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Levées de fonds / levées de fonds / EY / French Tech / capital-risque

Levées de fonds
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Les fonds levés dans la French Tech ont encore perdu du terrain en 2024 / L'IA générative, le relais de croissance français

La dissolution de l’Assemblée nationale a finalement mis un coup de frein aux fonds levés dans le capital-risque français en 2024. Sans surprise, l’intelligence artificielle générative a régné en maître sur les opérations tricolores, tandis que la France tient le haut du pavé dans l’Union européenne en la matière et qu’elle joue des coudes avec le Royaume-Uni. Quelques signaux d’attention pour l’année à venir subsistent, notamment en ce qui concerne la structure des opérations les plus financées.
(Photo by Riccardo Milani / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
(Photo by Riccardo Milani / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

Il s’en est fallu de peu. Si la France a conservé en 2024 sa deuxième place sur le podium des fonds levés en Europe, l’écart avec l’Allemagne s’est nettement resserré, selon les chiffres du baromètre annuel du cabinet d’audit et de conseil EY sur le capital-risque. L’année dernière, 723 opérations auront permis à la French Tech de lever 7,77 milliards d’euros, ce qui représente un recul de 7 % en valeur et une légère augmentation en volume (715 opérations avaient été recensées en 2023). À l’inverse, outre-Rhin, les financements sont repartis à la hausse - de 11 % plus précisément - permettant aux start-ups allemandes de lever 7,35 milliards d’euros. Le Royaume-Uni et ses 14,07 milliards d’euros, malgré une chute de 16 % de la valeur de ses levées de fonds et de près de 30 % en volume, fait quant à lui toujours la course en tête en Europe.

Il faut dire que le deuxième semestre de 2024 a été tout particulièrement contrariant pour le capital-risque français. Les financements qui lui sont accordés se sont grevés de 14 %, pour atterrir à 3,51 milliards d’euros. "Le premier semestre avait été stable, avec un mois de juin dynamique. Nous nous attendions à une fin d’année alignée sur cette tendance. C’était sans compter la dissolution de l’Assemblée nationale, juste avant les Jeux olympiques. Cela a créé un vrai marqueur d’instabilité, alors que les investissements reposent sur la confiance et que toute opération nécessite deux à trois mois de préparation en amont", explique à WanSquare Franck Sebag, associé chez EY.

 

Le sujet greentech

 

Certes, le deuxième semestre de 2023 avait été marqué par la levée de fonds de plus de 800 millions d’euros de Verkor, ce qui rend nécessairement la base de comparaison plus défavorable. Et le secteur des greentechs, qui avait largement soutenu les financements de la French Tech l’année dernière, se retrouve lui aussi davantage à la peine. "Les déboires d’Ynsect ne sont pas rassurants pour les investisseurs. Dans cet univers industriel, les ouvertures d’usines nécessitent aussi des autorisations. On ne peut pas dire que le deuxième semestre ait été fluide au niveau des collectivités", ajoute Franck Sebag.

Avec 1,9 milliard d’euros levés, la greentech retombe en effet à la deuxième place du classement sectoriel, même si deux de ses représentantes, les spécialistes respectifs de la recharge électrique et de la mobilité à hydrogène, Electra et HysetCo, figurent parmi le "top cinq" des investissements de l’année, grâce à leurs levées de fonds de 304 millions et 200 millions d’euros. "La tectonique des plaques sectorielles est intéressante. Le logiciel revient en pole position grâce à l’intelligence artificielle générative (IAG), qui représente désormais un vrai relais de croissance", estime Franck Sebag. Car sans surprise, c’est évidemment la technologie qui a concentré l’attention des investisseurs l’année dernière.

 

L’IA générative française en vedette

 

Les opérations dans le secteur des logiciels ont raflé plus de 3 milliards d’euros de financements en 2024, ce qui représente une hausse de 46 % sur un an. Parmi les grandes levées de fonds de l’année, l’on y retrouve évidemment celle de Mistral AI (468 millions d’euros), de Poolside AI (453 millions d’euros) ou encore de HR Path (253 millions d’euros). Et si la French Tech reste surplombée par le Royaume-Uni en termes de financements, sur l’IAG, en revanche, elle se retrouve au coude-à-coude. Sur cette seule verticale du logiciel, les start-ups tricolores ont levé 1,62 milliard d’euros (1,59 milliard de dollars) grâce à une vingtaine d’opérations, contre 1,63 milliard d’euros au Royaume-Uni (1,6 milliard de dollars), avec un nombre de levées de fonds quasi-triplé. L’Allemagne, quant à elle, n’a levé que 620 millions de dollars sur la thématique, pour un nombre d’opérations équivalent à la France.

"La France a toujours été un hub d’excellence en intelligence artificielle. Si l’on regarde le verre à moitié plein, l’hyper-centralisation des levées de fonds dans la région parisienne permet au moins à l’écosystème d’entretenir des liens étroits et aux opérateurs étrangers de savoir à qui s’adresser. Le phénomène est le même au Royaume-Uni, les investissements se réalisent quasi-exclusivement à Londres", observe Franck Sebag. Et de poursuivre : "Les grandes technologies d’IAG reposent sur des recherches françaises, une bonne partie des acteurs du secteur sont issus de nos meilleurs laboratoires. L’Etat a également joué un rôle significatif dans l’essor de l’IAG, avec Bpifrance qui a été un vrai stabilisateur. Les dispositifs fiscaux jusqu’ici en vigueur, comme le CIR ou le JEI, sont aussi de vrais atouts". La France s’installe donc parmi les grandes figures de proue du secteur en Europe, où 4,14 milliards de dollars ont été levés en IAG en 2024.

Mais la différence entre les États-Unis et le Vieux continent reste abyssale, alors que plus de 38 milliards de dollars ont été levés par les start-ups américaines d’IAG. Effectivement, les levées de fonds à plusieurs milliards de dollars des vedettes du secteur, avec OpenAI, Anthropic ou xAI en cheffes de file, permettent toujours au pays de creuser l’écart. Plus globalement et tous secteurs confondus, les start-ups américaines ont aussi vu leurs financements repartir à la hausse en 2024. "Au niveau mondial, c’est la première fois depuis 2022 que les courbes européennes et américaines se croisent, c’est un point marquant de 2024", souligne Franck Sebag.

 

Au programme en 2025

 

"L’envolée des valorisations outre-Atlantique pourrait, dans une certaine mesure, représenter une bonne nouvelle pour les start-ups européennes en 2025. Avec l’euro qui s’est affaibli face au dollar, les investissements sont bien moins chers en Europe, ce qui pourrait pousser les opérateurs américains à faire leur retour. D’autant que nous avons des sujets réglementaires importants, comme l’AI Act ou le Data Act et qu’il n’est pas possible de faire l’impasse sur un marché de 480 millions de consommateurs. Cela représenterait une bonne nouvelle pour les financements, mais à double tranchant : avons-nous envie que nos plus belles start-ups soient absorbées par des fonds américains ?", s’interroge Franck Sebag.

Autre point d’attention qu’il faudra surveiller l’année prochaine dans la French Tech : celui de la taille des opérations. Les levées de fonds supérieures à 100 millions d’euros se sont en effet appréciées en 2024, tout comme celles inférieures à 10 millions d’euros. Mais entre les deux, c’est le trou d’air, avec des montants levés et un volume d’opérations en net recul. Nombre d’investisseurs ont commencé à investir dans les stades "seed" depuis 2022, quand les prix en "late stage" étaient devenus trop chers et que des clubs deals se sont structurés en fonds d’investissement, souligne l’associé chez EY. La tendance est toujours de mise, dans un environnement de marché pourtant différent. "Au cœur d’une période incertaine, il est plus facile de mettre un ticket de deux millions d’euros dans une entreprise à potentiel que d’investir 50 millions d’euros dans une start-up qui va atteindre son marché de niche dans les six prochains mois. Sur les opérations supérieures à 100 millions d’euros, où les efforts ont été concentrés sur l’IAG, il est aussi quelque part plus évident de suivre d’autres investisseurs sur une grande levée de fonds et dans un secteur aussi porteur. Tout ceci pose néanmoins un problème : le risque pour 2025, lorsque l’on n’injecte pas des fonds dans tout l’écosystème, est de rétrécir la base des technologies disruptives qui se créent, quand le plus important est à l’inverse de l’élargir", prévient Franck Sebag.

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