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Arcelormittal / acier / alain le grix de la salle

ArcelorMittal attend des réponses européennes de pied ferme / Une industrie sidérurgique bien mal en point sur le Vieux continent

Chute de la demande, concurrence internationale, coût du carbone : auditionné par la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, le président d’ArcelorMittal France, Alain Le Grix de la Salle, n’a pas caché ses inquiétudes à propos de l’avenir à court terme de l’industrie sidérurgique du Vieux continent. Et n’a pas manqué, également, de faire valoir l’urgence d’une réponse de la Commission européenne aux préoccupations de sa filière.
Alain Le Grix de La Salle, président d'ArcelorMittal France, auditionné par la Commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale (crédit : Assemblée nationale)
Alain Le Grix de La Salle, président d'ArcelorMittal France, auditionné par la Commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale (crédit : Assemblée nationale)

Le constat est sans appel. "La sidérurgie en Europe est en crise. Je ne peux pas prendre le moindre engagement. Tous les sites en Europe, quel que soit le pays, sont à risque. Et donc en France aussi", a indiqué le président d’ArcelorMittal France, Alain Le Grix de la Salle, entendu mercredi par les membres de la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Une réponse en écho aux nombreuses questions des députés qui se sont enchaînées à ce sujet au fil de l’audition, du fait de l’annonce de la fermeture de deux des sites de services du groupe, à Reims et Denain, au mois de novembre.

Les négociations, notamment à propos du reclassement des employés, suivent leur cours, a pointé Alain Le Grix de la Salle. Et devraient être bouclées d’ici à la fin du mois. "Je voudrais, en aparté, souligner que sur les cinq dernières années, le total des effectifs français d’ArcelorMittal n’a pas bougé. Ils étaient de 15 400 en 2019 et le sont toujours. Il y a des plus et des moins, mais le total est resté stable, quand le marché baissait de son côté de 20 % ou 30 %", a-t-il ajouté plus après, faisant aussi remarquer que le groupe avait investi 1,7 milliard d’euros en France sur cette même période. Un montant qui ne prend cependant pas en compte les fonds qui devraient être dédiés à la décarbonation. ArcelorMittal a en effet décidé de reporter son grand projet à 1,8 milliard d’euros d’acier vert à Dunkerque, pour lequel les aides d’État pourraient grimper à 850 millions d’euros.

 

Dans l’attente du Plan Acier

 

"Nous espérons avoir de la Commission européenne une communication et des réponses à nos questions d’ici à la fin du premier trimestre. Nous attendons le Plan Acier pour début mars. À partir du moment où la sidérurgie européenne aura ces réponses, nous serons en mesure de clarifier nos plans d’investissements en décarbonation durant le deuxième ou troisième trimestre, […] ou dès lors que la Commission européenne confirmera son soutien aux difficultés que nous avons actuellement", a relevé Alain Le Grix de la Salle. Pour entreprendre ce projet d’acier vert, "il nous faut une visibilité sur l’environnement réglementaire. Aujourd’hui, nous n’avons aucune garantie de rentabilité pour ces investissements", a-t-il admis.

De la visibilité sur la rentabilité de ses engagements, le sidérurgiste devrait effectivement en avoir besoin. Car celle qu’il a de son marché est brouillée. À cet égard, trois facteurs ont été mis en avant par le président français du pensionnaire du CAC 40. D’abord, le niveau excessif des importations. Au quatrième trimestre de 2024, un tiers du marché européen était servi par de l’acier importé. Ensuite, un coût du carbone trop élevé et un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) pas assez efficace. Et pour finir, une demande qui s’érode, du fait de la mauvaise santé de l’industrie automobile et du secteur de la construction entre autres, d’un coût de l’énergie plus élevé en Europe qui fragilise les entreprises, dans un contexte économique pénalisant particulièrement les PME et ETI clientes du groupe.

 

Rude concurrence

 

Résultat : la demande d’acier a reculé de 20 % en Europe sur les cinq dernières années.  Et les clients "ne sont pas prêts à payer un premium pour un acier bas carbone, alors qu’il coûte plus cher à produire", a aussi expliqué Alain Le Grix de la Salle. Pour le président d’ArcelorMittal France, de nouveau, l’Europe sera la seule réponse opportune. "Nous avons besoin en Europe d’un cadre et de règles qui nous permettent d’opérer dans des conditions de concurrence loyale", a-t-il estimé. De fait, par exemple, le coût du CO2 pour un producteur basé en Europe représente 10 % du prix de vente de son acier, a-t-il observé.

En 2030, cette proportion devrait même grimper à 25 %. Un poids qui n’est en revanche pas porté par les concurrents chinois, a poursuivi Alain Le Grix de la Salle : "Leur acier arrive en Europe à des niveaux de prix inférieurs à nos prix de revient". Sans mesures urgentes et concrètes visant à renforcer la compétitivité des producteurs européens et permettant de garantir des règles du jeu équitables, les investissements en décarbonation ne pourront donc être décidés, a-t-il insisté.

 

Des surcapacités structurelles

 

D’autant que l’industrie sidérurgique souffre, de plus, d’un phénomène structurel de surcapacités mondiales - de 550 à 600 millions de production de tonnes d’acier annuelles précisément. Soit quatre à cinq fois la production de l’Europe. "Pour ne parler que de la Chine, elle a exporté 100 à 120 millions de tonnes l’année dernière. C’est l’équivalent de toute la production européenne. De nombreux pays, à l’instar des États-Unis, se protègent et ferment leurs frontières avec des tarifs douaniers", a illustré Alain Le Grix de la Salle. À titre d’exemple, en dix ans, la part des importations dans la consommation d’acier plat a reculé de 25 % outre-Atlantique. En Europe, sur la même période, elle augmentait de 65 %.

Un ensemble de facteurs qui, conjugués, forment un cocktail amer pour l’industrie sidérurgique européenne. "Cette réalité a été soulignée à maintes reprises par EUROFER [l’association représentant les acteurs de l’acier en Europe, ndlr] auprès de la Commission européenne et par Mario Draghi dans son rapport. Par ailleurs, la liste des restructurations lourdes et des fermetures en Europe s’allonge", a regretté Alain Le Grix de la Salle, faisant notamment référence à l’Allemand ThyssenKrupp qui prévoit de supprimer 40 % de ses effectifs d’ici à 2030. "Le tissu industriel doit être soutenu, nous dépendons de nos clients. Nous devons nous aligner sur la demande et adapter nos capacités de production. […] Cette période de crise nous contraint à prendre des décisions difficiles", a-t-il reconnu.

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