Aline Sylla-Walbaum, une énarque tout terrain à la tête du pôle luxe de Christie’s
Aline Sylla-Walbaum fait partie de ces personnalités modestes à qui pourtant tout réussit. Et qui, malgré une carrière fulgurante, préfère parler de ses mentors et ceux qui l’ont inspirée, que de son propre parcours. Il y a deux ans, cette métisse d’origine franco-sénégalaise au port de tête altier et à l’allure de mannequin, a pris la direction internationale du pôle luxe de Christie’s à Londres, après avoir occupé des postes prestigieux, choisis au gré de ses envies et de rencontres « coups de cœur ».
Fille d’un employé de Remington et d’une infirmière, Aline Sylla-Walbaum réalise un parcours scolaire sans faute, et entre à HEC après deux ans de classe préparatoire au lycée Hoche de Versailles. Une orientation qu’elle a prise surtout pour faire plaisir à son père, un sénégalais sunnite, qui estime que les études commerciales sont celles qui lui donneront le plus de chance d’accéder à l’autonomie financière. Diplômée du master de finance de la célèbre école, elle décide pourtant de retourner vers ses premières amours, l’histoire, les langues et la géopolitique et intègre Sciences Po directement en deuxième année. Et comme les études semblent plutôt lui réussir, elle est ensuite admise major à l’ENA, dont elle ressort troisième deux ans plus tard.
Un rang qui lui permet d’intégrer l’un des grands corps, l’inspection des finances, qu’Aline Sylla-Walbaum aime à décrire comme un « mini cabinet de conseil pour l’Etat », et dont elle apprécie la double tâche de « constat » et de « diagnostic ». Le poste convient parfaitement à son ouverture et sa liberté d’esprit puisqu’il lui permet de réaliser des missions sur des sujets tout aussi variés que la dissociation comptable du réseau électrique ou le financement des trésors nationaux, et au sein d’institutions en tous genres, dont l’office des réfugiés apatrides, ou encore le musée du Louvre.
Le « job de ses rêves » au musée du Louvre
C’est d’ailleurs au détour d’une mission d’audit rue de Rivoli, qu’elle rencontre Didier Selles et Henri Loyrette, respectivement administrateur et président directeur général du musée, et évoque son goût pour les arts. La remarque de la brillante énarque ne passe pas inaperçue et Didier Selles la rappelle quelques jours plus tard pour lui proposer le poste d’administrateur général adjoint et directrice du développement culturel. Un « cadeau de Noël avant l’heure » -elle réussit l’entretien d’embauche le 24 décembre- qui la passionne pendant près de cinq ans. « Henri Loyrette est un véritable visionnaire des musées » explique-t-elle avec admiration, « une personnalité hors du commun qui a pressenti dès 2001 l’importance de mettre en valeur les arts de l’Islam, qui n’étaient à l’époque qu’un sous département du Louvre ».
Un court passage au cabinet de François Fillon
En 2007, l’éminente jeune femme décide de mettre son goût pour l’art et les belles lettres au service de l’Etat en entrant au cabinet de François Fillon comme conseillère à la culture et la communication. Elle avoue être « étonnée » d’une telle proposition alors que sa famille est plutôt « d’une tradition de gauche » et qu’elle n’est elle-même absolument pas militante. Mais elle accepte le rôle par curiosité de découvrir les arcanes ministérielles et le fonctionnement de la machine de l’Etat.
Lorsqu’elle quitte le gouvernement, c’est cette fois-ci pour rejoindre le monde de l’entreprise, avec un passage chez Unibail-Rodamco. Malgré quelques réticences pour le secteur, elle se laisse convaincre par le jeune patron du groupe, Guillaume Poitrinal, croisé lorsqu’elle travaillait au Louvre et qu’elle compte depuis parmi ses bons amis. Il se cherche un bras droit et pense immédiatement à Aline dont il a remarqué le sens des affaires et la vivacité d’esprit lors de négociations avec le musée. « Guillaume a été un très bon mentor, extrêmement généreux et qui m’a transmis toutes les ficelles de l’immobilier », poursuit-elle, décrivant un patron brillant, qui n’hésite pas à la challenger dès ses premières semaines chez Unibail.
De l’immobilier aux maisons de vente
Son goût pour les arts la rattrape néanmoins deux ans plus tard lorsque Patricia Barbizet, alors présidente du conseil de surveillance de Christie’s, propose sa candidature pour prendre la direction générale de Christie’s France. Aline Sylla-Walbaum n’hésite pas longtemps, séduite par le monde des « auctionners » et le passé historique de la vénérable maison de vente. « Avec le Louvre puis Christie’s, j’ai eu la chance de travailler pour des institutions plus que centenaires », raconte-t-elle avec enthousiasme. « Il est très rare de trouver une entreprise qui fait exactement le même métier depuis toujours », poursuit-elle. Si l’ADN de Christie’s -la mise en relation des œuvres et des acheteurs- est identique depuis 250 ans, les clients ont énormément changé. « Ils achètent des quatre coins du monde grâce aux ventes en ligne », ajoute-t-elle. La culture de Christie’s s’est ainsi métissée au gré des acheteurs, de plus en plus nombreux à venir d’Asie.
Ce dont Aline Sylla-Walbaum fait le constat tous les jours depuis qu’elle s’est vue confier il y a deux ans la direction internationale du pôle Luxe de la maison de vente. A Londres, où elle a déménagé avec son mari et ses trois enfants, elle est donc désormais responsable du développement mondial des ventes de joaillerie, de montres, de vins et même de sacs à main. Comme un poisson dans l’eau chez Christie’s la pétillante directrice n’envisage pas de sitôt de changer de secteur, et espère dans dix ans encore, travailler pour la même maison, dont les salles de vente sont devenues son « petit musée éphémère ».
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