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Hermès en apesanteur / La croissance de la maison de luxe est bien plus rapide que prévu
Comment feindre l'indifférence ? Hermès, coutumier du fait, a une nouvelle fois dépassé les attentes avec ses ventes trimestrielles. Et les investisseurs font comme s’ils ne l’avaient pas remarqué : le cours de Bourse de la maison de luxe gagne 0,3%, à 1309 euros jeudi en fin d'après-midi.
Le chiffre d’affaires du fabricant français de produits de luxe et de haute couture s’est hissé à 3,17 milliards d’euros au troisième trimestre 2022, soit un nouveau record sur trois mois pour l’entreprise familiale, qui lui permet d’atteindre sur neuf mois un autre record de 8,6 milliards d’euros, quasiment autant que les 8,98 milliards d’euros de l’ensemble de l’année dernière.
Le décalage entre la croissance organique de 24% atteinte sur le trimestre écoulé et les anticipations est important. En comparaison, "le consensus FactSet visait un chiffre d'affaires total de 2,87 milliards d’euros au troisième trimestre", note le cabinet TP ICAP Midcap, tandis que le consensus Bloomberg visait une croissance organique de 15%.
La grande Chine en vedette
L'explication se trouve en particulier dans la région Asie-Pacifique (hors Japon) où la croissance d'Hermès s’est élevée à 34% au troisième trimestre, tirée par une forte reprise des ventes en "grande Chine", et ce malgré les fermetures temporaires liées aux contraintes sanitaires, principalement à Macao, Chengdu et Dalian en juillet et août. Une grande Chine regroupant à la fois la Chine Continentale, Hong Kong et Macao ainsi que Taïwan ainsi et les îles environnantes, et qui est "probablement découplée du secteur", estime le courtier Stifel.
Ailleurs en Asie, le groupe fait état de ventes "particulièrement soutenues à Singapour, en Australie, en Thaïlande et en Corée", tandis qu’avec une croissance de 28%, l’Amérique continue aussi d’exercer une forte traction sur les ventes. Le marché américain "demeure décidément très dynamique pour la plupart des marques les plus iconiques du soft luxury", note de son côté Invest Securities.
Par métier, tous les segments ont enregistré une croissance à deux chiffres au troisième trimestre de l'exercice, avec un bond de 50,7% des "Vêtements et Accessoires" et des progressions à peine moins impressionnantes des segments "Soie et Textile" (+30,7%) et "Autres métiers" (+37,3%) et même une envolée de l’ "Horlogerie" (+67,7%).
Hausses de prix
Le fait que le métier coeur "Maroquinerie-Sellerie", qui représente à lui seul un peu plus de 40% des ventes, croisse moins rapidement que l’ensemble avec une progression de 21,1%, peut néanmoins interroger. "Cela n’est pas automatiquement une évolution vertueuse, même si cela démontre la capacité de la marque à faire progresser son audience sur des métiers et univers que le sellier déploie dans tous ses magasins nouvellement ouverts, ou modernisés et agrandis", remarque Invest Securities.
Cela n’empêche pas en tout cas le fabricant des sacs Birkin de réitérer ses perspectives à moyen terme de "progression du chiffre d’affaires à taux constants ambitieux", et ce malgré "les incertitudes économiques, géopolitiques et monétaires dans le monde". Au sujet de l’inflation, "nous aurons probablement des hausses de prix entre 5 et 10%", a indiqué le directeur financier d'Hermès, Eric du Halgouët, lors d’une conférence de presse.
Sa clientèle étant largement à l’écart des enjeux de pouvoir d’achat liés au contexte inflationniste, la maison de luxe n’hésite pas à lui répercuter la hausse des coûts de sa main-d’œuvre et les fluctuations des devises.
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