Bourses : des changements de têtes laborieux
Dans un article publié aujourd'hui, le média anglo-saxon Financial News raconte que les turbulences que connaît le gouvernement de la Première ministre britannique Theresa May sont assimilées à "un film d'horreur de seconde zone". En effet, le secrétaire d'Etat à l'Environnement, Michael Gove, se servirait des réunions comme d'entretiens en vue d'être le prochain chancelier de l'Echiquier. "Pourtant, comparé au conseil du London Stock Exchange Group, le cabinet de May est un modèle d'harmonie et de gouvernance efficace", tacle le journal. Ce dernier fait référence à l'opposition farouche de l'investisseur activiste TCI Fund Management au départ du patron de la Bourse londonienne, Xavier Rolet, qui a été annoncé pour la fin 2018.
Dans une lettre datée de début novembre, TCI, qui détient environ 5% du capital de la Bourse, considère que l'actuel directeur général a été évincé "sous couvert d’un ‘plan de succession’". Son départ entraînerait "une destruction de valeur significative", est-il précisé. C'est pourquoi, le fonds a demandé la convocation d'une assemblée générale des actionnaires afin qu'elle vote pour que Xavier Rolet reste en place jusqu'en 2021. Mais aussi qu'elle se prononce sur le départ du président du conseil d'administration Donald Brydon, à qui l'évincement du DG serait imputable. L'AG aura lieu d'ici à la fin de l'année.
Pour mémoire, sous la direction de Xavier Rolet, le LSE est passé d'une capitalisation de 800 millions de livres à 14 milliards. L'homme est également doté d'une solide réputation à la City. Des arguments forts qui ont surement pesé dans la balance de TCI. A ses performances passées, il faut ajouter que le groupe se trouve dans un contexte délicat. Les termes finaux du Brexit ne sont pas encore connus et les incertitudes risquent de peser sur la place londonienne. La sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne devrait dans tous les cas entraîner la délocalisation d'un certain nombre de personnes ou d'activités financières hors de la City. Une partie de la compensation est concernée par ce mouvement. Par ailleurs, le LSE est dans la course pour séduire les entreprises qui voudraient se coter en Bourse, comme le pétrolier Saudi Aramco qui n'a pas encore choisi sa place. Mais dont le choix enverra un signal fort.
Le LSEG doit également continuer à se développer malgré l'échec de la fusion en mars dernier avec Deutsche Börse, plateforme aussi chamboulée du côté de son management. Hier, cette dernière a révélé le nom du patron qui succédera à son CEO, Carsten Kengeter, lequel est actuellement accusé... de délit d'initié. Theodor Weimer, dirigeant de la filiale allemande d'UniCredit, prendra ses fonctions en janvier. L'homme aura de nombreux défis à relever. Il devra oeuvrer pour que Deutsche Börse fasse partie des gagnants du Brexit. Sa filiale, Eurex Clearing, pourrait récupérer une partie des activités de compensation. En outre, à l'instar de ses concurrentes, la Bourse allemande doit répondre au challenge du numérique.
Ces deux changements de têtes, déjà importants voire structurants en eux-mêmes, ne se passent pas dans un contexte interne et externe calmes. Ils se produisent dans un environnement qui nécessiterait, à l'inverse, un solide leadership. La Bourse paneuropéenne, Euronext, peut-elle bénéficier de cette mer agitée ? En tout cas, en ce qui la concerne, son dirigeant, Stéphane Boujnah est en place depuis deux ans. L'opérateur a déjà avancé ses pions sur la compensation. Il poursuit également le déploiement de ses projets informatiques.
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