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Stellantis / Etats-Unis / John Elkann / Donald Trump

Stellantis organise son grand retour aux États-Unis / Un chèque de plusieurs milliards de dollars pour investir dans ses sites

Le constructeur automobile va redémarrer l’une de ses usines dans l’Illinois et investir massivement dans plusieurs autres. Une manière de se prévenir des droits de douane qui menacent ses importations dans le pays, mais aussi d’y regagner du terrain, alors que sa situation y est particulièrement critique depuis plusieurs mois.
(Photo by MARCO BERTORELLO / AFP)
(Photo by MARCO BERTORELLO / AFP)

Craintes de futures barrières douanières ou opération rattrapage aux États-Unis ? Probablement un peu des deux. Mais il n’empêche que le résultat est le même : Stellantis a prévu d’investir 5 milliards de dollars dans les usines nationales du groupe. Une nouvelle rapportée tout d’abord par le Financial Times, ayant consulté un courriel interne adressé au personnel par le responsable des opérations américaines du constructeur automobile  Antonio Filosa, qui ferait partie des candidats pressentis pour accéder à la nouvelle direction générale du groupe.

Cette annonce prend la suite d’une rencontre entre le président exécutif de Stellantis John Elkann et Donald Trump, en amont de son investiture. C’est alors que le dirigeant (intérimaire depuis le brusque départ de Carlos Tavares) a d’abord fait savoir au nouveau président que l’empreinte manufacturière du groupe franco-italo-américain allait être renforcée aux États-Unis. Et la Maison Blanche n’a pas manqué de s’en féliciter. "Sous la direction du président Trump, Stellantis ramène 1 500 emplois dans l’Illinois [en réouvrant] Belvidere et investit à Détroit, dans l’Ohio et dans l’Indiana. Le renouveau industriel américain est là – bienvenue à l’âge d’or", a-t-elle écrit sur le réseau social X.

Dans le détail, les projets de Stellantis comprennent donc une première enveloppe d’1,2 milliard de dollars, destinée à son usine d’assemblage de Belvidere, qui devrait être utilisée pour construire un nouveau pick-up de taille moyenne. Plusieurs autres sites profiteront du reste des investissements, notamment afin de produire une nouvelle voiture Dodge dans le Michigan et des camions Jeep dans l’Ohio, ou bien pour porter les fabricants de moteurs dans l’Indiana.

 

Exposition défavorable

 

La première explication à ces annonces est certainement à aller chercher du côté des tarifs douaniers. Donald Trump avait brandi la menace en campagne et l’a réitérée depuis son investiture : il voudrait en imposer au Mexique et au Canada, de l’ordre de 25 %, à compter du 1er février. Or, selon les calculs de plusieurs bureaux d’études, le groupe né de la fusion entre Fiat Chrysler et PSA importerait environ 40 % des véhicules qu’il vend aux États-Unis de ces deux pays. Moody’s a aussi estimé dans un récent rapport que le groupe faisait partie des trois Européens - avec Volkswagen et Volvo – à être les plus exposés aux droits de douane potentiels de l’administration Trump.

Une bonne raison d’investir dans ses sites de production sur place. Mais pas seulement. En 2023, une grande grève conduite par le syndicat de l’automobile United Auto Workers (UAW) avait entraîné la promesse, par le groupe, de réouvrir le site de Belvidere. Sauf qu’en août 2024, les résultats semestriels décevants de Stellantis avaient poussé Carlos Tavares à revenir sur cette décision.

Certes, les tensions entre le dirigeant d’alors et les différentes parties prenantes américaines de Stellantis (qu’il s’agisse des syndicalistes, des concessionnaires ou des fournisseurs) étaient régulièrement racontées de part et d’autre. Mais les mauvaises performances du groupe, tout particulièrement dans le pays, n’étaient aussi pas un mystère. C’est notamment pour cette raison qu’un sévère avertissement sur les résultats annuels avait été annoncé aux marchés en septembre dernier. Car outre un environnement de marché concurrentiel féroce, dont en Europe, Stellantis souffre depuis quelque temps de problèmes opérationnels outre-Atlantique.

 

En attendant

 

Alors que les prix du constructeur automobile n’avaient de cesse de grimper, contribuant ainsi jusqu’alors à sa fameuse marge à deux chiffres grâce à des coûts réduits en parallèle, les clients ont fini par se détourner de ses produits. Aux États-Unis, les stocks se sont accumulés et les parts de marché ont chuté. Au troisième trimestre, les facturations et ventes de Stellantis avaient respectivement reculé de 42 % et 36 % sur un an en Amérique du Nord. La direction avait alors tenté de se montrer rassurante pour la suite.

Le plan de réduction de stocks aux États-Unis suivrait bien son cours, tandis que de premiers progrès en matière de stabilisation des parts de marché dans le pays seraient à l’ordre du jour. "La normalisation des stocks des concessionnaires américains place l’entreprise dans une position solide pour soutenir l’arrivée des nouveaux produits de Jeep, Ram et Dodge en 2025", a aussi souligné Stellantis la semaine dernière, en révélant ses estimations de facturations consolidées (soit les volumes de véhicules livrés aux concessionnaires, distributeurs ou directement par l’entreprise aux clients de détail et aux flottes, qui déterminent directement la reconnaissance du revenu) pour le quatrième trimestre de 2024.

Ces dernières ont baissé de 28 % en glissement annuel en Amérique du Nord au titre de la période, tandis que les ventes, bien qu’en recul de 5 %, ont rencontré un déclin plus modeste. "La baisse plus importante des facturations reflète les initiatives de réduction des stocks, où la discipline de production combinée à des mesures incitatives a entraîné une diminution d’environ 80 mille unités les stocks des concessionnaires américains par rapport à la fin du troisième trimestre, terminant la période avec un peu plus de 300 mille unités", a ajouté Stellantis. Dans le courriel adressé à ses employés américains à la suite des annonces d’investissements, le groupe a d’ailleurs de nouveau souligné qu’il se concentrait sur l’augmentation de ses parts de marché et sur celle de ses volumes de ventes dans le pays. Plus de détails seront connus le 26 février prochain, lorsque le groupe présentera ses résultats annuels de 2024.

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