri à 183 millions d’euros au titre de l'année dernière. Tout en haut du compte de résultat, le produit net bancaire (PNB) est en revanche orienté à la hausse, de 4 % plus précisément, à 2,1 milliards d’euros. Le montant se décompose tout d’abord d’une marge nette d’intérêt de 720 millions d’euros, en hausse de 9 % sur un an, malgré une année marquée par l’instabilité des taux longs. Bpifrance emprunte, pour mémoire, ses fonds sur les marchés puisque la banque n’a pas de dépôts.

Vient ensuite la perception des dividendes des participations directes, qui s’est maintenue à 613 millions d’euros en 2024, en hausse de 3 % sur un an. "C’est un niveau exceptionnel, qui ne sera sûrement pas atteint de nouveau en 2025", remarque Arnaud Caudoux. Et, enfin, une contribution de l’activité "fonds de fonds" qui est restée modérée : les 140 millions d’euros de PNB qu’elle représente sont en recul de 4 % sur un an, en raison d’une nouvelle revue des valorisations dans le capital-risque. Et ce malgré d’autres signaux positifs. "L’année 2024 reste une année de faible progression de valeur pour le capital-risque. Mais au total, la distribution des fonds dont nous sommes souscripteurs a été exceptionnellement bonne, bien plus qu’anticipé", atteste Arnaud Caudoux. Dans le détail, elle s’est élevée à 960 millions d’euros en 2024, soit une hausse de 44 % sur un an. 

"Le potentiel d’accélération est là : les fonds ont conscience qu’ils doivent retourner des liquidités à leurs investisseurs pour qu’ils souscrivent à nouveau. Car les délais de levées de fonds ont continué de s’allonger singulièrement l’année dernière. Bpifrance fait toujours partie des premiers investisseurs à s’engager, mais nous attendons par la suite un certain temps avant que les closing ne soient réalisés et que les appels de fonds débutent", indique Arnaud Caudoux. Bpifrance a par exemple souscrit à hauteur de 1,7 milliard d’euros dans ses fonds partenaires (un record) l’année dernière, tandis que 1,1 milliard d’euros ont été décaissés à la suite d’appels de fonds. "La reprise active des distributions, qui a surtout été marquée au deuxième semestre, s’est aussi accompagnée de l’acceptation de la baisse des valorisations des participations dans certains cas. Mais cela reste une bonne nouvelle : la réalité a fini par s’imposer lorsque c’était nécessaire. Les plus-values ont sûrement été moins importantes que ce qui avait été prévu, mais rendre du cash aux investisseurs permet au moins de remettre la machine en marche", souligne le directeur général adjoint de Bpifrance.

 

La solidité financière pour répondre à l’appel

 

Ce pragmatisme pourrait d’ailleurs être de bon augure pour la suite, prédit Arnaud Caudoux : "Certaines activités se portent bien, d’autres moins. Les premières sont tirées, en premier lieu, par l’intelligence artificielle, il est difficile pour l’heure de savoir lesquelles sont survalorisées. Mais pour les secondes, une bonne partie du constat permettant de revenir à des valorisations plus justes a au moins déjà été réalisée", estime-t-il. Le capital-développement, qui performe toujours bien, devrait de son côté être porté par la remontée des valorisations des entreprises européennes sur les marchés cotés.

Reste donc à voir de ce qu’il en sera l’année prochaine. D’une manière générale, le niveau d’incertitude grandissant pèse nécessairement sur les entreprises et sur leurs investisseurs. Mais Bpifrance pourra compter sur la robustesse de sa solidité financière pour continuer à être au rendez-vous de l’économie française et réagir en cas de choc imprévu. Son ratio de solvabilité financière CET1 a atteint 27,36 %, pour une exigence réglementaire globale fixée à 13,27 %, tandis que sa situation de liquidité est plus que confortable. Son ratio de liquidité court terme (LCR) s’établit à 280 % (l’exigence prudentielle est, de son côté, de 100 %) et sa réserve de liquidité représente 19,7 milliards d’euros.

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