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Amélie Verdier : l'ADN budgétaire chevillé au corps

La nouvelle directrice du Budget connaît bien Bercy puisqu’elle y a débuté sa carrière en qualité d’inspectrice des Finances. Enarque, issue de la promotion Senghor, elle a également dirigé le cabinet de Jérôme Cahuzac et de Bernard Cazeneuve.
Amélie Verdier
Amélie Verdier

Amélie Verdier veille sur le budget de l’Etat français comme on surveille le lait sur le feu. La nouvelle directrice du Budget, qui dépend du ministère de l’Economie et des Finances, a pris ses fonctions début janvier. A bientôt quarante ans, cette dernière n’en n'est néanmoins pas pour autant à découvrir la maison pour laquelle elle travaille puisqu’elle a commencé sa carrière à Bercy en 2005 au titre d’inspectrice des Finances. Amélie Verdier, dont le rôle est d’œuvrer à l’élaboration d’une stratégie budgétaire, aura également à proposer une vision au prochain gouvernement, dont nous sommes encore loin de connaître la couleur politique. D’ici là, ses sujets et les arbitrages qu’elle aura à faire seront nombreux.

Amélie Verdier a connu très tôt la direction du Budget puisqu’elle y a été stagiaire avant d’intégrer l’ENA. Elle est issue de la promotion Senghor (2004). C’est-à-dire qu’elle a partagé les bancs de l’Ecole nationale d’administration avec Emmanuel Macron (candidat à la présidentielle), Sébastien Proto (Rothschild), où encore avec l’homme qu’elle épousera en 2008, Jérémie Pellet, directeur général délégué de l’Agence française de développement. Ils sont d’ailleurs aujourd’hui parents de deux petites filles. « C’est possible d’être une femme, d’avoir des enfants encore en bas-âge et d’être à mon poste. C’est un choix, et c’est un choix fait à deux car mon mari aussi exerce un poste également très dense », souligne la directrice.

Du public et du Budget

A sa sortie de l’ENA, Amélie Verdier enchaîne les fonctions -encore structurées un peu à l’ancienne- au ministère. Elle incarnera ainsi la figure de chef du bureau de la politique budgétaire (2007-09) puis de l'emploi et de la formation professionnelle (2009-10), de chargée de mission à la sous-direction de la synthèse des finances publiques (en 2010) avant de devenir sous-directrice de la synthèse des finances publiques (2010-12). « J’ai l’ADN budgétaire chevillé au corps », explique l’intéressée, qui a également fait des études d’histoire et Sciences Po Paris.

Amélie Verdier est tout à fait à l’aise quand il s’agit de parler de son travail. « J’ai eu la chance d’appliquer un rapport de l’Inspection des finances que j’avais écrit qui consistait à considérer que le raisonnement pluriannuel était le complément naturel de la loi organique relative aux lois de Finances, loi qui a renouvelé le cadre d’adoption des budgets », raconte-t-elle. Il s’agit du rapport sur la gestion pluriannuelle des finances publiques, co-établi avec d’autres experts, sous la supervision de Henri Guillaume (inspecteur général des Finances) et daté d’avril 2007.

Directrice de cabinet

Puis, à la suite de la dernière présidentielle, la carrière d’Amélie Verdier prend un nouveau tournant. Elle est appelée, un peu à sa surprise, à diriger le cabinet du ministre délégué chargé du Budget, Jérôme Cahuzac. « C’était ma sensibilité, et j’avais rejeté des offres de cabinets du Gouvernement précédent, mais je n’avais pas non plus eu de participation active à la campagne », raconte l’actuelle directrice du budget. Elle décrit ce qu’elle ne qualifie pas de métier, comme un « rôle » (prenant) d’interface entre l’administration et le politique. Il lui fallait alors à la fois entendre la faisabilité technique des propositions mais aussi être capable d’aiguiller le ministre sur la manière d’imprimer sa marque, faire aboutir ses projets.

L’affaire Cahuzac, qui l’a beaucoup marquée humainement parlant, est ensuite venue casser cet équilibre. « Le contexte était très perturbant au sens où cela concernait la personne du ministre et pas le travail que nous réalisions au quotidien et en même temps cela percutait tout ce nous faisions », explique Amélie Verdier, qui a notamment été auditionnée par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale. Elle conservera néanmoins ses fonctions sous l’ère Cazeneuve, un ministre moins technique sur les sujets mais avec un vrai sens politique au sens noble du terme, selon son ancienne collaboratrice. L’actuel Premier ministre a, à cette époque, notamment planché, avec un certain succès, sur la lutte contre l’évasion fiscale.

Gardienne du budget

En 2014, vient le temps du changement pour Amélie Verdier, qui intègre l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) auprès de Martin Hirsch. Un rôle très opérationnel dans une grande structure qui l’a ravie. Elle est néanmoins vite rattrapée par ses premières amours. En fin d’année dernière, elle est rappelée au Budget, où elle avait déjà été en contact auparavant avec Christian Eckert et Michel Sapin, actuels locataires de Bercy. Sa feuille de route actuelle ? Celle que lui donne les institutions, à savoir élaborer un projet de loi de finances avant le 1er octobre. Amélie Verdier est également là pour identifier les enjeux à moyen terme.

Celle, qui n’a pas hésité à rencontrer ses prédécesseurs pour avoir leurs retours d’expériences, a conscience que l’on voit sa direction un peu « comme la mouche du coche ». Elle estime qu’elle n’est toutefois pas là que pour refuser les dépenses. Ces dernières étant parfois nécessaires pour faire des économies sur le long terme. « Je conçois mon rôle dans une relation de confiance. Il ne faut pas chercher à faire de coup de force dans un sens comme dans l’autre. Je dois pouvoir dire non et les autres ministères doivent le comprendre mais je dois aussi savoir dire oui », explique Amélie Verdier. La directrice est également en relation avec Bruxelles, qui veille à ce que la France tienne bien ses engagements. Les liens avec l'exécutif européen -qui planche par ailleurs sur le budget l'UE au regard de la sortie de la Grande-Bretagne- lui semblent aujourd’hui apaisés. Et pour la suite, Amélie Verdier souhaiterait-elle rester à son poste après la présidentielle ? Oui, si la confiance reste de mise avec les prochains hommes forts de Bercy.

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