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Salaires des patrons : François Hollande veut aussi légiférer

S’appuyant sur les récentes oppositions d’actionnaires, le chef de l’Etat a brandi la menace de légiférer sur le salaire des grands dirigeants, notamment en rendant « exécutoires » les votes en AG. Mais il appelle d’abord les organisations patronales à réagir au nom d’une « exigence morale ».
François Hollande
François Hollande

L’interminable débat sur la rémunération des grands dirigeants a encore secoué le sommet de l’Etat ce mardi. Interrogé sur Europe 1, François Hollande a appuyé les propos de son ministre de l’Economie Emmanuel Macron, qui évoquait début mai la possibilité de légiférer suite aux débats suscité par la rémunération de Carlos Ghosn, patron de Renault.

« A la loi d'intervenir pour des règles plus simples, plus claires, si rien ne se fait du côté patronal », a déclaré le Président de la République. Durant son quinquennat, les salaires des patrons d'entreprises publiques ou majoritairement détenues par l'Etat ont été limités à 450.000 euros par an. Si l’autorégulation prime encore dans le privé, François Hollande souhaite que le code de bonne gouvernance de l'Afep-Medef, rédigé par le Haut comité pour la gouvernance d'entreprise, « s'applique » automatiquement.

Cependant, il laisse d’abord le soin « aux autorités du patronat, des employeurs, d'avoir cette exigence morale ». Mais « s'il n’y a pas une intervention vigoureuse de ce conseil du patronat », alors « la première décision qui sera prise [dans le cadre d'une loi], c'est que toutes les décisions des assemblées générales soient immédiatement exécutoires ». En France, le débat s’est tendu autour de la rémunération du PDG de Renault malgré l’opposition de l’assemblée générale, mais aussi après la hausse d’environ 90,5% des revenus de Carlos Tavares, PDG de PSA.

Le cabinet de conseil aux actionnaires Proxinvest, qui milite de longue date pour cette limitation des salaires et une plus grande influence des assemblées, a bien entendu salué ces déclarations. Contacté par l’AFP, son directeur général Loïc Dessaint a regretté un « système qui donne l'image d'une poignée d'individus qui fixent eux-mêmes leurs revenus et sont intouchables ». Pour lui, la solution actuelle du « say on pay » reste « un peu ubuesque » tant que les actionnaires n’ont qu’un avis consultatif.

Le Medef est plus réticent à toute norme contraignante. Pierre Gattaz, s'était certes dit « gêné » par le choix du conseil d'administration de Renault de contourner le vote des actionnaires. Mais l’organisation rappelle au Figaro son choix de « l'autorégulation et de la responsabilité des sociétés », une stratégie qui « sera toujours plus efficace qu'une loi qui pénalisera l'attractivité des entreprises ».

Dans tous les cas, les investisseurs n’attendent pas l’exécutif pour faire entendre leur voix. Récemment, le fonds souverain norvégien a marqué les esprits en votant contre la rémunération de plusieurs dirigeants et en annonçant sa volonté d’exprimer son opinion sur le sujet, au sein des quelque 9 000 sociétés où il investit à travers le monde. Une directive européenne prévue en 2018 devrait d’ailleurs rendre plus contraignante la décision des actionnaires en AG.

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