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Valeo / Christophe Périllat

exclusif L'année 2025 vue par... Christophe Périllat / Directeur général de Valeo

EXCLUSIF. WanSquare a demandé à des économistes et dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2025 après une année 2024 marquée notamment par des tensions géostratégiques toujours aussi prégnantes, le début de la normalisation monétaire, de fortes incertitudes politiques en France ou encore la prise de conscience collective du décrochage de l’Europe. Chaque jour, nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez et leurs attentes pour l’année qui vient. Une série à lire, partager et conserver précieusement.
Christophe Périllat, le directeur général de Valeo
Christophe Périllat, le directeur général de Valeo

Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2025 ? De quelle manière les risques géopolitiques (Ukraine, Moyen-Orient, nouvelle administration Trump, élections fédérales allemandes) sont-ils susceptibles d’affecter vos prévisions ? Comment anticipez-vous leurs impacts sur vos activités ?

 

Ces facteurs, dont la portée est mondiale, ne dépendent pas de nous mais nous touchent plus que nous l’avions prévu initialement.  L’industrie automobile est au coeur de cette tempête: l’environnement économique dégradé pèse sur le marché automobile, l’incertitude réglementaire rend volatile la demande de véhicules électriques et nos clients constructeurs repoussent le démarrage de leurs nouveaux modèles, que les révolutions technologiques en cours rendent plus difficiles à mettre au point.

Tous ces facteurs nous ont amenés à réviser notre prévision de chiffre d’affaires 2024.

En revanche, pour ce qui dépend de nous, nous confirmons notre programme d’amélioration structurelle du cash et de la profitabilité du groupe, en 2024 comme en 2025.

Face aux difficultés du secteur automobile, le Groupe Valeo s’est mis en ordre de marche pour gérer de manière rigoureuse ses activités. Nous restons concentrés sur le management des coûts (rigueur dans la gestion de l’outil industriel, sélectivité des commandes, bonne gestion des marges futures…). Nous travaillons à la reconversion de certains sites sur des technologies et des produits nouveaux avec de très beaux succès. Toutefois, quand ces nouveaux marchés ne permettent pas de maintenir un niveau suffisant sur un site, nous devons prendre des décisions difficiles en pensant à la santé économique de l’entreprise dans son ensemble. Après plusieurs mois de travail et de concertation, nous avons présenté fin novembre aux partenaires sociaux le plan Power Up qui a pour but de faire évoluer notre division Power afin de maintenir durablement notre présence sur le territoire français en sécurisant les sites les plus robustes face à la concurrence internationale. Nous avons souhaité que les départs des opérateurs de production ne se fassent que sur la base du volontariat dans les sites maintenus et accompagnerons tous nos salariés concernés par le plan en leur proposant notamment des offres au sein du groupe en France.

 

L’année 2024 a été celle des rapports Draghi, Noyer, Letta et du constat du décrochage de l’Europe. Quelles sont les mesures d’urgence à prendre au niveau européen pour renverser la vapeur et sortir l’Europe de la tenaille USA-Chine ?

 

Ce sont d’excellents rapports, qui montrent bien que la clé, pour l’Europe, c’est de stimuler l’innovation pour permettre aux entreprises du continent d’affronter les nouveaux enjeux technologiques. En Europe, l’industrie automobile est face à un défi majeur avec l’électrification, la révolution des software, mais aussi l’arrivée de nouveaux acteurs. Valeo a investi et anticipé les changements de notre industrie, ce qui nous permet aujourd’hui de proposer des solutions pour répondre à tous les besoins, d'aujourd'hui et de demain. Nos solutions permettent aux véhicules de nos clients de se différencier, dans un marché de plus en plus concurrentiel.

En quelques années, nous sommes devenus un leader de l’innovation technologique dans le secteur automobile et le partenaire de référence des constructeurs et des géants de la tech pour la voiture de demain. Nous sommes d’ailleurs le premier déposant de brevets en Europe. Je tiens à souligner que 80% de la recherche et innovation du groupe se trouve en France. Valeo est au cœur des révolutions et étend année après année son empreinte dans le véhicule de l’avenir tel le Software Defined Vehicle, dans l’électrification et la décarbonation du véhicule, l’IA ainsi que les technologies pour tout type de propulsion (explosion, hybrides, électriques). D’ailleurs nous avons été les premiers à ouvrir, à Paris, un centre de recherche sur l’IA appliquée à la mobilité. 

En matière de véhicules électriques, nous avons en Europe toutes les technologies pour atteindre les objectifs d'électrification fixés par les autorités afin d’atteindre la neutralité carbone. Certes, les Chinois vont très vite, mais chez Valeo, nous avons l’habitude de travailler avec eux. Nous pouvons aider les constructeurs européens à accélérer.

Au niveau européen, Valeo soutient l’émergence des projets importants d’intérêt commun, les PIIEC (ou IPCEI en anglais), destinés à soutenir les activités de R&D et innovation, établis par la Commission européenne.

 

Comment prenez-vous en compte dans vos réflexions stratégiques la mise en place de barrières douanières et ses conséquences possibles en termes de démondialisation ?

 

Valeo est un groupe mondial, implanté sur tous les continents. Partout dans le monde nous développons, produisons et vendons localement. Nous n’avons pas peur de la compétition. Nous sommes compétitifs en Chine contre nos compétiteurs chinois, en Europe contre les Européens et en Amérique du Nord contre les Américains. Mais aujourd’hui, ce modèle de production locale se heurte au déficit de compétitivité qui s’est creusé entre l’Europe et la Chine.

Pour protéger l’industrie automobile européenne, l’Europe met en place des droits de douane sur les véhicules électriques provenant de Chine. Cela protège bien sûr les constructeurs, mais ceux-ci ne représentent que 20% de la valeur ajoutée des véhicules.

C’est pourquoi nous avons un prisme différent; la bonne solution, ce n’est pas de mettre en place des mesures douanières CONTRE tel ou tel, mais de mettre en place un cadre favorable POUR l’Europe. Notre sujet c’est celui de l’ industrie et de la R&D européennes. Je crois qu’il est possible de réunir tout le monde autour d’un tel cadre.

Plusieurs grands acteurs de notre industrie ont rejoint mon appel aux pouvoirs publics pour se saisir du sujet. Toute la filière doit être accompagnée par des mesures réglementaires justement proportionnées au déficit de compétitivité historique que connaît l’industrie européenne face à d’autres continents. La quasi-totalité des acteurs ont subi une inflation très préjudiciable à la saine concurrence entre les grandes aires économiques. 25% de compétitivité a été perdu par l’Europe en moins de 5 ans. Je renouvelle ma proposition d’établir un seuil de contenu local ou régional pour les véhicules, inspiré des mesures américaines. Ce serait une manière appropriée et responsable d’accompagner toute l’industrie automobile, et non les seuls constructeurs, à travers les grands défis – environnementaux, géopolitiques et technologiques - que nous devons affronter.

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